La première partie de Hope s’avère assez sidérante. Dans un cadre de blockbuster, Na Hong-jin travaille un registre quasi-burlesque. Son protagoniste est complètement dépassée par une situation hors du commun. Hope est une ode au grotesque. Plus le cinéaste en donne, plus le spectateur en demande.
Avec son nouveau film, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun poursuit et approfondit le geste esthétique et politique amorcé dans We’re All Going to the World’s Fair puis dans I Saw the TV Glow en faisant du cinéma le genre le lieu d’une archéologie intime des identités queer, des images qui les façonnent et des formes contemporaines de dissociation. Mais là où ses précédents films baignaient encore dans une mélancolie numérique presque spectrale, Camp Miasma ouvre un territoire plus sensuel, plus impur et plus incarné. Un slasher fiévreux et nocturne traversé autant par l’effroi que par le désir.
Du mondo au giallo, il n’y a qu’un pas et quelques lettres. Sous-genres majoritairement italiens, tous deux connaissent leur âge d’or dans les années 1960 puis 1970 et partagent un rapport complaisant à la mort, pensé pour nourrir les pulsions scopiques les plus diverses de leur public. Plus largement, ils s’inscrivent dans une logique de réemploi. Le premier se définit par l’utilisation d’images documentaires à des fins ouvertement sensationnalistes ; le second, pour sa part, se fonde sur un recyclage systématique de codes hyper-balisés – tueur ganté de cuir, échos expressionnistes, violence graphique, nudité, enquête policière – qu’il ne cesse de recomposer et de faire varier selon les attentes du marché et du spectateur.
L’ambulance est déjà criblée de balles, mais la conscience professionnelle ne connait pas la clémence : Retour à Silent Hill de Christophe Gans est un ratage complet. En adaptant le second volet de la franchise vidéoludique culte, l’auteur du Pacte des Loups revenait pourtant à un matériau familier. En 2006, son Silent Hill premier du nom lui avait au moins permis d’obtenir le bénéfice du doute : miné par une production délicate, qui imposa notamment l’ajout d’un personnage masculin sans intérêt, le film laissait néanmoins penser par son atmosphère soignée et sa direction artistique élégante que Gans avait une compréhension profonde de l’univers qu’il transposait à l’écran. Vingt ans plus tard, ce nouvel opus inespéré anéantit méthodiquement et de manière assez sidérante tout le crédit qu’on pouvait attribuer au cinéaste quant à sa capacité à adapter cette licence.
Sorcellerie, sang, flammes et romance queer. Que ma volonté soit faite mélange plusieurs esthétiques cinématographiques en vogue ces dernières années : on y retrouve notamment les braises et les tensions érotiques lesbiennes inavouées de Portrait de la jeune fille en feu ou la jeune héroïne ténébreuse, aux yeux taiseux mais profonds, de Grave. Le film de Julia Kowalski prend ces tendances comme de solides appuis pour prétendre à une fable féministe, quitte à s’engouffrer dans un scénario particulièrement bancal.
En regardant Évanouis, difficile de ne pas penser à Twin Peaks, série qui scotcha l’Amérique à son poste de télévision dans les années 1990 en racontant comment la disparition de Laura Palmer, une jeune lycéenne populaire, provoquait l’émoi d’une communauté que David Lynch et Mark Frost allaient ausculter pendant trois saisons. On y retrouve un postulat similaire, soit la volatilisation soudaine des enfants d’une même classe, à l’exception d’un, à la même heure et au beau milieu de la nuit.
Vingt-huit ans plus tard, tout a changé. Le monde a guéri de l’épidémie de rage qui transforme la population en zombies, à l’exception du Royaume-Uni, maintenu en quarantaine. Après les villes désertes aux prémices de la pandémie de 28 jours plus tard et les complexes militaires et banlieues grouillant d’infecté.e.s de sa suite, nous voici sur une île au large de l’Angleterre où s’est établi un village de survivant.e.s. Spike, douze ans, fait partie de cette communauté autarcique. Il vit avec son père, Jamie (Aaron Taylor-Johnson), et sa mère Isla (Jodie Comer), atteinte d’un mal inconnu qui la plonge dans des crises de démence.
Il était temps qu’un distributeur se décide à restaurer La Forteresse noire, second film de Michael Mann demeuré invisible dans des conditions décentes depuis sa sortie initiale en 1983. Rescapé des ténèbres par Carlotta, le long-métrage nous parvient comme un artefact maudit, un objet précédé par sa légende que l’on découvre avec un mélange d’excitation et de crainte. Et pour cause : sa longue absence du catalogue mannien n’a-t-elle pas été en réalité une aubaine pour les exégètes de l’œuvre du cinéaste, bien plus à l’aise dans leur office une fois dispensé·es de la tâche ardue d’y rattacher cette note dissonante ?
Sortant d’une épaisse nuit environnant le club de blues des charmants jumeaux Stack et Smoke (interprétés par un Michael B. Jordan au carré), le vampire Rimmick (Jack O’Connel) et ses deux sbires tout fraîchement envoûtés se présentent à son seuil, gardé par le brave cerbère Corbread. Trois vampires. Trois blancs. Trois prétendus musiciens errants qui cherchent vilement à pénétrer ce qui constitue un refuge, une hétérotopie pour une communauté noire opprimée. Empêchée. Après un premier acte aussi poussif que poussiéreux, Sinners abat enfin son atout, rejouant contre toute attente, outre Une Nuit en enfer (Robert Rodriguez, 1996) dont la parenté saute aux yeux à défaut de la gorge, Naissance d’une nation (Griffith, 1915).
Si son titre fait état d’une singularité, Presence est pourtant l’objet de paradoxes pluriels. Quoi de mieux qu’une telle œuvre pour un cinéaste comme Steven Soderbergh, qui multiplie les projets insolites depuis sa fausse “retraite” en 2013 ?