Curieux objet que ce Burgundy, fruit d’un patient travail d’immersion des réalisateurs étasuniens Michael Dweck et Gregory Kershaw dans le terroir bourguignon. Dressant le portrait d’une communauté gravitant autour de la passion du vin, le long-métrage se situe dans un état intermédiaire assez passionnant entre fascination et satire.
La délocalisation a parfois du bon : en troquant ses plages du nord pour celles du sud de la France, Bruno Dumont insuffle une vitalité nouvelle à son cinéma, tout en revenant à l’enfance de l’art. Tout commence d’ailleurs par le passage d’un train sur un viaduc, évocation d’une vue Lumière originelle, qui place les aventures des gamin·es en contrebas sous les hospices d’un ravissement esthétique primitif. C’est ce que donne à ressentir l’emploi quasi-systématique d’un très grande angle et d’une caméra portée, langage inhabituel chez Dumont : coller au plus près des visages étranges de ces têtes blondes, attraper leurs déplacements imprévisibles, les yeux grands ouverts pour tout embrasser.
Produit par Alex Coco, déjà derrière Red Rocket (Sean Baker, 2021), The Sweet East (Sean Price Williams, 2023) et Anora (Sean Baker, 2024), Club Kid confirme un récent regain de vitalité du cinéma indépendant américain. Il marque aussi le passage au long-métrage de Jordan Firstman (également acteur, il assure ici le rôle principal), qui se distingue d’une partie de ses contemporains par une forme de croyance dans le récit traditionnel et une mise en scène héritée du cinéma classique. Plus proche de Sean Baker, donc, que de Tyler Taormina, Sean Price Williams ou Carson Lund, disons.
En juillet dernier, le cinéaste britannique Mike Leigh déclarait au média Indiewire qu’en raison de sa myosite – une maladie auto-immune provoquant la destruction progressive des muscles –, Tender Loving Care serait très certainement son ultime film. Si, par malheur, tel devait être le cas, difficile d’imaginer plus belle lettre d’adieu.
Le talent de Zach Cregger pouvait-il survivre au sein d’une franchise ? C’est la question qui se posait à l’annonce de son embauche à la réalisation du huitième film adapté de la célèbre saga vidéoludique Resident Evil. Si ce long-métrage témoigne à nouveau de ses qualités de metteur en scène, force est de constater que les limites du cinéaste, déjà présentes dans ses précédents efforts, apparaissent ici plus nettement encore.
On pensait les jouets les plus célèbres d’Hollywood définitivement remisés au grenier, mais c’est bien mal connaître la propension de la firme aux grandes oreilles pour les adieux à rallonge. En 2019, Toy Story 4 s’achevait par la séparation douce-amère de Woody et ses ami·es : acceptant son statut de relique, le cow-boy décidait de laisser son enfant s’enticher d’autres que lui pour aller s’occuper de vieux jouets abandonnés. Tout un symbole. Ce cinquième volet s’ouvre là où se terminait le précédent : alors que Jessie, promue shérif et secondée par Buzz, veille désormais sur la joyeuse troupe de joujoux, les parents de la petite Bonnie ont le malheur d’introduire dans le quotidien de leur fille un tablette connectée qui, très vite, accapare toute son attention. À nouveau, la menace du placard guette nos héro·ïnes.
« Plus t’y penses, plus il existe. Et c’est quand même fou que ça existe pas mais que ça marche, tu vois. Parce qu’on vieillit quand même. — Attends, mais je te suis pas, le temps ça existe, mec. — Bah ça existe parce qu’on vieillit. »
Située au milieu de Barça Zou, cette conversation alcoolisée entre Hascoët et Émile a beau relever de la philosophie de comptoir, elle comporte une double vérité qui éclaire le film de sa lumière. 1. Certaines expériences vécues ont le pouvoir de nous relier à nous-même et aux autres, à tel point que la sensation du temps disparaît au profit d’une pure présence à l’ici et maintenant. 2. La course du temps est pourtant inexorable, et chaque seconde qui passe nous éloigne un peu plus de la personne qu’on était à l’instant d’avant. De la tension qui naît à l’articulation de ces deux vérités générales, Paul Nouhet tire un dispositif de mise en scène passionnant et organise son premier long-métrage sous la forme d’un récit d’évocation de souvenirs.
Peu de sentiments égalent celui qui accompagne la découverte d’un·e cinéaste majeur·e oublié·e de l’histoire. Par un hasard de calendrier dont l’ironie n’aurait certainement pas manqué de plaire à l’intéressée, Anja Breien est décédée la veille du jour où j’écris ces lignes, le 10 mai, à l’âge de 85 ans à Oslo. Quelques jours seulement après que Malavida a eu la bonne idée d’offrir à six de ses long-métrages une première sortie française, plusieurs décennies après leur réalisation. Il aura donc fallu que la réalisatrice pionnière de la nouvelle vague norvégienne s’éteigne pour qu’enfin la lumière se fasse sur son œuvre, et que l’on puisse ainsi apprécier la richesse, la force artistique et la radicalité politique de son travail.
« Pas de dimanche sans macchabée. » Prononcée par un pistolero, la phrase porte le poids de la tragédie qui voit deux familles rivales s’entretuer de génération en génération dans le village côtier de Santa Bibiana, au Mexique. Tout est parti d’une querelle de fermiers : parce qu’un Anguiano peste contre le bétail qui empiète sur ses terres, un Menchaca décide de le refroidir et déclenche ainsi un cycle de violence meurtrière sans fin.
Et si, face à l’imminence de la catastrophe, la meilleure option n’était pas de foncer dans le mur tête baissée, mais de s’arrêter deux secondes pour réfléchir ? Cette idée, hautement subversive par les temps qui courent, est doublement au cœur de Projet dernière chance. D’abord, parce que le film de Phil Lord et Christopher Miller raconte l’histoire d’un homme catapulté dans l’espace, obligé de faire confiance à son instinct pour trouver un antidote aux micro-organismes qui dévorent le soleil et menacent la vie sur terre. Ensuite, car cette superproduction à 200 millions de dollars a quelque chose d’anachronique : à l’ère des univers étendus et de la sérialisation effrénée des propriétés intellectuelles, le blockbuster fait le pari de l’intime et s’autorise à ralentir le tempo.