Dao

Actuellement au cinéma

© LES FILMS DU WORSO – SRAB FILMS – YENNENGA PRODUCTION – NAFI FILMS – TELECINE BISSAU PRODUÇAÕES – CANAL+ AFRIQUE

C’est par une succession de visages que s’ouvre Dao. Défilant sous nos yeux, l’un commence une phrase que l’autre conclut, chacun complétant ce que le précédent esquissait. Murs blancs, corps assis face caméra ; nul doute, c’est un casting. On y discute de ses origines, de son rapport à soi et aux autres, mais le projet est encore flou. Un visage finit par s’installer plus durablement que les autres, celui de Gloria (Katy Correa). L’homme derrière la caméra prend la parole. Il sera question de jeu, d’interprétation et, dit-il, d’aller vers la fiction. Dao : un film en construction donc.

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Affection Affection

Actuellement au cinéma

© UFO Distribution

Un hasard, heureux ou non, fait coïncider la sortie d’Affection Affection de quelques semaines avec les élections municipales. Sur les écrans, les petits, il aura été question, entre autres, de problèmes locaux à échelles moindres que celles d’une nation. Dans un délire sécuritaire, les caméras de surveillance auront agité de nombreux débats. Faut-il les doubler, les tripler, les implanter à chaque coin de rue ? Affection Affection nous rappelle qu’avant de nous surveiller, les caméras nous captaient – acte parfois autoritaire, certes, mais potentiellement poétique. Dans un petit village du Var, Géraldine (Agathe Bonitzer) – G pour ses proches – travaille à la mairie. Une fille disparaît (la fille du maire, le compagnon de G) et une femme refait surface avant de s’évaporer (la mère de G). Alors que les caméras ont posé leurs yeux sur tout le village, aucun signe rationnel ne vient expliquer ces événements. Il reste à G de fouiller dans sa sensibilité.

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La Corde au cou

Actuellement au cinéma

© ARP

Après le Mastermind de Kelly Reichardt et son loser attendrissant, puni d’avoir voulu jouer le jeu du modèle américain ; après le Marty Mauser de Josh Safdie (Marty Supreme, 2026), autre perdant plus flamboyant qui apprend à ses dépens que sous le vernis méritocratique de son pays, le talent ne fonde pas la réussite ; voici que Gus Van Sant dégaine à son tour son loser à lui : Tony Kiritsis (Bill Skarsgård). Troisième loser de l’année, année rétro, pour les auteurs américains hantés par le Nouvel Hollywood. Symptôme conjoint d’un épuisement et d’un désir de retourner peut-être à ce qui fut un nouvel âge d’or du cinéma US, ou signe d’un sentiment d’anomie au pays de l’Oncle Sam, rappelant les heures inquiètes et désenchantées des Seventies, que revisite La Corde au cou.

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Nuestra Tierra

Actuellement au cinéma

© Météore Films

Lucrecia Martel se fait rare. Cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, c’est peu. Figure de proue du cinéma argentin post crise économique (de 1998 à 2002, l’Argentine a connu une intense crise économique dont elle ne s’est jamais complètement remise), c’est ce pays qu’elle analysa œuvre après œuvre. Avec l’ambiguïté des grands cinéastes, ses films n’ont jamais pris activement position dans le champ politique. Certes, Martel choisit ses sujets – éducation religieuse, bourgeoisie, colonisation, patriarcat – mais elle s’arrête au constat. Alors, Nuestra Tierra peut effrayer. La cinéaste argentine aurait-elle délaissé sa si belle forme pour un fond, non moins beau, au profit d’un message et non d’une émotion. Le projet remonte aux années 2000. Lorsque Javier Chocobar, leader d’une communauté autochtone, meurt sous les balles de trois hommes blancs. Une décennie de manifestations permettront à un procès d’aboutir, menant à la condamnation des trois hommes.

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Silent Friend

Actuellement au cinéma

© Pandora Films

Dans le cinéma de Ildikó Enyedi, la nature ne se contente jamais d’être un simple décor. Eelle respire, observe et parfois même elle rêve. Son nouveau film, Silent Friend, prolonge cette intuition poétique selon laquelle la réalité est traversée de correspondances secrètes où les frontières entre les règnes du vivant se troublent. Après les cerfs nocturnes de Corps et âmes qui réunissaient deux âmes humaines dans un rêve partagé, ce n’est plus l’animal mais l’arbre qui devient médiateur. L’ami silencieux est un ginkgo biloba séculaire planté au cœur d’un jardin botanique allemand autour duquel se déploient trois récits situés à différentes époques.

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Le Fleuve de la mort

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Les Films du Camélia

« Pas de dimanche sans macchabée. » Prononcée par un pistolero, la phrase porte le poids de la tragédie qui voit deux familles rivales s’entretuer de génération en génération dans le village côtier de Santa Bibiana, au Mexique. Tout est parti d’une querelle de fermiers : parce qu’un Anguiano peste contre le bétail qui empiète sur ses terres, un Menchaca décide de le refroidir et déclenche ainsi un cycle de violence meurtrière sans fin.

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Aller – retour

Festival / Cinéma du réel

© Damien Cattinari, AVRIL FILMS

Aller au cinéma, c’est retourner en enfance, a pu dire, ici ou là, Serge Daney. Ou plus précisément, c’est constater ce qui persiste en nous, le reste qui s’est évaporé ; retrouver le sentiment de découverte et d’apprentissage. Un perpétuel aller-retour donc, un échange entre son passé et son présent. D’aller et de retour, il fut beaucoup question dans cette 48ème édition du Cinéma du réel.

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Les Saisons

Actuellement au cinéma

© NORTE DISTRIBUTION

Il y a des films qui, tout en s’adressant à nous, spectateurs bien installés dans le XXIème siècle, font appel à une Histoire millénaire. Non dans le fond – Gladiator, Troie, Ben-Hur et autres superproductions peplumesques ne pourraient être plus éloignés de notre film – mais dans la forme. La caméra se veut alors stratigraphique et, sondant la terre, en révèle le sang qui la gorge ; l’Histoire donc. Les saisons de Maureen Fazendeiro appartient à cette famille. Au sud du Portugal, la cinéaste erre avec quelques compagnons de route, de la pellicule et des micros, pour enregistrer légendes et contes de la région, son ciel et son sol.

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Ann Hui en 3 films

Disponible en Coffret Blu-ray

© Carlotta Films

« Mon amour, tu es cette “imagine” » : à l’écoute de cette phrase, qui constitue l’une de ses œuvres, le poète Yam Gong déclare qu’il ne « contrôle plus rien », que « ces mots ne sont pas de moi », mais proviennent de « forces extérieures ». L’amour naîtrait ainsi non d’un geste volontaire mais d’un abandon presque mystique. Le bref instant auquel Ann Hui consacre quelques minutes dans Elégies, son dernier long métrage documentaire, pourrait à bien des égards condenser la tension qui traverse The Secret, Boat People ou encore Love in a Fallen City : tout sentiment s’y noue à une forme de perte de contrôle.

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Les Rayons et les Ombres

Actuellement au cinéma

© WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA

Illusions Perdues il y a cinq ans, qui adaptait Balzac, Les Rayons et les Ombres aujourd’hui, qui tire son titre d’un recueil de Victor Hugo. Et si Xavier Giannoli se rêvait plus en romancier qu’en cinéaste ? Ou, plus fâcheux encore, en auteur plus soucieux du spectacle et du romanesque que d’observer les clairs-obscurs des êtres. La tache qui gâte Les Rayons et les ombres découle, comme toujours, non pas de l’intention (affichée) du film : donner à comprendre plutôt qu’à juger des individus pris dans les rouages de la collaboration, le journaliste Jean Luchaire (Jean Dujardin), sa fille Corinne (Nastya Golubeva), actrice qui sera frappée d’indignité nationale, ainsi qu’Otto Abetz (August Diehl), ambassadeur de l’Allemagne nazie à Paris alors qu’il fut avec Luchaire un fervent activiste pour la paix après la Grande Guerre. Pas d’ombre dans l’intention, non, mais dans la forme. Une mise en scène qui ne sait jamais à quel saint se vouer. Se vouer au grand spectacle, à sa direction de spectateurs principielle, ou au trouble que susciterait l’observation amorale des sujets ; au discours empreint de didactisme historique et politique, ou à l’esthétique, seul agent possible d’un véritable vertige affectif.

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