Rencontre avec Bruno Dumont

© Les Films du Losange

Vous avez souvent filmé des enfants dans des rôles importants, et pas seulement comme faire-valoir des adultes. Ils sont ici les protagonistes des Roches Rouges, qu’est-ce qui vous intéresse dans la figure de l’enfant ?

Ils ont quelques de très original, au sens premier du terme : ils sont la mémoire du commencement de tout. Ça m’intéresse de les filmer pour retrouver quelque chose qui est vrai. C’est un peu comme un paysage, je ne leur demande pas de composer une idée que j’aurais – d’ailleurs, je n’ai pas d’idée – ce que je veux c’est capter un aspect tout à fait essentiel pour le cinéma. Une forme de vitalité qu’on appelle enfance. Cette vitalité, je ne peux pas l’inventer, et j’en avais besoin pour ce film là. Les enfants de 4-5 ans n’ont pas de filtre, ils ne se posent pas de question, ils sont très vivants. Je ne voulais surtout pas les transformer mais les filmer comme ils étaient.

Vous exploitez souvent le registre de l’absurde, avez-vous l’impression que c’est une tonalité qu’on retrouve presque naturellement chez les enfants ?

Continuer à lire … « Rencontre avec Bruno Dumont »

Tender Loving Care

San Sebastián International Film Festival 2026

© Joseph Lynn / Thin man films Ltd

En juillet dernier, le cinéaste britannique Mike Leigh déclarait au média Indiewire qu’en raison de sa myosite – une maladie auto-immune provoquant la destruction progressive des muscles –, Tender Loving Care serait très certainement son ultime film. Si, par malheur, tel devait être le cas, difficile d’imaginer plus belle lettre d’adieu.

Continuer à lire … « Tender Loving Care »

Rencontre avec Bruno Santamaría Razo

© Kiryl Synkou

Lorsque le film débute, on a l’impression d’être face à une fiction. Ce n’est que plus tard qu’on découvre une deuxième partie documentaire. Pourquoi avoir voulu mêler ces deux genres ?

Le projet a débuté pendant la pandémie en 2020. J’étais enfermé chez moi, et j’avais soudainement très peur de mourir. Ça m’a renvoyé à ce diagnostique de séropositivité de mon père, quand j’étais enfant. Au départ, j’ai construit le film comme un documentaire : j’ai interviewé et filmé mes parents, ma famille. Mais cette démarche n’a apporté que plus de confusion : je n’avais pas réellement les réponses à mes questions, et je n’arrivais pas à faire exister mes souvenirs au sein des leurs. Il a donc fallu dépasser la réalité ; la fiction est apparu comme un moyen de combler les trous. Avec cet espace frictionnel, je pouvais mettre en scène mes souvenirs, les lier aux réponses de mes parents et ainsi tisser des ponts entre les deux.

Les scènes de fiction ne servent pas seulement d’illustration aux passages documentaire, on sent une réelle liberté dans leur mise en scène...

Continuer à lire … « Rencontre avec Bruno Santamaría Razo »

Rencontre avec Koji Fukada

Festival de Cannes 2026

© Culture aux Trousses

Cette année, c’est la première fois depuis 25 ans que trois cinéastes japonais sont en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Que représente pour vous cette présence exceptionnelle du cinéma japonais ? De quoi cette triple sélection nippone en compétition témoigne-t-elle ?  

C’est évidemment une grande joie d’être sélectionnée à Cannes. Mais dans les grands festivals internationaux, une sélection relève aussi d’une forme de conjonction entre le hasard et le bon moment. Que ce soit Hirokazu Kore-eda, Ryūsuke Hamaguchi ou moi-même, nous avons déjà eu l’occasion de faire nos preuves auparavant. Cette présence importante du cinéma japonais en compétition témoigne sans doute de cette rencontre entre des trajectoires individuelles.

Le cinéma japonais est porté par une histoire extrêmement riche, par une tradition et un âge d’or dont nous sommes, d’une certaine manière, les héritiers. Si nous partageons peut-être une sensibilité commune, nos films demeurent profondément différents : chacun possède son langage, son rythme et son économie singuliers. 

Continuer à lire … « Rencontre avec Koji Fukada »

La Frappe

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

La Frappe. C’est le titre du premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, et la sensation qu’on a en le voyant. Un coup sec, maîtrisé, efficace. 

Continuer à lire … « La Frappe »

Quelques jours à Nagi

Festival de Cannes 2026

© 2026 Nagi Notes Film Partners / Survivance / Momo Film Co.


Dans son précédent long-métrage Love on Trial, Koji Fukada mettait en scène des idoles japonaises contraintes, par contrat, de réprimer leurs émotions sous peine de perdre leur statut. Il semble que cette charte, Koji Fukada se la soit lui-même imposer dans sa nouvelle réalisation tant le moindre frémissement sentimental y est aussitôt étouffé, contenu dans une mise en scène qui refuse obstinément toute effusion et préfère distiller les effets mélodramatiques çà et là, par petites touches sensibles.

Continuer à lire … « Quelques jours à Nagi »

Le mystérieux regard du flamant rose

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution

Une légende agite les habitants d’un petit village minier du nord du Chili. C’est au début des années 1980, alors que Pinochet dirige le pays d’une main de plomb à des milliers de kilomètres au sud de notre village. Là-bas, cohabitent mineurs bourrus et une troupe de cabaret queer. La plus jeune, Lidia, 11 ans, vit avec sa mère Flamenco, l’une des nombreuses artistes de la troupe. Lidia fait les frais de la légende. On raconte qu’un seul regard de l’une des membres du cabaret peut transmettre une maladie mortelle. Au milieu du désert chilien, la troupe devient alors la cible des peurs et des fantasmes.

Continuer à lire … « Le mystérieux regard du flamant rose »

Marty Supreme

Au cinéma le 18 février

© Metropolitan FilmExport

La periode 2025-2026 aura vu la lancée solo de deux des cinéastes les plus prometteurs du cinéma indépendant new-yorkais. Communément appelés « les Safdie », les deux frères se présentent maintenant au singulier : Smashing Machine d’un Safdie (Benny) ; Marty Supreme d’un autre (Joshua). Bien qu’ils fassent films à part, les frangins se retrouvent pourtant thématiquement : les deux intrigues se passent dans le milieu du sport. Ceux qui auraient vu les plus récents succès de la fratrie le savent (Good Time, Uncut Gems) ; un film des frères Safdie n’a rien de reposant. Poussés de situation en situation avec une gradation d’intensité, les personnages connaissent une trajectoire pour le moins physique, et les spectateurs une expérience haletante. Ce choix d’ancrer leurs intrigues dans le monde de la boxe et du ping-pong n’est pas dépaysante : les protagonistes safdiens se devaient déjà d’être sportifs, malgré eux. 

Continuer à lire … « Marty Supreme »

Los años nuevos

Disponible sur Arte

© Canal +

La raison principalement citée pour expliquer la réussite de Los años nuevos est son réalisme. Mais comment cela se manifeste-t-il dans la série de Rodrigo Sorogoyen ?

En littérature, le réalisme se définit par l’observation des choses, de toutes choses. Les écrivains ne cherchent pas à expliquer, analyser ou justifier mais simplement à décrire. Or à quoi reconnait-on un passage descriptif particulièrement minutieux ? À sa longueur.  Dans Los años nuevos, l’équivalent se traduit par une recherche marquée sur le temps. Cette donnée s’applique à trois différents niveaux de la série : structure et écriture, mise en scène et discours.

Continuer à lire … « Los años nuevos »

Rencontre avec Arnaud Desplechin

© CNC

Quel a été le premier fil de cette pelote narrative complexe qu’est Deux Pianos ?

Il n’y avait pas une seule idée directrice, mais bien deux. La première tenait au désir d’écrire à quatre mains avec un vieil ami, Kamen Velkovski, un américain qui ne parle pas français. Depuis des années, nous évoquions cette collaboration sans jamais la concrétiser. Un été, il m’a demandé sur quoi je travaillais. Je lui ai alors parlé d’une scène que j’avais en tête : dans un cimetière, une jeune veuve, encore trop bouleversée pour laisser son chagrin s’exprimer pleinement, tente de raconter une histoire drôle pour alléger l’atmosphère. Mais son récit tombe à plat, et elle essuie un échec cuisant. À ce moment-là, j’ignorais encore quelle était cette histoire qu’elle essayait de raconter.

Kamen, de son côté, m’a confié qu’il avait imaginé tout autre chose : un homme revenant de l’étranger pour donner une série de concerts, en quête de son ancien mentor. Flânant dans un square, il aperçoit un enfant qui s’avère être lui-même. Intrigué, je lui ai demandé qui était cet enfant, et il m’a répondu qu’il s’agissait du fils de la femme du cimetière. C’est à partir de cette coïncidence que nous avons commencé à dérouler le fil de notre récit, comme on dévide patiemment une pelote de laine.

Au fil de votre filmographie, les collaborations d’écriture ont beaucoup évolué : Emmanuel Bourdieu à vos débuts, Julie Peyr, Léa Mysius, et aujourd’hui Kamen Velkovsky avec Anne Berest et Ondine Lauriot dit Prévost. Qu’est-ce que vous attendez aujourd’hui d’un scénariste ? De quoi avez-vous besoin, à ce stade de votre parcours, dans la confrontation à un autre regard, une autre langue ?

Continuer à lire … « Rencontre avec Arnaud Desplechin »