Le Daim

Sortie le 19 juin

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Jean Dujardin et Adèle Haenel @Diaphana

Au départ, le film s’annonce comme le récit d’un changement de vie presque anodin, l’histoire d’un type qui plaque tout et prend la route… mais le bouleversement de la vie de Georges prend une tournure bizarre dès lors qu’il tente de faire disparaître sa veste dans les toilettes d’une aire d’autoroute. Son changement de vie devient soudain changement de peau, il part à la rencontre d’un vendeur qui lui cède l’objet de son désir et le déclencheur de son obsession : une veste en daim.

En entretenant un rapport fétichiste avec son vêtement, Georges semble tenter de se sauver de son isolement, lui qui écoute « Et si tu n’existais pas » à la radio, et à qui sa femme assène au téléphone une ultime phrase de rupture, « Tu es nulle part ». Il a sans doute trop d’orgueil pour se complaire dans sa solitude, ne cessant d’admirer son « style de malade » devant les miroirs – sa veste à frange lui donne plutôt l’accoutrement d’un cowboy dérisoire. Quentin Dupieux ne filme pas la veste en daim comme un personnage mais plutôt comme un objet que son propriétaire considère comme un ami, à qui il parle, dont il voudrait avoir l’exclusivité. Et c’est ce qui le rend tout à fait singulier. Jean Dujardin, avec son jeu de regards et ses postures faussement imbues d’elles-mêmes, est l’interprète parfait de ce personnage qui fuit sa vie d’avant et devient fou, s’enferme dans son délire, comme un cousin éloigné de Jacques Pora, le looser qui entendait révolutionner le monde de l’entreprise dans I feel good de Gustave Kervern et Benoît Delépine (2018).

Le projet irrationnel du protagoniste est d’autant plus flippant qu’il se situe dans le réel d’une France rurale désertée, et non pas dans un lieu imaginé totalement écarté du monde. Il est insensé mais ancré dans un présent concret. Un petit hôtel de campagne avec des chambres vides et le bar du village sont les intérieurs dans lesquels Georges atterrit, et dispense sa bizarrerie. Son étrangeté parvient à contaminer Adèle Haenel, la serveuse du bar qui se rêve monteuse pour le cinéma. Avec un petit caméscope que lui a offert le vendeur de la veste, Georges tourne des bouts de film et se présente comme un « réalisateur ». Très contente de se voir enfin proposer des images à monter et de rencontrer un « vrai » cinéaste, le personnage d’Adèle Haenel est tout aussi inquiétant. Il donne du crédit aux mensonges de Georges et entre dans son jeu.

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Rocketman

Hors-compétition – Festival de Cannes 2019

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Taron Egerton (Elton John) © Paramount Pictures

C’est sous la forme d’une comédie musicale fantaisiste que le biopic d’Elton John a vu le jour. Le chanteur/compositeur, lui-même producteur du film, choisit de représenter sa vie entremêlant sa réalité et ses rêves. Ainsi, chaque chanson est replacée dans un certain contexte du parcours personnel d’Elton John ou de son parolier Bernie Taupin et se voit ré appropriée par les différents personnages présents autour d’eux à ce moment. Cette inclusion des chansons dans l’intrigue et leur amorce dans le déroulement du film promettaient plus d’originalité qu’un biopic classique.

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Matthias et Maxime

Compétition – Festival de Cannes 2019
Sortie prochainement

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Gabriel D’Almeida Freitas et Xavier Dolan sont Matthias et Maxime ©Shayne Laverdiere

  Le temps d’un week-end, des amis se retrouvent dans un chalet situé au bord d’un lac. Les discussions vont bon train, les nuits sont longues, la bande est heureuse de se réunir. Parmi le petit groupe de trentenaires se trouvent Matthias et Maxime, à qui l’une de leurs amies demande de remplacer les deux acteurs du court-métrage qu’elle réalise. Ils acceptent, avant qu’elle ne leur révèle que leur scène consiste en un baiser. Un baiser que Xavier Dolan a la pudeur de ne pas montrer, et qui ravive un désir enfoui chez ces deux amis d’enfance.

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Nuestras Madres

Caméra d’or – Semaine de la critique – Festival de Cannes 2019
Sortie prochainement

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©Pyramide Distribution

La sortie de Tremblements au début du mois de mai plaçait le Guatemala au cœur de l’actualité cinématographique. Quelques semaines plus tard, la Semaine de la critique du Festival de Cannes mettait à l’honneur un autre film venu de ce pays d’Amérique centrale, où seules des initiatives individuelles peuvent permettre l’émergence d’un cinéma national. César Díaz, documentariste et monteur de Tremblements et Ixcanul, les deux films de son compatriote Jayro Bustamante, situe l’histoire de Nuestras Madres au Guatemala en 2018, alors que la guerre civile menée par des militaires a meurtri la population. Le nombre de disparus est immense, et un jeune anthropologue, Ernesto, s’occupe de l’identification des corps. Bientôt, il se met en tête de retrouver son père, un ancien guérillero dont il a perdu la trace.

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Parasite

Palme d’or – Festival de Cannes 2019
Actuellement au cinéma

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©The Jokers / Les Bookmakers

  Le cinéma du sud-coréen Bong Joon-ho a toujours investi les genres avec une éblouissante maîtrise formelle, au service d’un constant plaisir du récit et d’un discours clairvoyant sur son époque : le film policier avec Memories of Murder (2003), la science-fiction avec Snowpiercer (2013) ou encore la fable écologiste avec Okja (2017). Parasite, quant à lui, se trouve à la croisée du drame, du thriller et de la comédie, mêlant admirablement bien l’exercice de mise en scène à la réflexion sociale. Le film oppose deux familles : d’un côté, les Kim, vivant à l’étroit dans un sous-bassement piteux à peine ouvert sur l’extérieur, obligés de se connecter à la wi-fi des voisins et gagnant un peu d’argent en pliant des cartons à pizza ; de l’autre les Park, riches bourgeois habitant une maison d’architecte – le fils est un enfant-roi, les parents ont la naïveté de ceux qui n’ont jamais manqué de rien. Le point de contact entre ces deux familles que tout oppose intervient par l’intermédiaire du fils des Kim, à qui un camarade propose de le remplacer pour donner des cours d’anglais à la fille des Park. Il fabrique un faux diplôme (ce qui lui vaut les éloges de son père), et obtient son passe-droit pour pénétrer dans la demeure ultra-moderne. Le jeu d’imposture et le duel de classes peut commencer.

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The dead don’t die

Compétition – Festival de Cannes 2019

THE DEAD DON'T DIE
Tilda Swinton (Zelda Winston) © Universal

La fin du monde vue par Jim Jarmusch ça donne quoi ? Des acteurs se plaignant de ne pas avoir lu le script en entier, des zombies amateurs de chardonnay, un fermier raciste et un ermite voleur de poulets.

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Extremely wicked, shockingly evil and vile

Actuellement sur Netflix

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Zac Efron (Ted Bundy) © Netflix

Ted Bundy a commis plus de trente crimes à travers les Etats-Unis entre 1974 et 1978. Son procès en 1979 est le premier à être couvert par la presse à une échelle aussi importante et à être retransmis à la télévision aux Etats-Unis : Déjà les médias se fascinent pour ce joli garçon, bien éduqué et beau parleur, accusé de crimes horrifiques. Des années plus tard, le tueur intrigue toujours autant, preuve en est sa popularité dans le monde cinématographique et télévisé. Alors que son apparition dans la deuxième saison de Mindhunter de David Fincher est très attendue, le réalisateur Joe Berlinger s’est déjà emparé du sujet pour son documentaire Conversation with a killer : the Ted Bundy tapes, composé de quatre épisodes pour Netflix. Alors que cette série mettait en scène de réels enregistrements audios, interviews et images d’archives du meurtrier et de son parcours, le nouveau film du même réalisateur choisit une approche plus romanesque du sujet.

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