Le nom du salon de toilettage de Marcello, Dogman, s’impose d’emblée comme un qualificatif de sa personne : dès le début du film, le héros apparaît comme cet « homme chien », fidèle et soumis corps et âme à l’un de ses voisins, Simoncino, une brute sans cerveau accro à la cocaïne et à la violence qui terrorise le quartier. Marcello est son martyr, employé dans des entreprises criminelles sans guère en avoir le choix…
Parce que leurs contenus sont si singuliers et leurs héros tellement torturés, les films de Lars von Trier incitent souvent le spectateur à y chercher la figure de leur auteur. Pour tenter de comprendre comment parvenir à créer de telles visions… Faut-il voir dans The House that Jack Built un portrait de Lars von Trier en serial killer ? On le retrouve, en creux, moins dans la part de tueur psychopathe de Jack, encore heureux, que dans celle de ses névroses. L’un des problèmes du tueur incarné par Matt Dillon, qui agit en esthète du crime en le considérant comme un art, réside en ce qu’il ne parvient pas, matériellement, à bâtir sa maison. Comme la marque de son incapacité à se faire une place dans le monde, à mener à bien ses désirs d’architecture – jusqu’à ce que soit apportée une résolution à la fois morbide et impressionnante. À travers sa réflexion sur le mal, le film met en scène des problématiques intimes à la création.
Sur une plage, des jeunes dansent autour d’un feu. Ils chantent, échangent, improvisent des refrains sur leurs guitares. Une euphorie de musique et de liberté à laquelle se joint un garçon de 19 ans : Viktor Tsoï, aux faux airs de Jimmy Page et Jim Morrison, qui s’apprête à devenir une légende du rock soviétique au moment de la pérestroïka. On est à Leningrad, en 1981, et les élans créatifs de la jeunesse sont freinés par l’austérité régnante, l’anti-américanisme et la censure. Face à cela, Viktor, véritable icône nationale (il est encore très aimé aujourd’hui en Russie), romantique et amoureux de musique, incarne avec Mike, rocker qui le prend sous son aile, à la fois son influence et son rival, et Natasha, leur muse, tous incarnés avec grâce et charisme, une génération pressée d’exister et décidée à ne jamais cesser de s’exprimer.
Pour éviter d’être licenciés, des ouvriers décident d’occuper leur usine qui se démantèle sous leurs yeux. Mais la direction disparaît soudainement, les laissant sans directive. Dans un espace qui perd tout son sens lorsque le travail humain disparaît mais où il est possible de le réinventer, s’entrevoit alors une ample et convaincante réflexion sur la place de l’individu dans le monde du travail.