Dry Leaf

Actuellement au cinéma

© Norte Distribution

Combien de temps faut-il pour apprendre à regarder autrement au cinéma ? À en croire la méthode Koberidze, trois heures suffisent pour défaire les automatismes de la perception, et rendre au regard une disponibilité que les habitudes spectatorielles avaient jusqu’ici émoussée, au point de quitter la salle les yeux aussi renouvelés que discrètement embués par la beauté plastique du film. 

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La chaleur

Actuellement au cinéma

© Petit Film ; Memento Distribution

Durant l’été 1962, Hitchcock et Truffaut, qu’une table sépare, discutent de cinéma. Le vieux maître anglais définit sa notion du suspense, qu’il oppose à la surprise. Le suspense, dit-il, c’est lorsque sous cette même table où se tient la conversation se cache une bombe et, chose importante, le public le sait. Devenue l’adage d’une certaine éthique du cinéma, celle du spectateur dirigé mais actif, c’est cette idée qui est au cœur de La chaleur. Marouane, jeune adolescent de 17 ans, subit ses vacances au camping. Trop jeune pour avoir confiance en lui, trop vieux pour rester avec ses parents, il erre lors des dernières heures qui le séparent de son départ – le tant attendu retour à la maison. Mais le dernier soir, Oscar, un jeune très sûr de lui, le prend à partie dans un coin du camping. Une bagarre éclate. Marouane, pourtant plus frêle, fait chavirer le corps d’Oscar qui s’écrase sur le sol. Le jeune adolescent qui se retrouve lié à cette mort malgré lui (c’est Oscar qui est à l’origine de la bagarre), cache le corps sous le sable à l’abri des regards. Mais le corps (la bombe hitchcockienne) risque d’exploser alors qu’une tempête s’annonce, menaçant de balayer le sable. Loin d’Hitchcock cette fois-ci, Marouane n’est pas de ceux qui font du meurtre un art, il n’est qu’un adolescent en construction qui, alors qu’il cherche la sienne, fait perdre la vie à un autre.

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Cannes 2026 : tout est fiction

Festival de Cannes 2026

© MUBI

Le Festival de Cannes semble s’être constitué sous le signe d’une conscience aiguë de la fiction elle-même, comme si les films présentés ne pouvaient plus simplement raconter des histoires sans exhiber simultanément les mécanismes de leur fabrication. D’un film à l’autre a affleuré l’idée d’un étrange épuisement du réel. Le monde ne paraît plus immédiatement accessible mais toujours déjà médiatisé par des récits préexistants, des projections mentales et des images héritées. Dès lors, raconter une histoire ne suffit plus. Il faut dévoiler les coutures des histoires et montrer comment elles circulent, comment elles déforment ceux qui les produisent et ceux qui les habitent. 

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Paper Tiger

Festival de Cannes 2026

© SND

À l’image du personnage de Scarlett Johansson, soudain aveuglé par un éclat de soleil jusqu’à provoquer l’accident, James Gray semble ici ébloui par la lumière même de son propre cinéma. Non plus cette clarté qui révélait les failles morales de ses personnages, mais une lueur rétrospective tournée vers ses propres images, ses propres mythes, ses propres ruines. De cet aveuglement ne naît pas un accident, seulement quelque chose de plus insidieux, un film qui avance comme s’il connaissait déjà chacun de ses mouvements, engoncé dans une trajectoire trop balisée pour encore dévier vers l’inconnu. Tout est encore là : la fraternité sacrificielle, les spectres du Nouvel Hollywood, la violence comme maladie héréditaire du rêve américain, mais tout semble désormais rejoué depuis un lieu muséal. 

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La Frappe

Festival de Cannes 2026

© Ad Vitam

La Frappe. C’est le titre du premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, et la sensation qu’on a en le voyant. Un coup sec, maîtrisé, efficace. 

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Hamnet

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Hamnet appartient à une catégorie de films qui, prenant pour objet une célébrité, choisissent de privilégier l’homme derrière la figure publique et/ou, la femme derrière l’homme. Dans cette optique, Chloé Zhao adapte Maggie O’Farrell qui fantasme la vie privée de William Shakespeare et de sa femme. Pas de Shakespeare à l’horizon donc, seulement William. Alors pourquoi déconstruire le mythe et s’évertuer à rendre l’homme, et la femme, intéressants ?

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Résurrection

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Dans un monde impie où l’on proscrit le rêve, pour marchander un salut éternel devenu stérile, demeurent encore quelques dissidents : des rêvoleurs qui s’obstinent à s’enfouir dans les songes en faisant du rêve un ultime geste politique, une résistance autant esthétique que vitale.

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Mektoub My Love : Canto Due

Actuellement au cinéma

Retrouver la bande d’Amin dans Canto Due, c’est d’abord éprouver une étrange sensation de déjà-vu. Le temps, ici, semble s’être suspendu. Sept ans pour nous, quelques jours pour eux : cette disproportion crée un léger vertige. Sous le soleil de Sète, les visages semblent figés dans un été qui refuse de s’achever, comme si les personnages étaient enfermés dans un marivaudage immuable et qui prête au film des allures de série B.

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A House of Dynamite

Disponible sur Netflix

© Netflix

A House of Dynamite, nouveau film de Kathryn Bigelow sorti directement sur Netflix, reprend là où Zero Dark Thirty (2012) s’était arrêté ; aux portes d’un monde presque intégralement basculé de « l’autre côté », patiemment fondu et absorbé dans son envers numérique, univers d’informations et d’images. La fin en suspens du magnum opus de Kathryn Bigelow centré sur la traque de Ben Laden – « Où voulez-vous aller ? » adressait-on à Maya (Jessica Chastain), enquêtrice défaite d’avoir enfin trouvé et exécuté sa cible – ouvrait sur un vertige dans lequel s’engouffre ce film-ci. La cinéaste délaisse pour l’occasion la fiction inspirée de faits réels (son sillon de Démineurs à Detroit), imaginant ex nihilo une frappe nucléaire imminente sur le territoire américain et la réponse simultanée des différentes agences gouvernementales, de la situation room au président lui-même. Son objectif pourtant reste le même : se placer, à coups de missiles atomiques s’il le faut, à un point d’incandescence du monde d’aujourd’hui.

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La « Teenage Apocalypse Trilogy » de Gregg Araki, ou quand l’amour et la communauté ne suffisent pas

Actuellement au cinéma – ressortie

© Capricci

On espère depuis longtemps que Gregg Araki délaisse un peu la réalisation d’épisodes de séries (Dahmer, Riverdale, 13 Reasons Why…) pour se remettre au cinéma. C’est qu’il y a plus de dix ans depuis son dernier long métrage, White Bird in a Blizzard (2014) – qui avait par ailleurs reçu un accueil mitigé. Dans l’attente de I Want Your Sex (avec Olivia Wilde et Charli xcx), toujours sans date de sortie, on peut se replonger dans les débuts du réalisateur pionnier de la Queer New Wave : le 17 septembre, la « Teenage Apocalypse Trilogy », compose de Totally F***ed Up (1993), The Doom Generation (1995) et Nowhere (1997), s’offre une ressortie en salle.

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