Minotaure

Actuellement au cinéma

© Anna Matveeva / Les films du Losange

La métaphore n’est pas forte. Pas très subtile. Le mythe grec raconte que Minos, roi de Crète, par rancune contre son peuple, sacrifiait tous les neuf ans quatorze enfants au Minotaure, monstre engendré par sa femme et le taureau blanc de Poséidon. En 2022, alors que la Russie vient d’agresser l’Ukraine, Gleb (Dmitri Mazourov), un chef d’entreprise, est chargé par le maire, avec plusieurs de ses confrères, de sélectionner quatorze de ses employés pour nourrir le front ukrainien. Minotaure, c’est l’État, bien sûr. L’État dévorant ses enfants dont Gleb est le suppôt, alors que de toutes parts la polis russe s’ébrèche, fuit comme un robinet corrodé. Les hommes fuient le pays, les épouses s’échappent du foyer. Parce que ce contexte de guerre en Ukraine, Andreï Zviaguintsev le greffe au scénario de La Femme infidèle de Claude Chabrol (1969). Un glissement contextuel du film qui épaissit à trop gros traits, tout en la réduisant, la charge sociologique et politique du drame adultérin qu’esquissait plus finement l’écriture chabrolienne.

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Le Jour de son retour

Actuellement au cinéma

© Carlotta Films

Le rythme de croisière que suit Hong Sangsoo depuis désormais quelques années – avec deux, voire trois films par an – a eu raison d’une considération faussée de son œuvre récente. En dépit de son économie minimale, tournant à faibles coûts et avec des équipes réduites, son cinéma est en réalité bien loin de l’épure, étiquette que beaucoup de ses adorateurs comme de ses détracteurs lui ont attribuée à tort et à travers. Le Jour de son retour, nouveau (et, pour l’instant, seul) cru de 2026, vient confirmer à nouveau que les surfaces modestes du cinéaste coréen cachent une belle complexité.

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Le Garçon Nuage

La Scala Paris

© Kevin Hermen

Le seul en scène est devenu en quelques années la forme théâtrale de référence : face aux coupes budgétaires que subie incessamment la culture, il s’avère particulièrement économe.  Mais, trop souvent, le seul en scène se voit associé à l’exercice du stand-up, qui n’est pourtant qu’une unique catégorie parmi celles qui le composent. Ethan Oliel choisit d’aller à l’encontre de ce registre pour redonner au seul en scène toute sa verve théâtrale.

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Teenage sex and death at Camp Miasma

Disponible sur MUBI

© Festival de Cannes 2026

Chez Jane Schoenbrun, les images finissent toujours par déborder de l’écran. Après We’re All Going to the World’s Fair et I Saw the TV Glow, qui exploraient déjà leur pouvoir de fascination et de dissociation, Teenage Sex and Death at Camp Miasma chemine vers un versant plus optimiste en s’intéressant davantage à ce qu’elles font au corps et comment elles façonnent le désir.

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Aprile

Actuellement au cinéma / Ressortie

© StudioCanal / Malavida

En ce mois d’avril 1994, l’Italie vit naître deux êtres. Pietro Moretti, bébé chevelu de 4 kilos 200 grammes, naît par césarienne dans un hôpital romain. Silvio Berlusconi, homme d’affaires, propriétaire de presse, propulsé sur le devant de la scène politique en tant que premier ministre. Qu’ont de commun ces deux événements ? Une date conjointe, une étape dans la biographie de Nanni Moretti. Une puissante pulsion (ou répulsion dans le cas de Berlusconi) créatrice. En 1994, dans son Journal intime, Moretti se confiait déjà sur ses problèmes d’inspiration. Quatre ans plus tard, que lui reste-t-il à dire sur lui, sur son art ? Sur l’état de la gauche italienne, l’URSS tombée, le PCI dissous, ses rêves avec ? Un vide. Mais de ce vide, Moretti en tire un film : Aprile.  

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Écrire la vie : Annie Ernaux racontée par des lycéennes et des lycéens

Actuellement au cinéma

© Survivance

Écrire la vie, ce fut l’ambition littéraire d’Annie Ernaux, bien sûr, et c’est un peu celle aussi de Claire Simon au cinéma : filmer la vie, notamment la vitalité qui s’exprime des jeunes. Dans plusieurs lycées de France, de Cayenne à Sarcelles en passant par Villefranche sur Saône, des lycéennes et des lycéens dialoguent, discutent entre eux, ou avec leur professeur, autour de l’œuvre de l’écrivaine. Façon la plus adéquate, sans doute, de l’appréhender, le « je » chez Annie Ernaux ayant tendu constamment vers le « on » ; cela par un dispositif simple, auquel nous a habitué Simon, dont la simplicité nous ouvre à ce qu’on ne voit jamais : des jeunes qui parlent de littérature.

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Her Private Hell

Actuellement au cinéma

© The Jokers Films

“This movie isn’t going to fix us” (comprendre “Ce film ne va pas nous réparer”, même si la traduction française use d’un verbe “réconcilier” moins riche) déclare Dominique (Havana Rose Liu) à Elle (Sophie Thatcher), son ex-amie et désormais belle-fille. Perdue au milieu d’un marasme narratif sans queue (quoique) ni tête, la réplique de Her Private Hell, dernière réalisation de Nicolas Winding Refn, a tout d’un aveu.

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Burgundy

San Sebastián International Film Festival 2026

© San Sebastián International Film Festival 2026

Curieux objet que ce Burgundy, fruit d’un patient travail d’immersion des réalisateurs étasuniens Michael Dweck et Gregory Kershaw dans le terroir bourguignon. Dressant le portrait d’une communauté gravitant autour de la passion du vin, le long-métrage se situe dans un état intermédiaire assez passionnant entre fascination et satire.

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Rencontre avec Bruno Dumont

© Les Films du Losange

Vous avez souvent filmé des enfants dans des rôles importants, et pas seulement comme faire-valoir des adultes. Ils sont ici les protagonistes des Roches Rouges, qu’est-ce qui vous intéresse dans la figure de l’enfant ?

Ils ont quelques de très original, au sens premier du terme : ils sont la mémoire du commencement de tout. Ça m’intéresse de les filmer pour retrouver quelque chose qui est vrai. C’est un peu comme un paysage, je ne leur demande pas de composer une idée que j’aurais – d’ailleurs, je n’ai pas d’idée – ce que je veux c’est capter un aspect tout à fait essentiel pour le cinéma. Une forme de vitalité qu’on appelle enfance. Cette vitalité, je ne peux pas l’inventer, et j’en avais besoin pour ce film là. Les enfants de 4-5 ans n’ont pas de filtre, ils ne se posent pas de question, ils sont très vivants. Je ne voulais surtout pas les transformer mais les filmer comme ils étaient.

Vous exploitez souvent le registre de l’absurde, avez-vous l’impression que c’est une tonalité qu’on retrouve presque naturellement chez les enfants ?

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Les Roches rouges

San Sebastián International Film Festival 2026

© Les Films du Losange

La délocalisation a parfois du bon : en troquant ses plages du nord pour celles du sud de la France, Bruno Dumont insuffle une vitalité nouvelle à son cinéma, tout en revenant à l’enfance de l’art. Tout commence d’ailleurs par le passage d’un train sur un viaduc, évocation d’une vue Lumière originelle, qui place les aventures des gamin·es en contrebas sous les hospices d’un ravissement esthétique primitif. C’est ce que donne à ressentir l’emploi quasi-systématique d’un très grande angle et d’une caméra portée, langage inhabituel chez Dumont : coller au plus près des visages étranges de ces têtes blondes, attraper leurs déplacements imprévisibles, les yeux grands ouverts pour tout embrasser.

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