Le Jour de son retour

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Le rythme de croisière que suit Hong Sangsoo depuis désormais quelques années – avec deux, voire trois films par an – a eu raison d’une considération faussée de son œuvre récente. En dépit de son économie minimale, tournant à faibles coûts et avec des équipes réduites, son cinéma est en réalité bien loin de l’épure, étiquette que beaucoup de ses adorateurs comme de ses détracteurs lui ont attribuée à tort et à travers. Le Jour de son retour, nouveau (et, pour l’instant, seul) cru de 2026, vient confirmer à nouveau que les surfaces modestes du cinéaste coréen cachent une belle complexité.

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Digger

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. France

Oyez, oyez, Mesdames et Messieurs ! Il vous avait manqué, lui et ses sauts, galipettes et autres pirouettes mégalomaniaques : j’ai nommé Messire Tom Cruise ! Cette fois-ci, depuis le baroud d’honneur Mission Impossible : The Final Reckoning, l’heure n’est plus à la cascade, car les temps sont durs. Oubliez donc les sous-marins, les avions et les coccinelles lancées à toute berzingue dans les rues de Rome : Messire Cruise revient au jeu. Le vrai ! Celui qui éructe et qui dénonce ! Celui qui nécessite des heures de maquillage et qui déclame des minutes de monologue ! Eh oui, plus d’Ethan Hunt à l’horizon, mais Digger Rockwell, un magnat du pétrole qui pousse le monde à la catastrophe. Cruise en connard ; mythe renversé, retourné, plié en deux. Malin, non ?

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Her Private Hell

Actuellement au cinéma

© The Jokers Films

“This movie isn’t going to fix us” (comprendre “Ce film ne va pas nous réparer”, même si la traduction française use d’un verbe “réconcilier” moins riche) déclare Dominique (Havana Rose Liu) à Elle (Sophie Thatcher), son ex-amie et désormais belle-fille. Perdue au milieu d’un marasme narratif sans queue (quoique) ni tête, la réplique de Her Private Hell, dernière réalisation de Nicolas Winding Refn, a tout d’un aveu.

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L’Aventure rêvée

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

Sous un doux soleil matinal, Said (Syuleyman Alilov Letifo) attend Veska (Yana Radeva), partie se doucher et s’habiller avant d’entamer une nouvelle journée de travail. Pudique, cet homme d’une cinquantaine d’années demeure nonchalamment devant la maison. Meinhard (Meinhard Neumann), lui aussi, était saisi d’un même état de présence. Après avoir été passé à tabac en pleine nuit, l’ouvrier allemand regagnait le cœur de la fête et reprenait lentement la danse. Un même flottement relie ces deux séquences, qui concluent respectivement L’aventure rêvée, le nouveau long métrage de Valeska Grisebach, et Western, son précédent film sorti en 2017. Pourtant, si leurs images semblent se répondre, elles obéissent à des logiques sensiblement différentes.

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L’Aventure d’une nuit

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Park Circus

Face aux chutes du Niagara, baignés par la blancheur cristalline du clair de lune, Lee Leander (Barbara Stanwyck) et le procureur Jack Sargent (Fred MacMurray) s’entretiennent une dernière fois. Il lui explique qu’elle peut demeurer au Canada pour échapper à la justice américaine et au procès qui l’attend, mais elle refuse cette échappatoire. À court d’arguments, Lee lui glisse alors : “You know I love you, don’t you ?” Une heure plus tôt, ces mots auraient paru inconcevables dans la bouche du procureur, bien décidé à faire emprisonner la jeune femme pour un vol à la tire. Désormais, ils s’imposent pourtant avec une évidence presque miraculeuse ; de ces miracles dont seuls les grands crus du classicisme hollywoodien ont le secret.

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La Dérive

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Succession Paula Delsol / Les Acacias

“J’ai drôlement faim.” La réplique, lancée nonchalamment par Jacquie (Jacqueline Vandal), assise sur un muret auprès de son amant Pierre (Pierre Barouh), cache sous son apparente banalité un incipit révélateur. D’appétit, il en sera souvent question dans La Dérive, premier long métrage de Paula Delsol, sorti en 1964. Il renvoie d’abord, quelques instants plus tard, au foyer familial et aux habitudes systémiques dont Jacquie cherche à s’affranchir, mais annonce aussi une faim plus fondamentale : celle du désir, sous ses multiples formes, qui traversera et structurera l’ensemble du film.

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L’Inconnue

Actuellement au cinéma

© Pathé Films

Après plus d’un siècle d’existence, le cinéma a profondément modifié les conditions de son propre regard. L’expérience du spectateur, autrefois traversée par une forme d’émerveillement presque mystique, s’est progressivement transformée en un exercice de décodage, dont le langage, à force de jaillir des mêmes conventions, est désormais perméable. Spectateurs et cinéastes, nourris par une consommation incessante d’images, évoluent désormais dans un univers largement autoréférentiel : le septième art évolue en vase clos, s’autocite à tout bout de champ, accumulant références, hommages et jeux d’échos interfilmiques. Dans ce paysage saturé, voir un film qui détonne est devenu denrée rare.

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Seijun Suzuki – Rétrospective en 8 films

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Les décors en ruines occupent toujours, en premier ou arrière-plan, l’œuvre de Seijun Suzuki. Le cinéaste ayant débuté dans les années 50, cette propension aux vestiges est largement liée à un traumatisme historique — la guerre y est soit un événement en cours (Histoire d’une prostituée), un douloureux souvenir (La Barrière de chair), ou une menace sur le point d’advenir (Élégie de la bagarre) — mais elle vient peut-être symboliser également le statut de Suzuki dans l’industrie japonaise. Ayant travaillé pour la Nikkatsu de 1956 à 1967, il dut s’assujettir autant aux scénarios imposés par les producteurs qu’au rythme général que la production de séries B imposait, à savoir quatre ou cinq longs-métrages tournés chaque année. À bien des égards, il opérait donc comme les yakuzas de ses récits, devant combattre dans les ruines d’un ordre établi et conserver malgré tout une forme de marginalité.

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Ann Hui en 3 films

Disponible en Coffret Blu-ray

© Carlotta Films

« Mon amour, tu es cette “imagine” » : à l’écoute de cette phrase, qui constitue l’une de ses œuvres, le poète Yam Gong déclare qu’il ne « contrôle plus rien », que « ces mots ne sont pas de moi », mais proviennent de « forces extérieures ». L’amour naîtrait ainsi non d’un geste volontaire mais d’un abandon presque mystique. Le bref instant auquel Ann Hui consacre quelques minutes dans Elégies, son dernier long métrage documentaire, pourrait à bien des égards condenser la tension qui traverse The Secret, Boat People ou encore Love in a Fallen City : tout sentiment s’y noue à une forme de perte de contrôle.

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