Drunk

Actuellement au cinéma

Mads Mikkelsen (Martin) © Henrik Ohsten / Haut et Court

Thomas Vinterberg excelle dans l’art de filmer le point de non-retour. Cet instant de tension, au bord de la chute. Ses personnages sont semblables à des funambules tentant de sortir indemnes de cet exercice périlleux. Dans son nouveau film Drunk, c’est l’alcool qui devient moteur de passage entre ces deux états.

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Family Romance, LLC

Au cinéma le 19 août 2020

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Ishii Yuichi et Mahiro Tanimoto © Nour Films

Lorsqu’on associe Werner Herzog et le Japon, ce sont des images de Tokyo-Ga (Wim Wenders, 1985) qui viennent en tête. En haut d’un gratte-ciel, le cinéaste allemand palabrait sur la nécessité de rechercher de nouvelles images, pures et absolues, capables de raconter le temps présent. Il faudrait, avançait-il, se tourner vers d’autres planètes pour parvenir à filmer des territoires vierges et obtenir une image à la vérité transparente. Cet idéal semble bien loin du projet de Family Romance, LLC, tant le film s’attache à montrer la facticité des relations sociales et la modernité de la vie urbaine japonaise.

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Rencontre avec : César Díaz

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César Díaz et sa Caméra d’or (entre Rithy Panh et Valeria Bruni Tedeschi) © CHRISTOPHE SIMON / AFP

L’année dernière, Nuestras Madres a reçu la très prisée Caméra d’or au festival de Cannes. Sortie en VOD cette semaine, c’est une œuvre de mémoire nécessaire sur les terribles conséquences de la guerre civile guatémaltèque (1960-1996). Après quelques problèmes de connexion et de décalage horaire – nous sommes en France, il est au Guatemala – nous avons réussi à joindre le réalisateur César Díaz, pour revenir avec lui sur son fort et beau premier film.

Nuestras Madres est le premier film guatémaltèque présenté au festival de Cannes. En quoi était-ce important pour vous qu’il soit vu par le plus grand nombre ?

Parce qu’il parle de l’histoire vive du Guatemala, une histoire que certains essaient d’oublier. Et pire encore, de nier. C’est aussi important par le moment cinématographique que l’on vit au Guatemala, car il faut soutenir cette industrie naissante. Le fait qu’un film aille au festival de Cannes est l’affirmation que l’on est sur le bon chemin.

Est-ce que la guerre civile est un sujet présent dans l’actualité de votre pays, ou bien encore un tabou ?

C’est un sujet important pour le monde de gauche et progressiste, mais pour le reste de la population, c’est un vieux sujet dont il ne faut pas trop parler. Le problème principal est qu’il n’a jamais existé une véritable volonté politique de soigner les blessures du passé, ni de procéder à une réconciliation nationale.

Comment avez-vous écrit votre scénario ?

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L’Épouvantail

Rétrospective Palme d’or

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Gene Hackman (Max) et Al Pacino (Lionel) © Warner Bros

Le nouvel Hollywood peut se définir comme la réponse américaine à la Nouvelle Vague française. Après une période de basse fréquentation des salles de cinéma dès la fin des années 50, les années 70 donnent à l’industrie un nouveau souffle en revendiquant une opposition au classicisme. Alors que des films comme Bonnie & Clyde (Arthur Penn, 1967), Le Lauréat (Mike Nichols, 1967) ou Easy Rider (Dennis Hopper, 1969) sont considérés comme les œuvres fondatrices de ce mouvement, ceux de Jerry Schatzberg se retrouvent régulièrement – et injustement – relégués au second plan. 

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La Chambre du fils

Rétrospective Palme d’or

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Giuseppe Sanfelice (Andrea) et Nanni Moretti (Giovanni) © Bac films

Giovanni est psychanalyste et père de famille. Il écoute ses patients lui confier leurs névroses avant de regagner son appartement dans lequel sa femme, son fils et sa fille l’attendent. Ses journées sont réglées selon une routine précise et indispensable. Lorsqu’un événement tragique vient la troubler, sa vie bascule irréversiblement.

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La Dolce Vita

Rétrospective Palme d’or

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Marcello Mastroianni (Marcello Rubini), Anita Ekberg (Sylvia) © Consortium Pathé

Les années soixante marquent le renouveau artistique du cinéma italien, son essor économique et son rayonnement international. Alors qu’une nouvelle génération de cinéastes se dessine, cette ère moderne est pourtant incarnée par des auteurs plus âgés. Parmi eux : Federico Fellini. En 1960, le réalisateur remporte la Palme d’or avec La Dolce Vita.

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Apocalypse Now

Rétrospective Palme d’or

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Martin Sheen (Capitaine Willard) © United Artists, Gaumont Buena Vista International

Le 20 mars 1976 débute le tournage d’Apocalypse Now. Initialement prévu pour durer quatre mois, il s’étendra sur plus d’un an. En 1979, le film de Francis Ford Coppola n’est pas encore prêt et sera projeté au festival de Cannes avec la mention « work in progress ». 

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La Leçon de piano

Rétrospective Palme d’or

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Holly Hunter et Anna Paquin ©DR

Au XIXe siècle, une jeune femme écossaise, Ada MacGrath (Holly Hunter), est envoyée par son père en Nouvelle-Zélande pour épouser un homme qu’elle n’a jamais rencontré (Sam Neill), responsable d’une colonie. Elle débarque sur une plage battue par des vents froids, accompagnée de sa fille de dix ans, Flora (Anna Paquin), qui est aussi son interprète : Ada est muette.

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Rencontre avec : Gilles Jacob

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Gilles Jacob ©Pascal Le Segretain/Getty Images

Délégué général du Festival de Cannes de 1978 à 2000 puis président jusqu’en 2014, Gilles Jacob a façonné le plus grand festival de cinéma du monde. Une vie passée dans les salles obscures, faite de rencontres et d’une quête insatiable du meilleur du cinéma d’auteur. Si le Festival de Cannes, auquel nous nous rendons depuis trois ans, n’aura pas lieu ce mois-ci, plongeons dans les souvenirs de l’ancien patron des lieux, que nous remercions pour son amitié et le partage sans borne de son amour pour le cinéma.

A quel moment avez-vous su que vous étiez atteint de cinéphilie ?

Assez tard. Vers 10 ans, c’était plutôt de la boulimie d’images en mouvements, je ne savais pas ce qu’était un metteur en scène. Un acteur, oui : Fernandel me faisait hurler de rire, Pierre Fresnay m’en imposait, Raimu aussi avec sa belle voix grave, quant à Josette Day, j’en étais amoureux tout en ignorant tout de l’amour. La cinéphilie est venue bien plus tard, lorsque j’étais en seconde à Louis le Grand, rentré à Paris après la guerre ; ensuite quand Claude Chabrol m’entraînait dans les petites salles d’art et d’essai du quartier Latin. Bizarrement, c’est par la négative que j’ai compris l’art de la mise en scène. En regardant Vautrin de Pierre Billon (1943), je me suis dit que jamais un metteur en scène ne serait à la hauteur de Balzac. J’ai décidé d’arrêter d’aller au cinéma, ce qui m’a pris deux à trois ans jusqu’à ce qu’une jeune fille me prenne par la main, contente de se retrouver dans le noir tous les deux. Ensuite le cinéma ne m’a plus quitté, mais la littérature non plus. J’ai apprécié très vite le génie particulier d’auteurs comme Robert Bresson, Henri-Georges Clouzot, John Ford, Howard Hawks, Jean Renoir, John Huston, William Wyler. Et je me suis mis à écrire. Comme La Revue du cinéma venait de disparaître et que les Cahiers du Cinéma n’existaient pas encore, il y avait là un vide qui aurait pu être comblé. C’est alors que, à quelques uns qui préparions le concours pour l’Ecole Normale Supérieure en khâgne, nous avons créé la revue Raccords dont j’étais le rédacteur en chef et qui a tenu pendant onze numéros jusqu’à l’arrivée des Cahiers. Cela a duré de 1949 à 1951.

De quelles qualités doit faire preuve le bon critique de cinéma ?

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Mission

Rétrospective Jeremy Irons / Palme d’or

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Jeremy Irons dans Mission de Roland Joffé, Palme d’or en 1986 © D.R.

Seul dans la forêt, le père Gabriel (Jeremy Irons) regarde aux alentours, inquiet. Il marche à tâtons dans cet univers impénétrable. Pour contrer les éventuels dangers, là où certains empoigneraient leur arme, il se saisit de son hautbois. Il entonne alors un air envoûtant, potentiellement conciliateur. À son écoute, les Indiens Guaranis, arcs à la main, le guettent et s’avancent, méfiants mais curieux. Ils encerclent bientôt le prêtre qui continue à jouer. On dit que la musique adoucit les mœurs…

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