Le cinéma de… Pierre Barthélémy

© Babelio

Une fois par mois, « Le cinéma de… » propose à une personnalité qui n’est pas issue du monde du cinéma de se confier sur ses goûts à travers un questionnaire. Journaliste pour Le Monde, Pierre Barthélémy est notre invité ce mois-ci.

Votre film favori lorsque vous étiez enfant ?

Apocalypse Now. Je plaisante… Je suis né dans un milieu plutôt modeste et je n’allais pas souvent au cinéma quand j’étais enfant. Ce sera donc forcément un des films d’animation Disney parce que pendant longtemps, c’étaient les seuls que j’allais voir en salle. Un de mes tout premiers souvenirs de cinéma, c’est Robin des bois que j’ai vu au Grand Rex pour Noël 1974, à 7 ans. Mais le Disney que je préférais enfant était Merlin l’enchanteur parce que j’ai toujours eu un émerveillement pour la magie. Je n’avais pas le droit de regarder les films à la télévision le soir car il y avait école le lendemain, mais quand je suis devenu adolescent, la règle s’est un peu assouplie et c’est le moment où l’émission « La dernière séance » est apparue sur FR3, présentée par Eddy Mitchell. J’adorais y regarder des vieux films américains.

Un film qui vous fait systématiquement penser à quelqu’un ?

Pas facile comme question… Je vais faire une réponse surprenante : Vivre et laisser mourir, un James Bond que j’ai vu dans des conditions très particulières, aussi en 1974. Quand je vois un James Bond, me revient le souvenir de cette projection dans un cinéma en plein air en Grèce, pays où ma mère est née et où elle a toujours de la famille. Je n’ai pour ainsi dire rien compris au film parce qu’il était projeté en anglais avec des sous-titres grecs mais des images sont restées dans ma mémoire alors que je n’avais que 7 ans. C’est pour cette raison que voir un James Bond me renvoie à cette nuit d’été, à ces vacances avec ma mère qui adorait et adore toujours le cinéma, même si elle ne peut plus y aller à cause de sa très mauvaise vue. Elle m’a inoculé sa passion en me parlant de tous les films qu’elle avait vus pendant sa jeunesse dans les années 1950 et 1960. Elle n’avait pas beaucoup d’argent et le cinéma était alors le seul spectacle bon marché.

Le film dans lequel vous aimeriez vivre ?

Apocalypse Now. Bon, j’arrête, ça ne fait rire que moi. La Grande Belleza de Paolo Sorrentino parce que j’ai ressenti une grande émotion esthétique en le voyant. Curieusement, bien que je me sois rendu plusieurs fois en Italie, je ne suis jamais allé à Rome, une ville que je n’ai vue qu’à travers le cinéma…

Le film le moins vraisemblable traitant de la profession de journaliste ?

La question serait plus simple dans l’autre sens : « le film le plus vraisemblable traitant de la profession de journaliste ? ». Je répondrais sans trop hésiter Spotlight. Je me souviens m’être dit en sortant de la salle que c’était le meilleur film sur le journalisme que j’avais jamais vu. Mieux encore que Les hommes du président. Dans la catégorie des moins vraisemblables, Sur la piste du Marsupilami ou bien les Spiderman ou Superman… J’en oublie sûrement mais les films sur mon métier m’attirent assez peu : je consacre déjà trop de temps au journalisme pour avoir envie de m’infliger des films sur le sujet ! Par exemple, je n’ai jamais vu Le grand chantage dont on m’a pourtant beaucoup parlé et dont les personnages principaux, joués par Burt Lancaster et Tony Curtis, sont respectivement éditorialiste et attaché de presse.

Le film avec les plus beaux dialogues ?

Tout dépend de ce que l’on appelle « beau »… C’est très subjectif. Pour moi, ce sont surtout les dialogues que j’aurais aimé écrire. Je pourrais donc dire, sans grande originalité, Les tontons flingueurs ou bien Les enfants du paradis ou encore Le bon, la brute et le truand (« Le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Toi, tu creuses », j’adore)mais je vais plutôt opter pour un des films français que je préfère, La discrète de Christian Vincent. Le plaisir du verbe qu’a naturellement Fabrice Luchini est magnifié par les dialogues.

Le film culte que vous n’avez toujours pas vu ?

La belle et la bête. Je n’ai vu aucun des films de Cocteau. Et du côté du cinéma américain Chantons sous la pluie. Je ne suis pas très comédie musicale…

Si l’on venait à réaliser un biopic sur votre vie, qui jouerait votre rôle ?

Sans trop hésiter, Jean-Louis Trintignant. J’ai vu un documentaire où il expliquait qu’il était timide, qu’il n’extériorisait pas grand chose et je suis un peu comme ça. Beaucoup de choses passent chez lui dans la sobriété et le regard. Bizarrement, je crois beaucoup à la force du regard. J’ai dû trop lire de romans du XIXe siècle.

Un film qui vous a appris quelque chose ?

The Big Short, d’Adam McKay, qui raconte de manière acide la crise des subprimes à laquelle je n’avais pas compris grand chose de prime abord. Et en plus, le film est jouissif avec un casting excellent

Le meilleur personnage de scientifique au cinéma ?

C’est compliqué parce que la fiction adore les personnages de savants plus ou moins fous ou bien effrayants et il y en a quantité de bons au cinéma, du docteur Folamour dans le film du même nom au Doc Emmett Brown de Retour vers le Futur, en passant par le psychiatre Hannibal Lecter du Silence des agneaux. Mais la vraie science, ce n’est pas cela. J’ai bien aimé, récemment, le personnage d’astrophysicien interprété par Leonardo DiCaprio dans Don’t Look up, mais je vais opter pour une chercheuse, la spécialiste en linguistique que joue Amy Adams dans Premier Contact. Le film montre bien son cheminement, ses interrogations, ses doutes. Je côtoie des chercheurs depuis plus d’un quart de siècle et la science c’est ça : élaborer des protocoles expérimentaux pour comprendre un phénomène inexpliqué, percer un mystère…

Le film que vous pourriez regarder en boucle ?

Je pourrais dire Un jour sans fin pour faire une blague facile. Je vais choisir les Blues Brothers, dont j’aime les airs, que j’ai adoré voir à sa sortie, que j’ai montré à mes enfants très vite, que je revois toujours avec plaisir, qui me rend le sourire si je l’ai perdu et qui est la seule comédie musicale que j’aime. Le film « classique » que je déteste le plus et que je n’ai en revanche aucune envie de revoir est, sans contestation possible (de ma part), West Side Story.

Un grand merci à Pierre Barthélémy et l’équipe du Monde.

À LIRE : retrouvez les articles de Pierre Barthélémy dans Le Monde.

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