Fatherland

Festival de Cannes 2026

© Agata Grzybowska

Est-ce que Pawel Pawlikowski sait cadrer ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Non.

Dans Fatherland, le cinéaste utilise la figure comme Thomas Mann comme prétexte pour montrer une Allemagne qui peine à se reconstruire, prise entre le bloc de l’Est et de l’Ouest, tous deux in fine aussi oppressants. 

Pawlikowski filme Mann à la croisée des chemins, livrant des discours comme si le destin de son pays en dépendait. Le cinéaste choisit de nous montrer son personnage presque exclusivement en public ; toujours dans l’adresse plus ou moins collective. Nous devenons alors comme ses auditeurs : nous entendons ses mots ; et comme ses spectateurs : nous le voyons derrière son pupitre. Fatherland ne nous donne accès à rien de plus. Nous ne sommes jamais à ses cotés, en avance ou en retard sur lui. Nous sommes toujours à la même distance, passifs, face à lui : le geste de Pawlikowski manque cruellement de générosité.

Le montage extrêmement scolaire multiplie les contrechamps sur les visages des auditeurs dans la salle mais ne prend jamais en charge les discours. Il se contente de sa charge textuelle, sans parvenir à la transposer en matière filmique.

Le film ne fait aucune proposition, aussi bien de fond que de forme. Il se complait dans un noir et blanc luxueux sans jamais rien risquer. La mise en scène finit par devenir systémique et, inévitablement, elle ennuie. Le rythme est terriblement monocorde : rien ne change, rien ne bouge, rien ne vit. Pawel Pawlikowski devient comme le protagoniste qu’il critique : concentré uniquement sur son œuvre et non sur ceux à qui elle s’adresse. L’absence de regard précis et pertinent sur ses personnages les fige dans un décor où seule leur parole semble exister. Fatherland est un film profondément désincarné. Et si, là est belle et bien l’idée – nous imposer un monde en ruines, où les émotions ne peuvent exister pour en fin de compte tenter de nous rattraper avec leur surgissement dans la dernière minute – l’astuce est trop paresseuse. 

On aurait aimé un traitement plus dense, plus approfondi. Et, surtout, une porte d’entrée dans le film, un point d’attache avec ses personnages. Mais sa plastique rigide nous coupe tout accès à l’image et l’unilatérialité des personnages nous en éloigne.

On sent que Pawlikowski s’est plongé avec sincérité dans l’œuvre littéraire de Thomas Mann. Ce sont les mots qu’il aime et non ce qu’ils disent, ou son auteur. Comme si, après avoir choisi un sujet qui lui plaisait, le cinéaste s’était finalement complètement désintéressé du film qu’il tournait. Et il n’est pas le seul…

Fatherland / De Pawel Pawlikowski / Avec Sandra Hüller, August Diehl, Anna Madeley, Hanns Zischler, Devid Striesow / Allemagne, Pologne / 1h12 / Festival de Cannes 2026 – Compétition officielle.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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