En décalage

Actuellement au cinéma

© Álvaro Mascarell

3, 2, 1… Bip, bip, bip… En décalage s’ouvre sur un décompte. Apparu pour la première fois en 1929 dans La Femme sur la Lune de Fritz Lang, le compte à rebours sera utilisé, accompagné d’un cercle de rotation et d’un son, afin de servir les projectionnistes pour la synchronisation du son et de l’image dans les salles de cinéma, à l’ère de la pellicule. Le procédé technique est aujourd’hui devenu dans l’inconscient collectif un symbole vintage du médium. Dès lors, nous sommes témoins de la concordance audio et visuelle de l’œuvre de Juanjo Giménez Peña, le temps de notre expérience du film. Le bip régulier est semblable à celui d’un rythme cardiaque que retransmettrait un électrocardiogramme… Les battements de cœur du cinéma ? Cette séquence temporelle précédant le début de l’action – bien qu’à la différence du maître allemand, il n’y ait pas ici de vérifications à effectuer avant le lancement d’une fusée – crée une tension à l’œuvre, nous propulsant ainsi déjà vers les sujets de l’intrigue : le cinéma, le temps et le rapport que l’homme entretient avec eux.

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Les Nuits de Mashhad

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

Le cliquetis d’un trousseau de clefs annonce le contact d’un cyclomoteur qui s’enclenche, prêt à entamer sa déambulation dans les rues de Mashhad, ville du nord-ouest de l’Iran, lieu de pèlerinage religieux. Le ronronnement du moteur disparaît bientôt alors que retentit une musique alarmante dont les sonorités nous rappellent celles d’une sirène. Ce signal prévient-il du départ du conducteur à la pêche – en reprenant son sens polysémique – à ces êtres issus de la mythologie grecque ? Créatures fabuleuses hypnotisant jadis les hommes d’équipage depuis leur navire sur le rivage, attirant aujourd’hui l’homme moderne de passage, sur une route ou dans une rue, au détour d’un virage. 

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El buen patrón

Actuellement au cinéma

© Alamode Film

Le dernier long-métrage de Fernando León de Aranoa s’ancre dans l’univers professionnel pour mettre en scène la vie d’une entreprise. Les rapports hiérarchiques sont au cœur de cette comédie grinçante et subtilement écrite dans laquelle Julio Blanco (Javier Bardem) dirige une société qui fabrique… des balances. Le réalisateur des Lundis au soleil et de Escobar retrouve Bardem pour une tragicomédie qui a cette année, mais il en a l’habitude, décroché toutes les distinctions à la cérémonie des Goya (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur acteur, meilleure musique originale et meilleur montage). 

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Sweat

Actuellement au cinéma

Copyright Lava Films

Sweat expose le spectacle de l’ineptie moderne. Au sein de ce théâtre, Sylwia, une influenceuse fitness, joue le rôle principal. Dans les coulisses, elle s’échauffe, se maquille et s’examine une dernière fois avant de monter sur les planches – en plastique – d’un centre commercial. La musique va crescendo et les rideaux sur la consommation de la beauté et du bien-être s’ouvrent. Que le spectacle commence !

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Rencontre avec : Jacques Lœuille et Ariane Métais

© La Croix

À l’occasion de la sortie en salles de Birds of America, nous avons rencontré le réalisateur Jacques Lœuille, ainsi que la productrice, Ariane Métais. Le réalisateur de films d’arts, de documentaires et d’essais retrouve ici les traces des oiseaux du peintre français émigré au États-Unis, Jean-Jacques Audubon, pour révéler une histoire moderne.

Quel a été le point de départ de ce film ?

Jacques Lœuille : J’ai été étudiant à Nantes, aux Beaux Arts. Lors de mes études, on s’intéressait en général à l’art contemporain, mais j’ai toujours gardé un goût pour l’art ancien. J’ai continué à voir beaucoup d’expositions, et j’ai découvert lors d’une exposition au Musée d’Histoire Naturelle en 2004-2005, l’Œuvre d’Audubon. C’était une exposition assez importante, ils avaient fait venir des œuvres d’Amérique. Je l’ai trouvé poignante pour notre époque puisqu’elle documentait des oiseaux qui aujourd’hui, en partie, ce sont éteints. Cette œuvre, qui représente une sorte d’archive du ciel avant notre époque, avant notre ère, me parle toujours aujourd’hui, différemment, mais en est peut-être d’autant plus émouvante. Cette idée était en sommeil et un jour, j’en ai parlé à Ariane, je lui ai dit qu’il serait intéressant de produire quelque chose avec ça, peut-être pas un film mais une sorte d’installation pour une exposition et Ariane a voulu en faire un film. Elle a pensé qu’il y avait de la matière pour que cela se déploie dans un grand récit. On a alors commencé à écrire un long-métrage.

Ariane Métais : Quand on partait du Mississippi, on a pensé à l’idée d’un « rivermovie », comme un roadmovie mais suivant l’autoroute des oiseaux qu’est le fleuve du Mississippi. On avait effectivement assez de matière pour en faire un long-métrage pour le cinéma.

Avez-vous choisi de suivre les traces d’Audubon, d’empreinter la même route, de la même manière, pour traverser le Mississippi ?

JL : Le dispositif du film est de s’appuyer sur les oiseaux peints par Jean-Jacques Audubon qui s’est donné la mission un peu folle au début du 19ème siècle, dans les premières années, de peindre tous les oiseaux d’Amérique. Il faut imaginer que c’est une époque où il n’y a pas de route. Au-delà du Mississippi, c’est ce que l’on appelle la « wilderness », une sorte d’océan vert de 4000kms de forêt jusqu’au Pacifique. Le mode de vie est celui des chasseurs-cueilleurs et donc marcher dans les pas d’Audubon, cela veut dire, forcement, marcher dans un monde qui est tout autre. Aujourd’hui, là où les indiens chassaient, il y a des stations-services et des fast-foods. Le monde est différent et donc le dispositif du film est, en suivant les pas d’Audubon, de mesurer l’écart qui nous sépare de lui. 

Combien de temps le film a-t-il mis à voir le jour ?

AM : cinq ans à peu près. cinq ans avec les premiers tournages en 2016. Après tous les ans on a tourné aux Etats-Unis jusqu’en 2019. On a monté en 2019-2020 et le film a été terminé vers l’été 2020.

JL : La période de production/fabrication du film a été l’ère Trump. C’est vrai que cela marque un peu l’univers du film puisque c’est un film avec une dimension environnementale, les années Trump ont été des années assez sombres.

AM : Trump est sorti de l’accord de Paris et a fermé beaucoup de réserves ornithologiques. 

JL : Et à l’époque les Etats-Unis étaient le premier pollueur mondial, maintenant c’est peut-être devenu la Chine, mais donc ça avait un impact mondial, ça touchait tout le monde.

Comment avez-vous envisagé et préparé le tournage de Birds of America

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Hit the road

Au cinéma le 27 avril 2022

© Pyramide

Le premier film de Panah Panahi est une sublime traversée motorisée. Nous occupons le cinquième siège de la voiture d’une famille iranienne parcourant son pays. Le père, une jambe dans le plâtre trônant au cœur du véhicule, est installé à l’arrière accompagné de son plus jeune fils. La mère est sur le siège passager et le frère aîné conduit. Si la raison et les enjeux de ce voyage demeurent inconnus pour le spectateur – l’influence d’Abbas Kiarostami est manifeste dans la manière de garder secrète la quête principale du récit mais également dans la composition des plans et le traitement des personnages voire même dans la déambulation automobile – nous le comprenons, il s’agit de leur dernier voyage ensemble alors que le fils s’apprête à décrocher sa ceinture familiale et trouver son propre espace pour stationner. 

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L’Enfant

Au cinéma le 20 avril 2022

© Carolina Ribeiro

Pour son premier long-métrage, le duo De Hillerin/Dutilloy-Liégeois revisite la nouvelle de l’auteur allemand Heinrich Von Kleist, l’Enfant trouvé. Dans cette libre adaptation, l’Italie cède la place à l’Empire portugais du XVIème siècle en quête de la Terre Nouvelle. Pierre (Grégory Gadebois), un riche marchand reconverti dans le commerce de bois africains et de crucifix a recueilli Bela (João Luís Arrais), son enfant de substitution alors que son propre fils, Jérôme, est décédé lors de l’un de leurs voyages.

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