Inu-Oh

Actuellement au cinéma

© Star Invest Films France

Jimmy Hendrix chanté en japonais, joué avec un biwa et dansé en yukata, c’est le pari fou de ce film à mi-chemin entre le conte et l’opéra rock. Inu-Oh embarque le spectateur dans une épopée de couleurs, de sons et d’histoires dont on ressort ébloui. Ce nouveau film de Masaaki Yuasa (Mind Games, Ping Pong, Devilman Crybaby)est une véritable bombe en constante réinvention qui explose toutes les contraintes cinématographiques et historiques, avec la désinvolture intelligente d’un réalisateur au sommet de son art.

Continuer à lire … « Inu-Oh »

El planetà

Disponible sur Mubi

© Mubi

Comédie absurde sur deux femmes prises dans la crise économique en Espagne, le premier film d’Amalia Ulman est un petit condensé d’humour noir. Leo, jouée par la réalisatrice, est revenue de Londres et de ses études de stylisme pour retrouver sa mère Maria, jouée par Ale Ulman, après la mort de son père. Les deux femmes, habituées à un train de vie fastueux, mais désormais sans travail – et sans volonté d’en trouver un – continuent à vivre comme si de rien n’était alors que les ressources se raréfient. On aurait tendance à dire que la pauvreté est un fait économique ; elles vous répondraient que ce n’est qu’un état d’esprit auquel elles ne s’abaisseront pas.

Continuer à lire … « El planetà »

Charlotte

Actuellement au cinéma

© Nour Films

Le film s’ouvre sur un sentiment d’urgence. Une jeune femme, Charlotte Salomon, fourre des centaines de feuillets dans une valise qu’elle confie à un homme. Prenez-en soin, lui demande-t-elle, c’est toute ma vie. Et ce littéralement : cette valise, c’est plus de mille peintures, retraçant tous les souvenirs de cette jeune artiste juive allemande. Une œuvre titanesque, souvent considérée comme le premier roman graphique, qu’elle a peinte en quelques mois, peu de temps avant sa mort à Auschwitz.

Continuer à lire … « Charlotte »

Rencontre avec : Henrika Kull

Réalisatrice allemande, Henrika Kull était à Paris à l’occasion de la sortie de son deuxième long-métrage, Seule la joie. Nous avons pu la rencontrer et l’interroger sur cette histoire d’amour atypique entre deux travailleuses du sexe dans une maison close berlinoise.

Le film se déroule dans une maison close. Pourquoi avez-vous été attirée vers ce décor particulier ?

J’ai fait des études de sociologie et, en tant que sociologue, on est toujours intéressé par différents milieux. Ce n’est pas pour éprouver des sensations fortes, mais pour me rapprocher de ces gens, pour leur parler, pour essayer de comprendre un processus de stigmatisation à la fois très élémentaire et très complexe. Mon premier film était un court documentaire sur une maison close et après j’y suis revenue, pendant des années. L’endroit m’intriguait. Je ne cherchais pas à y trouver une histoire, mais quand j’y étais, je me disais que cet endroit devait figurer dans un film.

Comment travaille-t-on avec des acteur.rice.s au milieu d’un décor réel, c’est à dire avec en arrière-plan des non pas des figurants mais des personnes qui font leur travail ?

C’était un premier rôle pour les deux. Katharina, l’actrice de Sascha, avait déjà joué, mais jamais dans un long-métrage. En général, j’aime travailler avec des gens qui n’ont pas beaucoup d’expérience. On travaille ensemble sur la biographie des personnages, on va très loin dans leur histoire personnelle. C’est impossible de tourner de façon normale dans un environnement réel, avec des gens réels et toute une vie qui continue à se dérouler autour de nous. La façon de jouer est spécifique, très différente de ce que l’on trouve généralement dans un film de fiction.

Les corps représentés à l’écran sont différents de ceux que l’on a l’habitude de voir dans un film : Celui de Maria est tatoué, celui de Sascha, âgé par rapport aux standards de beauté de l’industrie. Même ceux des clients sont très variés. Qu’est-ce qui vous a donné envie de filmer ce genre de corps ?

Continuer à lire … « Rencontre avec : Henrika Kull »

Seule la joie

Actuellement au cinéma

© Outplay

Un fast-food berlinois. En fond, des discussions inaudibles et des bruits de couverts. Deux femmes sont assises à une table. L’une d’elles, brune, un anneau dans le nez et des tatouages sur les bras, récite un poème.  »Mon mot pour famille n’est pas leur mot pour famille / Mon mot pour poésie n’est pas leur mot pour poésie. / […] Et je suis une femme en ce sens que je suis faite par dépit. » C’est dans ce décor trivial que la poésie est la plus belle, libre de prendre son envol et de sublimer le lieu comme les personnages.

Continuer à lire … « Seule la joie »

Hallelujah, les mots de Leonard Cohen

Actuellement au cinéma

© The Jokers / Bookmakers

Quand on pense à Leonard Cohen, on pense à la pureté. Pureté de la voix, du texte, d’une musique qui sait accompagner et amplifier, sans jamais masquer la beauté simple des mots. Dommage que le documentaire de Dayna Goldfine et Dan Geller n’ait pas su suivre le modèle de son sujet. Le film est à l’image de son titre ; trop verbeux, rempli jusqu’à ras bord d’images, de témoignages, d’histoires, sur lesquels il ne prend pas le temps de s’arrêter et d’approfondir.

Continuer à lire … « Hallelujah, les mots de Leonard Cohen »

Simone, le voyage du siècle

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. France

26 novembre 1974. Simone Veil monte à la tribune de l’Assemblée Nationale pour défendre le droit à l’avortement. Face à elle, une marée d’hommes. Leurs visages défilent, à grand renforts de fondus et de gros plans pendant qu’ils enchaînent les arguments misogynes. En 2022, alors que le droit à l’IVG est menacé, la pertinence du sujet est incontestable. Pourtant, c’est comme si Olivier Dahan avait peur – que le discours de son héroïne ne soit pas assez fort, que la haine de ses adversaires ne soit pas assez marquante – et qu’il tentait de soutenir une histoire, qui se suffit par ailleurs très bien à elle-même, par un pathos qui devient rapidement insupportable.

Continuer à lire … « Simone, le voyage du siècle »