
Après avoir offert un beau chant funèbre au genre super-héroïque avec Logan, James Mangold semblait être le cinéaste idéal pour reprendre les rênes d’Indiana Jones et de son protagoniste désormais octogénaire. Aussi honnête artisan soit-il, le cahier des charges qui lui incombait aurait déjà dû mettre la puce à l’oreille.
Se devant de rectifier un quatrième opus conspué et loin d’être à la hauteur de l’héritage laissé par Spielberg, Le Cadran de la Destinée avance avec la peur et la prudence de ce nouveau cinéma hollywoodien postmoderne, qui prétend remettre au goût du jour les icônes populaires tout en s’enfermant dans une nostalgie nauséabonde. Les scènes reproduites (la grotte aux insectes du Temple Maudit, la poursuite introductive sur le toit d’un train comme dans La Dernière Croisade) ou les personnages légèrement remaniés (Phoebe Waller Bridge en nouvelle Shia Labeouf), ce cinquième et ultime épisode n’est là que pour jouer des mélodies bien connues et pour corriger les quelques fausses notes du précédent essai, dans une sorte de projet révisionniste aussi cynique que celui de son antagoniste.
Pourtant, derrière la paresse de l’ensemble, se cachent parfois les prémices de la juste désacralisation qu’aurait pu suivre cet opus. Là où Spielberg filmait encore Ford comme le héros qu’il était jadis, Mangold tente de comprendre comment le temps a pu avoir un impact psychologique et physique sur une telle figure. Indy est devenu une relique du passé, un vieil homme seul et endeuillé qui marche à contre-courant de l’Histoire et de son époque.
Un tel parti pris aurait pu s’avérer judicieux s’il ne se limitait pas aux trente premières minutes du long-métrage, qui entreprend ensuite la formule habituelle, filmée sans génie et saupoudrée cette fois-ci d’une hideuse esthétique numérique comme seule nouveauté. Le Cadran de la Destinée se voit certainement comme la résurrection d’une vieille icône mais incarne bien malgré lui les mots de son héros désabusé : « Those days have come and gone« .
Indiana Jones et le Cadran de la destinée / de James Mangold / Harrison Ford Aïssam Bouali, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen / USA / 2h34 / Sortie le 28 juin 2023