Soudain

Actuellement au cinéma

© Cinefrance Studios / Diaphana Distribution

Avant toute chose, il y a l’adverbe soudain. Aussitôt prononcé qu’il nous échappe. Bref et imprévisible, c’est dans sa disparition qu’il se révèle. En somme, soudain c’est le Temps qui frappe. Ryusuke Hamaguchi, avec la patience d’un peintre, le traque jusque dans ses moindres retranchements. Sa caméra observe les fluctuations de lumière, les corps épuisés de Marie-Lou (Virginie Efira) et Mari (Tao Okamato) en constante lutte avec le présent qui les use. Leur rencontre a quelque chose de Rivette, de la légèreté du hasard. Elle se déroule sur les hauteurs d’une butte (celle du Chapeau-Rouge) d’où l’on voit l’étalement de la capitale et ses rues qu’elles arpenteront minutieusement, avec une précision de géographe. Tomoki, jeune homme atteint de trouble psychique, sert de relai aux deux femmes. Un soir, en rentrant du travail, Marie-Lou (directrice d’un EHPAD) s’abrite avec lui d’une pluie estivale sous les branches d’un arbre. Affolés, Mari (metteuse en scène) et Goro (comédien et grand-père de Tomoki) les retrouvent alors que la pluie se calme. Hamaguchi, en disposant ainsi arbitrairement Mari et Marie-Lou dans le même cadre, fait éclore un échange qui se poursuivra tout le long du film. Une discussion qui, comme tout grand dialogue, se meut en pensée ; permet de mieux voir et saisir le monde.

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Othello

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Théâtre du Temple

Anthony John brille sur les scènes de Broadway. Dernièrement, il n’accepte plus que les rôles comiques, conscient de la façon dont jouer la tragédie pourrait affecter sa vie privée. Mais lorsque son agent lui propose d’interpréter Othello, Anthony ne peut refuser…

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Hamlet

Théâtre de l’Odéon

© Jan Versweyveld

Comme à son habitude, Ivo Van Hove a privé le plateau de tout ce qui le rendait plein. Il redessine une scène sur la scène et en laisse voir les contours, béants. Chez Van Hove, la théatralité a quelque chose de verticale : exit les décors modulaires qui se déplacent d’un côté à l’autre de la scène, mais place aux éléments qui lui coulent dessus (l’eau dans Vu du pont, 2015) ou qui sortent de son sol (la boue dans Electre / Oreste, 2019). Dans Hamlet, même les rideaux qui bordent le plateau ne se séparent pas horizontalement, ils tombent ou sont arrachés du plafond. 

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Honda Romance

Théâtre de l’Odéon

© Odéon – Théâtre de l’Europe

Le rideau s’ouvre, Vimala Pons est écrasée sous le poids d’un satellite Honda qui se dit amoureux d’elle. Cette première scène annonce la couleur : l’image de ce satellite en polyester qui occupe la scène provoque le sourire amusé de quelques spectateurs. Deuxième tableau : seule au milieu de la scène, la comédienne lutte contre des canons à air. La première fois qu’ils retentissent, c’est un sursaut qui s’échappe des lèvres des spectateurs. Honda Romance est une pièce qui cherche à susciter une réaction chez le spectateur ; pour ce qui est de la réflexion, on repassera. 

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La rumeur

San Sebastián International Film Festival 2025

© 1961 Metro-Goldwyn-Mayer Studios Inc. 

Lorsque Lillian Hellman, à qui le festival de San Sebastián dédie une rétrospective, écrit La rumeur, représenter ou faire allusion à l’homosexualité sur scène est illégal dans l’État de New York. Le réception critique et publique de sa pièce lui permet de braver cette interdiction et de monter l’œuvre à Broadway. En 1936, William Wyler en tourne une version. Mais sous le Code Hays, l’objet de la rumeur (l’homosexualité des deux professeures) est transformée en tromperie hétérosexuelle. C’est seulement en 1961 que Wyler pourra réaliser une nouvelle adaptation et un remake de son propre film, reprenant cette fois les thèmes originels de l’œuvre d’Hellman. 

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Le cri des gardes

Actuellement au cinéma

© Les films du Losange

Dans Le cri des gardes, Claire Denis adapte le Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès. Les quelques idées formelles que la cinéaste propose relèvent d’avantage de la scénographie que de la mise en scène. Si le théâtre de Koltès est éprouvant, Le cri des gardes l’est aussi, mais dans un autre registre. 

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Rencontre avec Kirill Serebrennikov  

© Arnaud Combe

Après La fièvre de Petrov et La Femme de Tchaïkovski, le cinéaste russe fait son retour avec la sulfureuse figure d’Édouard Limonov qui sied parfaitement à son cinéma. Fidèle à son style, Serebrennikov transcende les conventions du biopic pour offrir un portrait éclaté, en perpétuelle métamorphose du poète russe. Nous avons rencontré Kirill Serebrennikov pour revenir plus en détail sur son dernier film.

Pourquoi avoir choisi de porter à l’écran la vie d’Edouard Limonov ? Qu’est-ce qui fait de lui un personnage éminemment romanesque ?

C’est une proposition que j’ai reçue de mes producteurs italiens au début des années 2020, celle d’adapter le roman Limonov d’Emmanuel Carrère. Ce projet a maturé longtemps avant de pouvoir véritablement prendre forme. Nous avons démarré le tournage à Moscou avant que la guerre n’éclate et vienne suspendre le tournage pendant près de six mois. Finalement, le projet a dû être relancé en Europe, après l’exil de chacun. Le parcours du film, marqué par ces retards et ses longs déplacements, se révèle aussi complexe et tumultueux que celui de Limonov lui-même. 

Il s’agit donc d’une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère mais vous avez toutefois fait le choix d’éclipser la représentation du tournant crypto-fasciste qu’il amorce à la sortie de ses deux ans de prison au mitan des années 2000. Qu’est-ce qui a motivé cette décision d’éluder cet aspect controversé de son existence ? 

Je tiens à souligner que mon film ne se veut pas un biopic, mais une adaptation du roman d’Emmanuel Carrère, publié en 2011, à une époque où Limonov n’avait pas encore amorcé son rapprochement avec Vladimir Poutine, notamment sur les questions de politique étrangère et de nationalisme, dans le contexte de l’Ukraine et de la Crimée. Bien que la dernière partie du film aborde le virage nationaliste de Limonov, il est essentiel de préciser que le Parti national-bolchévique qu’il a fondé a été interdit, et que la mention même de ce parti est prohibée en Russie. À cet égard, il convient de noter que la scène finale dans le bunker, a été tournée à Moscou, dans un contexte où l’on ne nous permettait pas de montrer l’emblème authentique du PNB, sous peine de représailles. Nous étions pleinement conscients que si nous avions enfreint cette interdiction, nous aurions risqué l’arrestation sur le lieu même du tournage. La partie liée à l’émigration et aux années d’exil m’intéressait davantage. Par conséquent, le film se concentre sur l’épopée new-yorkaise et la rupture avec Elena Shchapova, sa deuxième femme. 

Le personnage est remarquablement incarné par Ben Wishaw. Qu’est-ce qui a motivé le choix d’engager cet acteur pour incarner ce sulfureux personnage ?  

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Macbeth

Comédie-Française

© Christophe Raynaud de Lage

Silvia Costa place son Macbeth sous le signe du surnaturel, de l’horreur. Imagerie des giallos italiens et costumes à la Guillermo del Toro, l’apparence de sa mise en scène ne manque pas de panache. Néanmoins, à empiler les effets visuels et sonores les uns sur les autres, la metteur en scène finit par écraser complètement toute la portée de l’œuvre originelle.

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Rencontre avec : Fabian Stumm

Festival Chéries-Chéris 2023

© Michael Bennett

Scénariste, réalisateur et interprète du film Des os et des noms, Fabian Stumm était cette semaine à Paris pour présenter son premier long-métrage, dans le cadre du festival Chéries-Chéris.

Le film parle de l’art comme d’un exercice assez thérapeutique : il faut écrire, jouer et mettre en scène pour reprendre contrôle sur ses émotions et les extérioriser. Est-ce que faire ce film avait ce but là pour toi aussi ?

Exactement, oui. Je travaillais avant sur un sujet différent mais plus couteux et en temps de COVID difficilement réalisable. Je me suis donc dit qu’il serait sans doute plus simple de monter un film plus intimiste. Il se trouve que je sortais d’une rupture assez douloureuse et, même si ça n’était pas forcément conscient, avec le recul je réalise que j’ai fait ce film pour m’en remettre. J’ai eu cette envie, ce besoin de définir et de réfléchir à ces choses qui me font peur ou qui me font du bien. Ces choses de ma vie qui sont saines et celles qui sont plus fragiles. Je voulais aussi raconter l’histoire de deux hommes qui s’aiment et qui se parlent, qui discutent, qui communiquent beaucoup. En tant qu’homme queer, comédien, vivant à Berlin c’est une représentation du couple que je voyais assez peu, en Allemagne en tout cas.

Est-ce aussi pour ça que tu as voulu jouer le rôle principal, pour que le projet soit totalement cathartique ?

Au début, ça me faisait un peu peur de jouer ce rôle et j’ai remarqué que, dans ma profession, lorsque quelque chose me fait peur ou m’intimide c’est qu’il y a une nécessité de le faire. De comprendre pourquoi ça me fait peur. Ça m’intéresse beaucoup de voir à l’écran quelqu’un surmonter quelque chose. Généralement, c’est très difficile pour moi de me regarder jouer mais cette fois-ci, pour la première fois, c’était plus facile. Je crois que c’est parce que c’était très naturel, rien n’était forcé. Il n’y avait pas cette distance qui peut se créer lorsque, en tant que comédien, je veux plaire à un autre metteur en scène. Là je devais jouer quelque chose que j’avais déjà beaucoup travaillé avec Knut Berger. Et j’étais en adéquation avec mes envies, aussi bien en tant que cinéaste qu’acteur. 

Est-ce que le processus de casting est plus laborieux lorsque tu es à la fois réalisateur et acteur, car tu dois trouver non seulement des partenaires de jeu mais aussi des comédiens que tu prends plaisir à filmer ?

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Edelweiss (France Fascisme)

Théâtre de l’Odéon

© Jean-Louis Fernandez

Les pièces de Sylvain Creuzevault sont comme le monstre de Frankenstein. Elles forment un assemblage textuel et visuel qui, en dépit de ses aspérités, parvient parfois à devenir un tout organique, cohérent et, plus encore, vivant. S’il y avait pléthore de ces moments de vie miraculeux dans sa production des Frères Karamazov, ils se font dans Edelweiss (France Facisme), plus rares.

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