L’Aventure rêvée

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

Sous un doux soleil matinal, Said (Syuleyman Alilov Letifo) attend Veska (Yana Radeva), partie se doucher et s’habiller avant d’entamer une nouvelle journée de travail. Pudique, cet homme d’une cinquantaine d’années demeure nonchalamment devant la maison. Meinhard (Meinhard Neumann), lui aussi, était saisi d’un même état de présence. Après avoir été passé à tabac en pleine nuit, l’ouvrier allemand regagnait le cœur de la fête et reprenait lentement la danse. Un même flottement relie ces deux séquences, qui concluent respectivement L’aventure rêvée, le nouveau long métrage de Valeska Grisebach, et Western, son précédent film sorti en 2017. Pourtant, si leurs images semblent se répondre, elles obéissent à des logiques sensiblement différentes.

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L’Aventure d’une nuit

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Park Circus

Face aux chutes du Niagara, baignés par la blancheur cristalline du clair de lune, Lee Leander (Barbara Stanwyck) et le procureur Jack Sargent (Fred MacMurray) s’entretiennent une dernière fois. Il lui explique qu’elle peut demeurer au Canada pour échapper à la justice américaine et au procès qui l’attend, mais elle refuse cette échappatoire. À court d’arguments, Lee lui glisse alors : “You know I love you, don’t you ?” Une heure plus tôt, ces mots auraient paru inconcevables dans la bouche du procureur, bien décidé à faire emprisonner la jeune femme pour un vol à la tire. Désormais, ils s’imposent pourtant avec une évidence presque miraculeuse ; de ces miracles dont seuls les grands crus du classicisme hollywoodien ont le secret.

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La Dérive

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Succession Paula Delsol / Les Acacias

“J’ai drôlement faim.” La réplique, lancée nonchalamment par Jacquie (Jacqueline Vandal), assise sur un muret auprès de son amant Pierre (Pierre Barouh), cache sous son apparente banalité un incipit révélateur. D’appétit, il en sera souvent question dans La Dérive, premier long métrage de Paula Delsol, sorti en 1964. Il renvoie d’abord, quelques instants plus tard, au foyer familial et aux habitudes systémiques dont Jacquie cherche à s’affranchir, mais annonce aussi une faim plus fondamentale : celle du désir, sous ses multiples formes, qui traversera et structurera l’ensemble du film.

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L’Inconnue

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Pathé Films

Après plus d’un siècle d’existence, le cinéma a profondément modifié les conditions de son propre regard. L’expérience du spectateur, autrefois traversée par une forme d’émerveillement presque mystique, s’est progressivement transformée en un exercice de décodage, dont le langage, à force de jaillir des mêmes conventions, est désormais perméable. Spectateurs et cinéastes, nourris par une consommation incessante d’images, évoluent désormais dans un univers largement autoréférentiel : le septième art évolue en vase clos, s’autocite à tout bout de champ, accumulant références, hommages et jeux d’échos interfilmiques. Dans ce paysage saturé, voir un film qui détonne est devenu denrée rare.

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Seijun Suzuki – Rétrospective en 8 films

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les décors en ruines occupent toujours, en premier ou arrière-plan, l’œuvre de Seijun Suzuki. Le cinéaste ayant débuté dans les années 50, cette propension aux vestiges est largement liée à un traumatisme historique — la guerre y est soit un événement en cours (Histoire d’une prostituée), un douloureux souvenir (La Barrière de chair), ou une menace sur le point d’advenir (Élégie de la bagarre) — mais elle vient peut-être symboliser également le statut de Suzuki dans l’industrie japonaise. Ayant travaillé pour la Nikkatsu de 1956 à 1967, il dut s’assujettir autant aux scénarios imposés par les producteurs qu’au rythme général que la production de séries B imposait, à savoir quatre ou cinq longs-métrages tournés chaque année. À bien des égards, il opérait donc comme les yakuzas de ses récits, devant combattre dans les ruines d’un ordre établi et conserver malgré tout une forme de marginalité.

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Ann Hui en 3 films

Disponible en Coffret Blu-ray

© Carlotta Films

« Mon amour, tu es cette “imagine” » : à l’écoute de cette phrase, qui constitue l’une de ses œuvres, le poète Yam Gong déclare qu’il ne « contrôle plus rien », que « ces mots ne sont pas de moi », mais proviennent de « forces extérieures ». L’amour naîtrait ainsi non d’un geste volontaire mais d’un abandon presque mystique. Le bref instant auquel Ann Hui consacre quelques minutes dans Elégies, son dernier long métrage documentaire, pourrait à bien des égards condenser la tension qui traverse The Secret, Boat People ou encore Love in a Fallen City : tout sentiment s’y noue à une forme de perte de contrôle.

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La Tarentule au ventre noir

Disponible en 4K UHD et Blu-ray

© Carlotta Films

Du mondo au giallo, il n’y a qu’un pas et quelques lettres. Sous-genres majoritairement italiens, tous deux connaissent leur âge d’or dans les années 1960 puis 1970 et partagent un rapport complaisant à la mort, pensé pour nourrir les pulsions scopiques les plus diverses de leur public. Plus largement, ils s’inscrivent dans une logique de réemploi. Le premier se définit par l’utilisation d’images documentaires à des fins ouvertement sensationnalistes ; le second, pour sa part, se fonde sur un recyclage systématique de codes hyper-balisés – tueur ganté de cuir, échos expressionnistes, violence graphique, nudité, enquête policière – qu’il ne cesse de recomposer et de faire varier selon les attentes du marché et du spectateur.

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The Mastermind

Actuellement au cinéma

© Condor

1970. Framingham, dans le Massachusetts. Les étudiants vaquent à leurs occupations ; certains griffonnent des portraits au coin d’un parc, d’autres fument en rêvant de jours meilleurs. La guerre du Vietnam, si lointaine soit-elle géographiquement, sature les yeux et les oreilles ; tous les postes de télévision et de radio en crachent chaque rebondissement. Pour échapper à cette angoisse diffuse, les plus courageux se réfugient au musée local, les autres dans les salles de cinéma. Qui sait ? Bonnie and Clyde y est peut-être encore à l’affiche. 

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Danger : Diabolik !

Disponible en Combo 4K Blu-ray

© Sidonis Calysta

Anti-héros d’une longue série de fumetti lancée en 1962 par Angela et Luciana Giussani, Diabolik était voué, tôt ou tard, à faire le saut vers le grand écran. Cette transposition s’imposait à la fois pour des raisons économiques — le succès massif de la bande dessinée originelle puis l’essor des eurospy movies dès 1964, dans le sillage du premier James Bond — et par la singularité de son criminel éponyme, figure mutique entièrement vêtue de noir, dont seule la paire d’yeux demeure visible. Une créature de cinéma, donc, quasiment dénuée de parole car pensée pour être autant regardante que regardée.

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