Retour à Silent Hill

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

L’ambulance est déjà criblée de balles, mais la conscience professionnelle ne connait pas la clémence : Retour à Silent Hill de Christophe Gans est un ratage complet. En adaptant le second volet de la franchise vidéoludique culte, l’auteur du Pacte des Loups revenait pourtant à un matériau familier. En 2006, son Silent Hill premier du nom lui avait au moins permis d’obtenir le bénéfice du doute : miné par une production délicate, qui imposa notamment l’ajout d’un personnage masculin sans intérêt, le film laissait néanmoins penser par son atmosphère soignée et sa direction artistique élégante que Gans avait une compréhension profonde de l’univers qu’il transposait à l’écran. Vingt ans plus tard, ce nouvel opus inespéré anéantit méthodiquement et de manière assez sidérante tout le crédit qu’on pouvait attribuer au cinéaste quant à sa capacité à adapter cette licence.

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‘‘Hurlevent’’

Actuellement au cinéma

Warner Bros. Entertainment Inc.

Le problème de la fidélité d’une adaptation filmique d’une œuvre littéraire trahit très souvent un mépris du cinéma. On ne sait d’ailleurs jamais vraiment jauger le degré de fidélité d’une adaptation à son référent livre, chacun y allant de son opinion. On ne sait jamais où elle commence. Où elle s’arrête. Et selon quel principe. Fidélité au récit ? Fidélité d’esprit ? Un peu des deux ? François Truffaut, en 1958, réglait la question : « Il n’y a donc ni bonne ni mauvaise adaptation », parce que la fidélité est un principe essentiellement moral, autant que celle qui doit régir un couple, et qui connote la thèse un peu rance d’une hiérarchie entre deux arts, d’une prévalence de la littérature sur le cinéma. Il n’aura échappé à personne, pour ceux qui auront eu l’infortune de tomber nez à nez avec la bande-annonce de ‘‘Hurlevent’’, que ce problème n’a pas dû même effleurer Emerald Fennell. Et ça tombe bien. Car la seule et unique question qui doit nous occuper concerne le geste de cinéma. ‘‘Hurlevent’’ vaut-il esthétiquement ? Comme œuvre de cinéma ? Réponse : ‘‘Hurlevent’’ est du cinéma ; du cinéma entre guillemets.

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The Mastermind

Actuellement au cinéma

© Condor

1970. Framingham, dans le Massachusetts. Les étudiants vaquent à leurs occupations ; certains griffonnent des portraits au coin d’un parc, d’autres fument en rêvant de jours meilleurs. La guerre du Vietnam, si lointaine soit-elle géographiquement, sature les yeux et les oreilles ; tous les postes de télévision et de radio en crachent chaque rebondissement. Pour échapper à cette angoisse diffuse, les plus courageux se réfugient au musée local, les autres dans les salles de cinéma. Qui sait ? Bonnie and Clyde y est peut-être encore à l’affiche. 

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A pied d’œuvre

Actuellement au cinéma

© Diaphana Distribution

Adapté du roman de Franck Courtès, A pied d’œuvre raconte la précarité du métier d’écrivain. Bastien Bouillon y incarne Paul Marquet, un homme de bonne famille, lui-même père de deux enfants. Quand il plaque la photographie et devient écrivain, Paul s’appauvrit de jour en jour, alors que l’avance versée par son éditeur s’amincit d’heure en heure.

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La Grazia

Actuellement au cinéma

© Andrea Pirrello

Mariano De Santis, président de la République d’Italie, s’apprête à finir son mandat. Très apprécié par son peuple, ses années de gouvernance ont redressé l’équilibre du pays. Une dernière décision reste à prendre : faut-il adopter la loi autorisant l’euthanasie ? 

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La reconquista

Actuellement au cinéma

© Arizona

C’est accompagné d’une rétrospective intégrale au Centre Pompidou (provisoirement logé dans les salles du MK2 Bibliothèque) que le cinéaste espagnol Jonás Trueba nous donne des nouvelles de 2016. Dix ans nous séparent de la fabrication de La Reconquista, quatrième long-métrage de son auteur et première collaboration avec l’actrice et cinéaste Itsaso Arana. Presque autant de temps qui séparent Manuela et Olmo, jeunes trentenaires et anciens premier amour, qui se retrouvent à Madrid l’espace d’une soirée pour se rappeler leur passé.

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Naked

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Potemkine films

Peu de films peuvent prétendre à la noirceur désespérée de Naked, drame existentialiste réalisé par Mike Leigh, couronné d’un Prix de la mise en scène et d’un Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1993. Visible pour la première fois dans une copie restaurée par Potemkine Films, cette nouvelle exploitation remet un coup de projecteur bienvenu sur le début de carrière d’un réalisateur dont l’inspiration et l’audace ne semble pas prêts de se tarir – en témoigne l’excellent Deux sœurs, sorti dans nos salles en 2025.

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Mad Men

Disponible sur Arte

© AMC

« Don’t think twice, it’s all right » (« N’y pense plus, tout va bien »). C’est sur cette injonction douce de Bob Dylan que se clôt la première saison de Mad Men. Jusqu’au printemps 2026, Arte rediffuse l’intégralité de la série, nous offrant ainsi l’occasion de repenser ce monument du petit écran. Créée en 2007 par Matthew Weiner (qui avait été à bonne école comme producteur et scénariste des Sopranos), elle n’a pas pris une ride, et continue d’être considérée comme l’une des plus grandes séries de tous les temps.

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Dreams

Actuellement au cinéma

© Teorema / Metropolitan FilmExport

Après Memory, qui laissait entrevoir chez le cinéaste mexicain une inflexion plus empathique et presque conciliatrice, Dreams opère un retour brutal à un cinéma de la cruauté, désenchanté et résolument mal aimable. Toute promesse d’optimisme, suggérée par le titre, est méthodiquement déjouée dès les premières images d’un camion abandonné au Texas dans lequel gisent des cadavres de migrants mexicains. Cette ouverture, loin d’être illustrative, inscrit d’emblée le film dans une réflexion politique implacable sur les corps déplacés, exploités, rendus invisibles.

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Hamlet

Théâtre de l’Odéon

© Jan Versweyveld

Comme à son habitude, Ivo Van Hove a privé le plateau de tout ce qui le rendait plein. Il redessine une scène sur la scène et en laisse voir les contours, béants. Chez Van Hove, la théatralité a quelque chose de verticale : exit les décors modulaires qui se déplacent d’un côté à l’autre de la scène, mais place aux éléments qui lui coulent dessus (l’eau dans Vu du pont, 2015) ou qui sortent de son sol (la boue dans Electre / Oreste, 2019). Dans Hamlet, même les rideaux qui bordent le plateau ne se séparent pas horizontalement, ils tombent ou sont arrachés du plafond. 

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