Masterclass – Vittorio Storaro

Retour sur la masterclass de Vittorio Storaro, de passage à Paris début mars.

Le cinematographer (directeur de la photographie) Vittorio Storaro, né à Rome en 1940, reçoit l’amour de l’image par son père projectionniste au Lux Film Studio. Mais en fait, il a plusieurs pères (spirituels) : Bernardo Bertolucci (ils collaborent sur 9 films), Francis Ford Coppola (4 films), Warren Beatty (3 films), Carlos Saura (5 films) et plus récemment Woody Allen (3 films). « Je me suis approprié les rêves de ces cinq cinéastes ».

Il travaille pour la première fois avec Bernardo Bertolucci à 24 ans, avec qui il apprend véritablement son métier. Le réalisateur de 1900 (1976) «  écrit avec la caméra ». « Il fait jouer la liaison entre conscient et inconscient », qui a pour corollaire photographique l’ombre et la lumière. Il apprend très vite avec lui que « le cinéma est l’expression d’un collectif ». « Un orchestre où chacun est libre de s’exprimer, de suivre ses émotions et d’en faire une synthèse avec le réalisateur ». L’image n’appartient pas à une seule personne, dit-il, elle est elle-même collective. « Tout le monde participe à l’image ». Son travail sur Le Conformiste (1970) est apprécié par Francis Ford Coppola, qui lui propose de le rejoindre sur Apocalypse Now (1979). Même si les deux hommes ne parlaient pas la même langue, ils se comprenaient « par le langage du cinéma ». Le tournage aux Philippines, néanmoins, entraînera quelques complications. Les rushes n’étaient visibles qu’au bout de deux semaines : ils devaient envoyés à Rome, dans le laboratoire avec lequel Vittorio Storaro a l’habitude de travailler, puis renvoyés aux Philippines. Lorsqu’il fut question de les envoyer plutôt à Los Angeles (car il y avait plus de vols), la réponse de Vittorio Storaro fut simple : « très bien, mais j’arrête le film ».

Le potentiel énorme de l’écriture de Woody Allen l’a motivé pour leurs trois récentes collaborations, Café Society (2016), Wonder Wheel (2018) et A Rainy Day in New York, qui sortira – peut-être – l’année prochaine. Woody Allen « modifie l’écriture de son film pendant le tournage pour arriver à donner une émotion précise ». Pour Café Society, Vittorio Storaro ne voulait pas reproduire « le ton unique des précédents films de Woody ». « Il y a toujours une dualité », ici entre la famille juive dans les années 1930 et Hollywood des années 1940, retranscrite par un travail sur la couleur et l’éclairage.

Il a refusé des projets de grands cinéastes, parce qu’ils n’étaient pas cohérents dans son œuvre. « Quand je reçois un scénario, je cherche à comprendre s’il est en symbiose avec ce que je suis ». « Je dois croire en tous mes projets en y mettant de l’amour », « je vis à l’instinct, je suis mes sensations ».

Numérique ou 35 millimètres ?

« L’être humain est né pour s’exprimer à travers des signes ». Aujourd’hui, le choix entre la photo chimique (sur pellicule) ou électronique (en numérique) se pose plus que jamais pour celui qui a toujours travaillé sur pellicule. « Quand la société Kodak a fermé ses portes à Rome, je me suis senti orphelin ». Le changement dans l’industrie est immense. Mais « ce n’est pas un conflit, ce n’est pas une opposition, le choix dépend de l’idée du film ». « Il faut toujours se demander si telle lumière est adaptée à telle narration ». Par exemple, pour Coup de cœur, Francis Ford Coppola voulait du numérique, mais ce n’était pas adapté à l’idée du film selon Vittorio Storaro. Pour Flamenco (1995) de Carlos Saura, le numérique était la bonne option car le film était tourné en studio, et destiné à une diffusion à la télévision. « Le résultat final est plus important que le moyen utilisé ». La vraie question, pour Vittorio Storaro, est celle de la qualité de la projection et de la conservation des films. « L’industrie doit nous doter de projecteurs numériques destinés à révéler la même qualité que les images nous captons. Beaucoup de couleurs enregistrées ne peuvent pas être vues ». Les films en couleur perdent beaucoup de leurs nuances, ce qui est moins le cas du noir et blanc. A Cannes, lors de la présentation en ouverture de Café Society, il demande un projecteur 4K et 16 bits, mais c’était impossible. « Quelle maison dépenserait 80 000 dollars pour transcrire le numérique en pellicule ? », regrette-t-il.

Son rêve de faire un film tout en lumières naturelles, formulé en 1977, tient-il toujours ? « J’étais jeune à l’époque », s’amuse-t-il, mais « le cinéma n’est pas la réalité, c’est une interprétation de la réalité ». La finalité est de donner des « émotions aux spectateurs grâce aux possibilités dont on dispose », donc en passant par l’artifice. Le mot « émotion » revient souvent dans son discours. Il cite cette phrase d’Einstein : « l’imagination est plus importante que la connaissance ».

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