The dead don’t die

Compétition – Festival de Cannes 2019

THE DEAD DON'T DIE
Tilda Swinton (Zelda Winston) © Universal

La fin du monde vue par Jim Jarmusch ça donne quoi ? Des acteurs se plaignant de ne pas avoir lu le script en entier, des zombies amateurs de chardonnay, un fermier raciste et un ermite voleur de poulets.

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Rencontre avec : Henri Guybet

Acteur

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Le comédien Henri Guybet @Le Pays d’Auge/JeanMichelG

  « Si je devais retenir quelques films parmi ceux que j’ai fait ? Ils sont tous à garder parce qu’ils m’ont tous apporté quelque chose. Par contre, il y en a un que je n’ai jamais fait et que j’aimerais essayer, une fois peut-être, pour voir ce que ça fait… Un rôle très bien payé ! » C’est avec humour et bienveillance qu’Henri Guybet se prête au jeu de l’interview et jète un regard rétrospectif sur sa vie d’acteur. Rieur et joyeux, à 82 ans, le comédien est encore très actif : ce soir, il monte sur la scène du théâtre Daunou à Paris, après une longue tournée en province, pour interpréter une pièce écrite et mise en scène par ses soins, Un drôle de mariage pour tous, qui raconte l’histoire de deux amis qui décident de se marier, à la perplexité de leur entourage. Nous le rencontrons avant que ne soient frappés les trois coups. « La scène, c’est l’endroit où je vis. Lorsque j’entre en scène, j’existe. L’art dramatique détient ce pouvoir inouï d’émouvoir. Au lieu d’essayer de vous convaincre ou de vous raisonner, il vous chatouille l’épiderme et fait marcher votre sensibilité. Il vous fera peut-être même rêver. Et en rêvant, on réfléchit parfois beaucoup mieux. » Heureux de continuer à monter sur scène quatre fois par semaine, Henri Guybet, dont la façon de parler porte en elle l’éloquence de l’acteur de théâtre, se sent chez lui sur les planches, comme depuis ses débuts. Il se souvient de sa première fois. «J’avais environ 16 ans lorsque j’ai créé une troupe amatrice avec des copains. Notre premier spectacle était un spectacle de commedia dell’arte, j’interprétais Arlequin… Dans notre imaginaire, nous étions particulièrement fasciné par Les Enfants du paradis, le film extraordinaire de Marcel Carné. Nous recréions des scènes, j’étais Pierre Brasseur, un copain faisait Jean-Louis Barrault et une copine était notre Arletty. C’était mes premières émotions. Je me suis aperçu que quelque chose se passait devant les spectateurs… alors j’ai commencé à me dire qu’il fallait que j’en fasse un métier. »

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Extremely wicked, shockingly evil and vile

Actuellement sur Netflix

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Zac Efron (Ted Bundy) © Netflix

Ted Bundy a commis plus de trente crimes à travers les Etats-Unis entre 1974 et 1978. Son procès en 1979 est le premier à être couvert par la presse à une échelle aussi importante et à être retransmis à la télévision aux Etats-Unis : Déjà les médias se fascinent pour ce joli garçon, bien éduqué et beau parleur, accusé de crimes horrifiques. Des années plus tard, le tueur intrigue toujours autant, preuve en est sa popularité dans le monde cinématographique et télévisé. Alors que son apparition dans la deuxième saison de Mindhunter de David Fincher est très attendue, le réalisateur Joe Berlinger s’est déjà emparé du sujet pour son documentaire Conversation with a killer : the Ted Bundy tapes, composé de quatre épisodes pour Netflix. Alors que cette série mettait en scène de réels enregistrements audios, interviews et images d’archives du meurtrier et de son parcours, le nouveau film du même réalisateur choisit une approche plus romanesque du sujet.

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Cœurs ennemis

Actuellement au cinéma

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Keira Knightley dans Cœurs ennemis ©Twentieth Century Fox

En 1946, à Hambourg, un officier anglais (Jason Clarke) chargé de la reconstruction de la ville dévastée par les bombardements est rejoint par sa femme (Keira Knightley). Arrivée dans la grande demeure que son mari a réquisitionné, celle-ci constate que la maison est encore habitée par le propriétaire des lieux, un architecte allemand (Alexander Skarsgård), qui y vit avec sa fille. Cette cohabitation forcée, qui instaure une réticence initiale, laisse bientôt place à des sentiments plus troubles…

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Le voyage de G. Mastorna

Actuellement à la Comédie-Française

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Alain Lenglet, Jérémy Lopez, Serge Bagdassarian, George Scalliet et Laurent Lafitte (© Vincent Pontet

« Fefe » c’est le surnom qu’adopte la troupe de la Comédie-Française pour se référer à Federico Fellini dans l’adaptation théâtrale du Voyage de G. Mastorna. Scénario écrit par le cinéaste en 1965 qui ne verra jamais le jour et dont il ne reste que quelques essais, images et synopsis.

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Rencontre avec : Jayro Bustamante

Réalisateur

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Le cinéaste Jayro Bustamante ©John Phillips/Getty Images Europe

À l’occasion de la sortie de son deuxième film, Tremblements, rencontre avec le cinéaste guatémaltèque Jayro Bustamante, de passage à Paris cette semaine.

Comment est née votre envie de faire un film prenant pour sujet les thérapies de conversion ?

J’avais envie de faire un film sociétal, tout en m’intéressant à la question de l’homosexualité, qui fait l’objet de l’une des pires insultes qui existe au Guatemala. J’ai suivi un groupe de vingt-deux Pablo [le personnage de son film, ndlr] qui m’ont raconté leur vie. La contradiction du premier m’intéressait énormément car j’étais face à un homosexuel homophobe. D’autres étaient des hommes mariés, qui avaient construit toute leur vie sur le mensonge. Certains d’entre eux avaient suivi une thérapie, et j’ai essayé de comprendre leur fonctionnement. J’ai découvert qu’elles se constituaient, la plupart du temps, en trois étapes : la destruction du psychisme, de l’estime de soi, car on fait comprendre qu’on est une abomination. Ce qui pourrait presque passer pour progressiste, c’est que les églises ne disent pas qu’on peut se soigner, ce serait plutôt une épreuve que Dieu a donné à la naissance et avec laquelle il faudrait vivre tous les jours, pour démontrer que c’est Dieu que l’on aime le plus. Ensuite, il y a la partie sociale, qui met l’accent sur l’image que l’on renvoie dans la société, la notre, celle de notre famille, et comment cela va détruire l’avenir de nos enfant. Enfin, la troisième partie est la partie physique, qui va de l’internement et du lavage de cerveau à la castration temporaire par injection. C’est très violent.

En vous emparant d’un tel sujet, pensez-vous que le cinéma peut ou doit jouer un rôle politique dans la société ?

Je ne peux pas généraliser, chaque réalisateur est libre de raconter ce qu’il veut, mais dans mon cas, je me sens la responsabilité d’utiliser ma voix pour parler des sujets qui oppriment mon pays. Au Guatemala, seulement quatre ou cinq films sortent tous les ans, la télévision est entièrement achetée par d’autres pays… Je ne pense pas pouvoir effectuer de profonds changements, mais j’ai la responsabilité politique de me saisir de ma voix.

L’oppression, dans Tremblements, vient notamment des organisations religieuses.

Ce qui m’inquiète le plus, c’est qu’au Guatemala on est incapable de parler de religion, de croyance et de Dieu comme de trois sujets différents. Si on parle de la religion, les gens ont l’impression que l’on s’attaque à Dieu. Mais ce qu’il y a de plus grave, c’est que la religion invite à la non auto-critique, à la non-conscience et à la non-réflexion. Elle invite seulement à suivre ce qu’on vous dit, ce qui est très dangereux. Dans Ixcanul, il est plutôt question de croyance et de tradition que de religion. L’oppression venait de la pauvreté et du manque d’opportunité pour les indiens et les femmes indiennes. Dans Tremblements, je parle de l’endoctrinement de l’être, qui touche aussi bien les gens en extrême pauvreté, que les homosexuels et les femmes. Mon film parle aussi d’une oppression phallocratique, d’un système macho et misogyne. Au Guatemala, l’homophobie ne relève pas que de la phobie des homosexuels, elle tient surtout à penser que si quelqu’un a eu la bénédiction de naître homme, il est sacré par son phallus et ne doit pas se rabaisser en se comportant de manière féminine.

Le poids de la communauté semble peser très fort sur les individus.

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Tremblements

Actuellement au cinéma

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Juan Pablo Olyslager dans Tremblements ©TuVasVoir – François Silvestre de Sacy

  Après son premier film Ixcanul sorti en 2015, qui racontait l’histoire d’une jeune fille maya oppressée par les traditions de sa communauté, le cinéaste guatémaltèque Jayro Bustamante poursuit l’auscultation des injustices de son pays natal. Dans Tremblements, c’est un homme qui se retrouve cadenassé par la mentalité d’une société discriminante. Au mysticisme vaporeux qui embrumait les paysages volcaniques d’Ixcanul succède l’obscurité des intérieurs bourgeois de Guatemala City, où la vie de Pablo, marié et père de deux enfants, bascule. Tandis que dehors s’abat une pluie battante, augure d’un tremblement de terre, la famille de Pablo s’est réunie. Sa femme, sa mère, son frère, sa belle-famille, tous l’attendent, dévastés comme s’ils venaient d’apprendre un décès. Pour eux, c’est tout comme : Pablo entretient une relation avec un homme.

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