Rencontre avec : Jean-Pierre Kalfon

Acteur, chanteur

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  Un bistrot parisien, situé au cœur d’une rue populaire du 18e arrondissement. Jean-Pierre Kalfon arrive tout sourire, même s’il fait un peu froid ce matin. Veste en cuir et pantalon noir, fidèle à son image, l’acteur-rocker salue tout le monde en habitué des lieux. Il s’installe au fond du bar et entame la conversation. Il s’étonnerait presque d’en être arrivé jusque là. « Comment se fait-il que moi, qui ai fugué en Belgique et qui me suis retrouvé en taule à 15 ans, parti comme j’étais parti, j’ai réussi à faire toutes ces rencontres ? J’ai forcément une bonne étoile. Et aussi une nature de fonceur, mais je fonçais où ? Dans le mur ! Je ne savais pas où j’allais. » Sa vie méritait bien d’être racontée sur plus de 300 pages, dans une autobiographie parue récemment aux Editions de l’Archipel, Tout va bien M’man. Les mémoires de Jean-Pierre Kalfon, c’est le récit de quatre vingts années folles, qui nous donne l’impression que l’acteur a vécu plusieurs vies. « J’ai besoin de faire beaucoup de choses, c’est dans ma nature. Des films, des pièces de théâtre, de la télévision, de la musique, des femmes, des voyages… Même s’il y a toujours des coins qu’on ne visite pas, j’ai essayé de remplir le cahier des charges. Chaque jour étant une page blanche à laquelle il faut donner un contenu. »

  Si le titre de son livre Tout va bien M’man exprime un besoin de se rassurer, « pour clarifier les choses » en lui-même et revenir sur les dégâts causés par son départ précipité du foyer familial, il entend avant tout se placer sous le signe de la légèreté. Jean-Pierre Kalfon y raconte la frénésie de sa vie avec humour, dans une écriture qui semble moins motivée par un souci d’exhaustivité que par un désir de distiller des bons mots, et de multiplier les adresses au lecteur complice de ses aventures. Car des aventures, il y en a, racontées avec une délectation partagée. Elles portent autant sur ce qui se passe sur les plateaux que sur ce qui se déroule à côté : lorsqu’il se remémore le tournage de Week-end (1969) de Jean-Luc Godard, c’est pour mieux dériver sur sa rencontre avec les Rolling Stones dans leur studio qui a pris feu. Le tournage rocambolesque de La Vallée (1972) de Barbet Schroeder, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, est un autre épisode qu’il relate avec jubilation.

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Le sourire au pied de l’échelle

Actuellement au théâtre

LE SOURIRE AU PIED DE L ECHELLE -
Denis Lavant est Auguste, sur la scène du Théâtre de l’Œuvre ©Vincent Pontet

« C’est l’histoire la plus étrange que j’ai écrite à ce jour », notait Henry Miller à propos du Sourire au pied de l’échelle, au moment de sa publication en 1948. À l’origine, ce texte est une commande du peintre Fernand Léger, destinée à illustrer ses dessins de clown. À la croisée du roman, de la poésie et de l’essai philosophique, l’œuvre du romancier américain donne actuellement lieu, pour la première fois au théâtre en France, à un seul en scène prodigieux dans lequel Denis Lavant incarne le clown Auguste.

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Rencontre avec : Marion Game

Actrice

 

A C'est pourtant simple! La troupe
Marion Game entourée de ses partenaires sur la scène du Théâtre Edgar

Si Marion Game a su se rendre indispensable à la télévision avec son rôle d’Huguette dans la série Scènes de ménages sur M6, elle ne saurait se passer du théâtre. Nous l’avons rencontrée après une représentation de la pièce de Sophie Brachet C’est pourtant simple, qu’elle joue tous les soirs au théâtre Edgar, pour parler de comédie.

Qu’est-ce qui vous a incité à jouer dans cette pièce ?

Je connais très bien Luq Hamett, le directeur de ce théâtre et le metteur en scène la pièce. On a travaillé très longtemps ensemble, dans le doublage. Il jouait mon fils Brendon dans la série Beverly Hills. Luq fait partie de ma famille ! Quand il m’a proposé la pièce, je ne pouvais pas dire non. Mon personnage est intéressant, cette femme qui ne se rend pas compte que la vie est derrière elle. Elle continue à rêvasser d’un avenir… Elle n’est plus dans le coup mais elle veut faire son come-back. C’est touchant quelque part, dérisoire d’autre part. La vieille actrice qui ne se rend pas compte qu’il faut qu’elle dépose son bilan.

Est-ce compliqué, pour une actrice de votre génération, de trouver des personnages bien écrits ?

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Rencontre avec : Henri Garcin

Acteur

Henri Garcin, Fanny Ardant
Henri Garcin et Fanny Ardant dans La Femme d’à côté de François Truffaut (1981) ©Arte

  « À mon âge, on rit de beaucoup de choses », s’exclame Henri Garcin d’un air enjoué. Il est là, chez lui, dans son appartement du 6e arrondissement de Paris. Un prélude de Chopin s’échappe de son ordinateur. La pièce principale donne envie de s’y éterniser, pour observer tous les détails : un intérieur rempli de livres, des murs tapissés d’affiches et de photos d’acteurs et d’actrices, amis, aimés ou admirés. Ici, chaque objet semble avoir quelque chose à dire. Tous parlent d’Henri Garcin, ce garçon né de parents hollandais, le dernier d’une fratrie de cinq enfants qui a décidé à 20 ans de quitter le foyer familial pour vivre de cinéma et de théâtre à Paris. En février dernier, deux mois avant son quatre-vingt dixième anniversaire, l’acteur s’est raconté dans une autobiographie, intitulée avec malice Longtemps, je me suis couché tard : l’occasion de le rencontrer et de replonger avec lui dans ses souvenirs, ceux d’un certain âge d’or du cinéma et du théâtre français. Il revient sur sa carrière, oscillant entre la nostalgie d’une époque révolue et le bilan heureux de quatre-vingts dix ans de vie, en posant un regard volontiers lucide et souvent amusé.

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Consent

Jusqu’au 11 août 2018 au Harold Pinter

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Clare Foster (Zara), Stephen Campbell Moore (Edward) et Lee Ingleby (Tim) © Johan Persson

La pièce écrite par Nina Raine en 2017 avait connu un grand succès lors de sa première production au National Theatre la même année. Elle est ce mois-ci reprise au théâtre Harold Pinter pour dix semaines seulement. L’auteur britannique met en scène deux couples mariés Jake et Rachel d’un coté, Edward et Kitty de l’autre. Au quatuor d’amis s’ajoutent Zara et Tim. La plupart travaille ensemble dans le monde de la justice et vont être confrontés à Gayle, une jeune femme victime de viol. Cette affaire va être le point de départ de plusieurs débats mouvementés au sein du groupe. Leurs vies personnelles commencent alors à tomber en morceaux sous les répercussions de leurs problèmes professionnels. Les personnages voient leur certitudes se détruire et sont mis au défi d’avoir assez de courage pour se remettre en question. 

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Rencontre avec : François de Brauer

Comédien et auteur

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© Victor Tonelli

Dans La loi des prodiges, François de Brauer incarne seul et minutieusement une panoplie de personnages pour nous raconter l’histoire de Rémi Goutard, un député qui cultive une haine sans pareil des artistes. Un spectacle merveilleux porté par un comédien épatant, qui affichait complet à Paris au théâtre de La tempête le mois dernier et entame actuellement une tournée en France.

Est-ce qu’il y a beaucoup d’éléments autobiographiques dans le spectacle ? 

Fatalement quand tu écris, il y a toujours une part autobiographique pour que cela soit ancré dans quelque chose d’intime, même si tu pars dans des univers délirants. En plus, le seul en scène c’est très particulier, c’est exposer sa sensibilité radicalement. Si tu ne fais pas ça en tant qu’auteur et interprète, tu passes un peu à coté de l’exercice du seul en scène je trouve. J’ai improvisé par rapport à ces codes autobiographiques parce que j’ai été un spectateur totalement idolâtre de Philippe Caubère. C’est un acteur et auteur qui travaille sur ce mode la, il joue beaucoup de personnages tout en racontant sa vie. Alors assez rapidement, j’avais envie de me démarquer de ce maître et de raconter une histoire qui ne soit pas la mienne. Vraiment créer des personnages, les caractériser, structurer une histoire sur une longue période de vie. J’avais envie de ce côté épopée et biopic. Ça me paraît être la convention d’aujourd’hui pour faire un seul en scène d’être dans l’autobiographie. C’est un peu une facilité, dans le sens où tu te débarrasses du soucis d’imaginer. Moi je n’avais pas envie de me faciliter le travail et même, au contraire, je voulais me compliquer la tâche en me disant que j’allais imaginer toute une histoire. J’avais aussi des prétentions d’écriture de fiction depuis longtemps que je n’arrivais pas à mener à bien. Mais je crois que c’est parce que je n’avais pas encore trouvé ma manière d’écrire, qui se fait en jouant. 

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Ithaque, Notre Odyssée 1

En tournée

Saison 2018-19 Théatre de l'OdeonITHAQUE Our Odyssey 1 by Christiane Jatahy  inspired by Homer’s work with Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira
© Elizabeth Carecchio

On avait déjà pu voir le travail de Christiane Jatahy à la Comédie Française l’année précédente avec La Règle du Jeu, basée sur le film de Renoir. la metteur en scène brésilienne revient cette année avec Ithaque, Notre Odyssée 1 à L’Odéon. Nouvelle pièce encore une fois dite « immersive », ayant pour origine l’Odyssée d’Ulysse. Cependant pour Ithaque, ce n’est pas vraiment une immersion au sens propre du terme, les spectateurs ne sont pas introduit dans un autre univers ou époque et ne participent pas à l’intrigue. Ici, ils sont uniquement pris comme témoins et les acteurs s’adressent à eux dans leur capacité de spectateurs. Pas de quatrième mur donc pour cette transposition de l’Odyssée à notre époque. 

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