Les Nuits de Mashhad

Au cinéma le 13 juillet 2022

© Metropolitan FilmExport

Le cliquetis d’un trousseau de clefs annonce le contact d’un cyclomoteur qui s’enclenche, prêt à entamer sa déambulation dans les rues de Mashhad, ville du nord-ouest de l’Iran, lieu de pèlerinage religieux. Le ronronnement du moteur disparaît bientôt alors que retentit une musique alarmante dont les sonorités nous rappellent celles d’une sirène. Ce signal prévient-il du départ du conducteur à la pêche – en reprenant son sens polysémique – à ces êtres issus de la mythologie grecque ? Créatures fabuleuses hypnotisant jadis les hommes d’équipage depuis leur navire sur le rivage, attirant aujourd’hui l’homme moderne de passage, sur une route ou dans une rue, au détour d’un virage. 

Le cri d’alerte en « deux-tons » montant et descendant de la mélodie confère une teinte science-fictive et fantastique à ce récit pourtant véridique, car Les nuits de Mashhad relate la folie meurtrière de Saeed Hanaei, auteur du féminicide de seize prostituées au début des années 2000 et jusqu’à son exécution. En sauveur, et pour éviter le naufrage d’autres marins motorisés, l’homme en deux-roues, Saeed (Mehdi Bajestani), s’élance à la chasse de ces démons terrestres, pécheresses tentant les faibles hommes qui, pauvres d’eux, ne peuvent déroger à cette tentation. 

Cette dualité se perpétue dans le traitement de l’œuvre : Ali Abbasi offre à la fois au spectateur le point de vue des victimes et celui du bourreau. Saeed est un habitant du quartier parmi les autres. Il ne se révèle qu’au cours du récit et de l’enquête menée par une journaliste de Téhéran, Rahimi (Zar Amir Ebrahimi). Abbasi relate avec beaucoup de justesse la confusion dans l’esprit d’un criminel maladroit et naïf, agissant pour l’amour de Dieu et la protection de sa religion, convaincu de ne pas être un assassin mais une personne charitable accomplissant le djihad contre le vice. L’homme qu’on appelle « araignée », s’il n’est pas doté de super-pouvoirs, est considéré comme un héros et suscite l’admiration du plus grand nombre.

Si en 2002, le documentaire And Along Came a Spider réalisé par Maziar Bahari relatait l’affaire, Les nuits de Mashhad expose 20 ans après avec fracas et réalisme la misogynie toujours présente au sein de la société iranienne – n’en déplaise à cette dernière puisque le film fut source de protestation de la part du ministre de la culture iranien, réclamant au gouvernement français son retrait de la sélection en compétition du Festival de Cannes. Menacée de mort, forcée à l’exil et à l’arrêt de sa carrière en Iran suite à la divulgation d’une vidéo intime en 2008, la fantastique Zar Amir Ebrahimi couronnée cette année sur la croisette du Prix d’Interprétation féminine reprend fièrement la route de l’émancipation, le cinéma comme moyen de locomotion.

Les Nuits de Mashaad / De Ali Abbasi / Avec Zar Amir Ebrahimi, Mehdi Bajestani / France, Danemark, Suède, Allemagne / 1h56 / Sortie le 13 juillet 2022.

Auteur : Lise Clavi

Lise. Fondamentalement indécise, mais de cinéma, définitivement éprise. Mon année à travailler pour un cycle de festivals cinématographiques, mon temps libre à cultiver mon intérêt pour l’actualité artistique. Décoller vers une nouvelle destination pour filmer de nouveaux horizons.

Une réflexion sur « Les Nuits de Mashhad »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :