Ce qu’il faut dire

MC93

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Sur scène, quatre comédiens se succèdent pour s’adresser directement au public sur ce que l’histoire officielle, l’histoire modelée par l’idée de nation française, a tu. Le discours proclamé est absent des livres d’histoire, dissimulé par l’idéal utopique d’un peuple uni. L’objectif de la pièce est alors clair : réhabiliter les mémoires et montrer le revers de la victoire. Les colonisés, les tirailleurs, les ségrégués sont les grands oubliés de la France triomphante. Au fil des voix qui se délient, une question est alors posée : Comment trouver la fraternité quand les oppresseurs des uns sont les héros des autres ?


En fond de scène, l’écran géant est d’abord médiation d’un face à face entre comédienne et public. Il montre en gros plan le visage de celle-ci, un visage tour à tour cynique, ironique, amer, par lequel le texte s’incarne et se rythme. Dès lors, une intimité est installée entre scène et salle, intimité dans laquelle le discours politique trouve toute sa force, sans pour autant laisser place à un pathos larmoyant. En effet,  à l’émotion du gros plan sur le visage succède un exposé rationnel et savant de la condition des noirs dans l’histoire française, exposé accompagné par des images d’archives de colonisés et de tirailleurs. Mêlant intime et politique, le discours de la pièce est construit et efficace.

Si le texte est un réquisitoire politique puissant, il ne renonce pas à une grande qualité poétique que la diction travaillée et élaborée des comédien.nes fait entendre. Sur un fond sonore de percussions joué par une artiste en direct, ils slament le texte. Le travail sur le rythme donne matière et force aux témoignages sur scène tandis que le discours s’incorpore dans les artistes eux-mêmes marqués par l’histoire de la domination raciale.

Efficace dans le fond comme dans la forme, Ce qu’il faut dire illustre avec succès le parti pris d’un théâtre militant réussi, trouvant un équilibre juste entre émotionnel et rationnel, sans être ni larmoyant ni didactique. Si la recherche artistique est limitée par la volonté d’établir un discours efficace, comme c’est souvent le cas avec les pièces-moyens, le spectacle n’en reste pas moins de grande qualité.

Ce qu’il faut dire/ De Stanislas Nordey et Léonora Miano/ Avec Gaël Baron, Océane Caïraty, Ysanis Padonou, Mélody Pini, et la percussioniste Lucie Delmas/ 1h40/ Du 13 au 22 janvier à la MC93

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