Atlantique

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@Les films du bal

Dakar, 2019. Au bord de l’océan, Souleiman travaille sur un chantier pour lequel il attend d’être payé. Amoureux d’Ada, une jeune fille du quartier, il est aimé en retour, mais celle-ci a déjà accepté un mariage arrangé. Alors, il disparaît et embarque pour l’Europe avec ses collègues de chantier. La jeune femme, abandonnée, semble prête à se résoudre à son destin, avant que des évènements mystérieux ne surviennent et remettent ses choix en question…

Hanté par la présence de l’océan, dans un calme régulièrement troublé par le flot des vagues, c’est un récit d’abandon à la fois politique et fantastique que nous conte Mati Diop. Celui dont on croit qu’il va être le héros de l’histoire disparaît brutalement. Celle qui demeure, Ada, se trouve soudain chargée du poids du récit et des attentes de son entourage qui espère la voir adopter une situation stable. Héroïne contrainte, son histoire est celle d’une femme qui se réapproprie sa vie.

Les fantômes qui surgissent agissent comme de purs éléments perturbateurs : s’ils tentent de revenir, c’est autant pour réclamer leur dû que pour réparer leurs fautes, celles d’hommes ayant abandonné leurs familles dans l’espoir plus qu’incertain de subvenir autrement à leurs besoins. Dès lors, leur présence est doublement politique : elle évoque le drame des migrants, la situation économique, le système de corruption dont les ouvriers sont victimes ; mais elle est aussi la force qui pousse Ada à remettre en question le modèle patriarcal et le statut de femme dominée qu’on veut lui imposer. Rabrouée pour ses fréquentations fêtardes, poussée vers une religion scrupuleuse et teintée de superstitions, elle trouve la force de combattre.

Un propos féministe similaire avait été mis en image il y a quelques semaines dans Portrait de la jeune fille en feu, par la même directrice de la photographie Claire Mathon. Mais cette fois, plutôt que d’adopter l’esthétique picturale qui intéressait Céline Sciamma dans sa réflexion sur le regard féminin, elle permet à Mati Diop de dépeindre un pays décoloré et fatigué, dans lequel il n’est finalement pas si surprenant de trouver des fantômes : paysage incongru d’une tour luxueuse plantée au milieu de baraques des plus modestes, foyers envahis par la tempête, images répétées d’une mer mystérieuse…

Un sentiment de répétition participe de l’ambiance du film, tout en prenant le risque d’entraîner une légère lassitude chez le spectateur. Le rythme calqué sur le flux de la marée, à la mesure marquée par de nombreux plans de l’océan et des successions jour/nuit, réduit volontairement la tension dramatique. Le film est fait de telle sorte que ses enjeux soient révélés assez tôt. Une fois percé le mystère et compris le propos du conte, on attend étonnamment peu de son enquête policière. Et on regarde alors les vagues se succéder avec fascination, mais aussi, par moments, un certain sentiment de monotonie.

Mati Diop parvient néanmoins à en faire varier les symboles comme autant de reflets possibles. L’Atlantique, successivement barrière insurmontable, force destructrice et au-delà recrachant ses habitants sur le monde, semble dans un ultime mouvement se muter en une puissance protectrice, presque érotique. Preuve que les vagues peuvent aussi bien bercer que réveiller.

Atlantique / De Mati Diop / Avec Mama Sané, Amadou Mbow, Ibrahima Traore / France, Sénégal, Belgique / 1h45 / Sortie le 2 octobre 2019.

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