Le Fleuve de la mort

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Les Films du Camélia

« Pas de dimanche sans macchabée. » Prononcée par un pistolero, la phrase porte le poids de la tragédie qui voit deux familles rivales s’entretuer de génération en génération dans le village côtier de Santa Bibiana, au Mexique. Tout est parti d’une querelle de fermiers : parce qu’un Anguiano peste contre le bétail qui empiète sur ses terres, un Menchaca décide de le refroidir et déclenche ainsi un cycle de violence meurtrière sans fin.

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Projet Dernière Chance

Actuellement au cinéma

© Sony Pictures

Et si, face à l’imminence de la catastrophe, la meilleure option n’était pas de foncer dans le mur tête baissée, mais de s’arrêter deux secondes pour réfléchir ? Cette idée, hautement subversive par les temps qui courent, est doublement au cœur de Projet dernière chance. D’abord, parce que le film de Phil Lord et Christopher Miller raconte l’histoire d’un homme catapulté dans l’espace, obligé de faire confiance à son instinct pour trouver un antidote aux micro-organismes qui dévorent le soleil et menacent la vie sur terre. Ensuite, car cette superproduction à 200 millions de dollars a quelque chose d’anachronique : à l’ère des univers étendus et de la sérialisation effrénée des propriétés intellectuelles, le blockbuster fait le pari de l’intime et s’autorise à ralentir le tempo.

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Pillion

Actuellement au cinéma

© Memento distribution

En 2024, dans son film Babygirl, Halina Reijn piratait déjà la comédie romantique en y insufflant une relation BDSM entre une dirigeante de la tech interprétée par Nicole Kidman, et son stagiaire, campé par Harris Dickinson. La réalisatrice néerlandaise accomplissait un vrai tour de force en débarrassant les rapports sadomasochistes des idées reçues qui leur collent à la peau : déviances psychologiques, perversions sexuelles, et asymétrie de pouvoir. Basés au contraire sur l’écoute, l’attention à l’autre et le consentement, les jeux de domination auxquels s’adonnaient les deux personnages aboutissaient à la création d’un espace de liberté partagée, d’affranchissement des masques sociaux et de renoncement à d’étouffantes injonctions. Dans ce cadre sécurisé, Romy, girlboss et mère modèle pressurisée de toutes parts, retrouvait la possibilité d’explorer ses désirs et, surtout, de douter.

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Orwell : 2 + 2 = 5

Actuellement au cinéma

NEON

« Orwellien. » 1984, le roman dystopique du britannique George Orwell, loué pour sa prescience, jouit d’une telle popularité que le nom de son auteur est entré dans le langage courant sous la forme d’un adjectif. Mobilisé à tout va par les politicien·nes, les éditorialistes et les journalistes, ce raccourci de pensée charrie avec lui la hantise du totalitarisme. Redouté par l’écrivain, qui écrivit son grand œuvre sur les cendres du nazisme, ce basculement autoritaire serait aujourd’hui largement actualisé dans notre monde. C’est en tout cas la thèse du cinéaste haïtien Raoul Peck, qui entrechoque les images du contemporain et la matière littéraire pour en recueillir les échos.

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Retour à Silent Hill

Actuellement au cinéma

© Metropolitan FilmExport

L’ambulance est déjà criblée de balles, mais la conscience professionnelle ne connait pas la clémence : Retour à Silent Hill de Christophe Gans est un ratage complet. En adaptant le second volet de la franchise vidéoludique culte, l’auteur du Pacte des Loups revenait pourtant à un matériau familier. En 2006, son Silent Hill premier du nom lui avait au moins permis d’obtenir le bénéfice du doute : miné par une production délicate, qui imposa notamment l’ajout d’un personnage masculin sans intérêt, le film laissait néanmoins penser par son atmosphère soignée et sa direction artistique élégante que Gans avait une compréhension profonde de l’univers qu’il transposait à l’écran. Vingt ans plus tard, ce nouvel opus inespéré anéantit méthodiquement et de manière assez sidérante tout le crédit qu’on pouvait attribuer au cinéaste quant à sa capacité à adapter cette licence.

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Naked

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Potemkine films

Peu de films peuvent prétendre à la noirceur désespérée de Naked, drame existentialiste réalisé par Mike Leigh, couronné d’un Prix de la mise en scène et d’un Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 1993. Visible pour la première fois dans une copie restaurée par Potemkine Films, cette nouvelle exploitation remet un coup de projecteur bienvenu sur le début de carrière d’un réalisateur dont l’inspiration et l’audace ne semble pas prêts de se tarir – en témoigne l’excellent Deux sœurs, sorti dans nos salles en 2025.

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Imperial Princess

Actuellement au cinéma

© Shellac

Cinéaste de la marge, Virgil Vernier est l’auteur d’une œuvre protéiforme à l’intersection de la fiction, du documentaire et de l’art vidéo, et s’attache depuis ses débuts à dépeindre une Europe ultra-contemporaine, déliquescente et mythifiée. Sa démarche, qui tient autant du conte que de l’ethnographie, l’a déjà mené à poser ses caméras aux pieds des utopies bétonnées du Grand Paris (Mercuriales, 2014), dans la première technopole d’Europe (Sophia Antipolis, 2018), ou encore dans le toc merveilleux de la principauté de Monaco (100.000.000.000.000, 2024). Moyen-métrage improvisé en parallèle du tournage de son prochain long, Imperial Princess prend à nouveau pour théâtre la ville-État monégasque, et décrit la lente bascule vers la paranoïa d’une jeune héritière russe abandonnée par son oligarque de père, au début de l’invasion de l’Ukraine.

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L’Engloutie

Actuellement au cinéma

© Take Shelter / Condor Distribution

Il y a quelque chose d’immédiatement envoûtant dans L’Engloutie, premier long-métrage de fiction de Louise Hémon, jeune réalisatrice venue du documentaire et de l’art vidéo. Quelque chose qui tient en premier lieu à la matérialité de l’image : dans une nuit d’encre, un petit groupe de personnes chemine à travers la montagne, en tête duquel une jeune femme et un âne se détachent, à la faveur de la flamme vacillante d’une lampe à huile. D’emblée, le film se situe dans un entre-deux et invite ses spectateur·ices à se rapprocher de l’écran pour tenter d’en mieux discerner les contours.

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L’Œuf de l’Ange

Ressortie / Actuellement au cinéma

© Mamoru Oshii/Yoshitaka Amano/Tokuma Shoten, Tokuma Japan Communications All Rights Reserved

Qui a dit que d’une petite forme ne pouvait pas naître un très grand film ? En une heure et onze minutes, pas plus, L’Œuf de l’Ange de Mamoru Oshii délivre un concentré de cinéma plus dense et vertigineux que n’importe quelle fresque épique boursoufflée aux affiches bardées de superlatifs. Méconnu du grand public parce qu’éclipsé par son successeur Ghost in the Shell, longtemps invisible dans de bonnes conditions, l’autre grande œuvre du cinéaste japonais atterrit enfin sur nos écrans et rappelle cette vérité élémentaire : les films les plus beaux sont souvent les plus simples.

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Bugonia

Actuellement au cinéma

© Focus Features

On avait un peu perdu Yórgos Lánthimos depuis quelques temps, assommé par sa débauche de tics formels (Pauvres créatures) et ses mesquineries de vilain marionnettiste (Kinds of Kindness). Bonne nouvelle : s’il n’efface pas complètement les réserves que l’on a vis-à-vis de ses productions récentes, Bugonia est l’occasion pour le cinéaste grec d’une salutaire remise à plat des qualités réelles de son cinéma.

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