Seijun Suzuki – Rétrospective en 8 films

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les décors en ruines occupent toujours, en premier ou arrière-plan, l’œuvre de Seijun Suzuki. Le cinéaste ayant débuté dans les années 50, cette propension aux vestiges est largement liée à un traumatisme historique — la guerre y est soit un événement en cours (Histoire d’une prostituée), un douloureux souvenir (La Barrière de chair), ou une menace sur le point d’advenir (Élégie de la bagarre) — mais elle vient peut-être symboliser également le statut de Suzuki dans l’industrie japonaise. Ayant travaillé pour la Nikkatsu de 1956 à 1967, il dut s’assujettir autant aux scénarios imposés par les producteurs qu’au rythme général que la production de séries B imposait, à savoir quatre ou cinq longs-métrages tournés chaque année. À bien des égards, il opérait donc comme les yakuzas de ses récits, devant combattre dans les ruines d’un ordre établi et conserver malgré tout une forme de marginalité.

Continuer à lire … « Seijun Suzuki – Rétrospective en 8 films »

Ann Hui en 3 films

Disponible en Coffret Blu-ray

© Carlotta Films

« Mon amour, tu es cette “imagine” » : à l’écoute de cette phrase, qui constitue l’une de ses œuvres, le poète Yam Gong déclare qu’il ne « contrôle plus rien », que « ces mots ne sont pas de moi », mais proviennent de « forces extérieures ». L’amour naîtrait ainsi non d’un geste volontaire mais d’un abandon presque mystique. Le bref instant auquel Ann Hui consacre quelques minutes dans Elégies, son dernier long métrage documentaire, pourrait à bien des égards condenser la tension qui traverse The Secret, Boat People ou encore Love in a Fallen City : tout sentiment s’y noue à une forme de perte de contrôle.

Continuer à lire … « Ann Hui en 3 films »

La Tarentule au ventre noir

Disponible en 4K UHD et Blu-ray

© Carlotta Films

Du mondo au giallo, il n’y a qu’un pas et quelques lettres. Sous-genres majoritairement italiens, tous deux connaissent leur âge d’or dans les années 1960 puis 1970 et partagent un rapport complaisant à la mort, pensé pour nourrir les pulsions scopiques les plus diverses de leur public. Plus largement, ils s’inscrivent dans une logique de réemploi. Le premier se définit par l’utilisation d’images documentaires à des fins ouvertement sensationnalistes ; le second, pour sa part, se fonde sur un recyclage systématique de codes hyper-balisés – tueur ganté de cuir, échos expressionnistes, violence graphique, nudité, enquête policière – qu’il ne cesse de recomposer et de faire varier selon les attentes du marché et du spectateur.

Continuer à lire … « La Tarentule au ventre noir »

The Mastermind

Actuellement au cinéma

© Condor

1970. Framingham, dans le Massachusetts. Les étudiants vaquent à leurs occupations ; certains griffonnent des portraits au coin d’un parc, d’autres fument en rêvant de jours meilleurs. La guerre du Vietnam, si lointaine soit-elle géographiquement, sature les yeux et les oreilles ; tous les postes de télévision et de radio en crachent chaque rebondissement. Pour échapper à cette angoisse diffuse, les plus courageux se réfugient au musée local, les autres dans les salles de cinéma. Qui sait ? Bonnie and Clyde y est peut-être encore à l’affiche. 

Continuer à lire … « The Mastermind »

Danger : Diabolik !

Disponible en Combo 4K Blu-ray

© Sidonis Calysta

Anti-héros d’une longue série de fumetti lancée en 1962 par Angela et Luciana Giussani, Diabolik était voué, tôt ou tard, à faire le saut vers le grand écran. Cette transposition s’imposait à la fois pour des raisons économiques — le succès massif de la bande dessinée originelle puis l’essor des eurospy movies dès 1964, dans le sillage du premier James Bond — et par la singularité de son criminel éponyme, figure mutique entièrement vêtue de noir, dont seule la paire d’yeux demeure visible. Une créature de cinéma, donc, quasiment dénuée de parole car pensée pour être autant regardante que regardée.

Continuer à lire … « Danger : Diabolik ! »

Week-end de terreur

Disponible en DVD et Blu-Ray

© Rimini Editions

À ses origines antiques, le cynisme était synonyme  d’autosuffisance, de simplicité, d’honnêteté et, plus précisément encore, d’un mépris total des conventions sociales. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?

Continuer à lire … « Week-end de terreur »

Smashing Machine

Actuellement au cinéma

© Zinc Films

Entre Jackie (Pablo Larraín, 2016), Blonde (Andrew Dominik, 2022) ou plus récemment The Bikeriders (Jeff Nichols, 2024), le cinéma américain se plaît à rejouer l’archive. Plus qu’une simple logique de reenactment, ces essais semblent dériver de leur objectif initial de reconstitution (réelles interviews chez Larraín, photos chez Dominik et Nichols) pour venir y broder de la fiction. Il s’agirait dès lors de donner vie aux images mythiques, et surtout de leur attribuer une substance narrative.

Continuer à lire … « Smashing Machine »

Dracula

Actuellement au cinéma

© Météore Films

Qu’il se loge dans les montages publicitaires du conceptuel Eight Postcards from Utopia ou dans le procès fictif concluant Bad Luck Banging or Loony Porn, le cynisme a toujours guetté le cinéma de Radu Jude, jeu d’équilibriste entre regard en surplomb et humanisme fragile. Que Dracula soit un échec n’est qu’à moitié étonnant : il prolonge un geste auteuriste poussé ici à l’extrême, décidé à s’épuiser lui-même — puis nous avec — et, ce faisant, à rompre la fragile tension qui faisait sa singularité.

Continuer à lire … « Dracula »

Oui

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.

Continuer à lire … « Oui »

La Voie du serpent

Actuellement au cinéma

© Art House Films

Un bon remake réinvente, à défaut de reproduire. Ce mantra – appelez-le comme bon vous semble – encapsule autant une part de vérité qu’un état d’esprit quelque peu simpliste face à un exercice artistique complexe. En l’état, Le Convoi de la Peur de William Friedkin est autant réussi que le Godzilla de Roland Emmerich est raté, chacun traçant pourtant une voie différente des originaux dont ils s’inspirent. Réinventer est une chose, mais ne constitue certainement pas le gage d’un remake réussi. Que faire alors du second cas, plus complexe encore, des remakes qui reproduisent ?

Continuer à lire … « La Voie du serpent »