Bullet Train

Actuellement au cinéma

© Sony Pictures

Il est arrivé le blockbuster de l’été, sous l’escorte d’une promo punchy et du plus cool des acteurs cools, Brad Pitt, dont l’aura persistante, voire polie par les ans, a de quoi faire pâlir le dernier Thor et son marteau flétri. Pour rester sur les rails, à chacun sa méthode. Alors qu’un Tom Cruise privilégie l’autocélébration, érigée par delà les cimes dans Top Gun Maverick, Pitt préfère la voie de l’auto-dérision, se railler de soi plutôt que s’aimer soi, une approche qu’il réitère dans Bullet train sous la panoplie de Coccinelle, un assassin loser et angoissé qui doit subtiliser une mallette dans un train à grande vitesse reliant Tokyo à Morioka.

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Rifkin’s Festival

Actuellement au cinéma

© The Media Pro Studio, Gravier Productions, Inc, and Wildside S.L.R.

C’est une petite musique. Un standard familier. Mélancolie d’un piano, danse alanguie d’une clarinette. Ce n’est pas un titre de jazz, juste le nouveau Woody Allen. Cinquantième variation d’un même thème dont les cinéphiles viennent chaque année se réj-ouïr au cinéma. Retardé par la pandémie, Rifkin’s Festival est enfin sorti. Et si la note est un peu fatiguée, elle ne manque pas de nous charmer.

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El buen patrón

Actuellement au cinéma

© Alamode Film

Le dernier long-métrage de Fernando León de Aranoa s’ancre dans l’univers professionnel pour mettre en scène la vie d’une entreprise. Les rapports hiérarchiques sont au cœur de cette comédie grinçante et subtilement écrite dans laquelle Julio Blanco (Javier Bardem) dirige une société qui fabrique… des balances. Le réalisateur des Lundis au soleil et de Escobar retrouve Bardem pour une tragicomédie qui a cette année, mais il en a l’habitude, décroché toutes les distinctions à la cérémonie des Goya (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original, meilleur acteur, meilleure musique originale et meilleur montage). 

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Compétition officielle

Actuellement au cinéma

© StudioCanal

Il est éminemment cocasse que Compétition officielle ait concouru l’année dernière pour le Lion d’or au festival de Venise. Familiers des récompenses et des festivals internationaux, les cinéastes Mariano Cohn et Gastón Duprat ont dû se féliciter, en se tenant les côtes, d’une sélection qui hisse leur film vers un troisième degré jouissif et inopiné, alors que la seule place qu’il accorde aux Lions d’or et aux Goyas, aux Palmes et aux médailles, est dans un broyeur. C’est à travers cette séquence forte, la plus mémorable, que le nerf de la satire féroce du duo argentin se découvre.

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En même temps

Actuellement au cinéma

© Chloe Carbonel / Ad Vitam

Gustave Kervern et Benoît Delépine nous dévoilent avec En même temps un film à l’humour décomplexé qui rappelle, dans la lignée de leurs précédents long-métrages, que l’absurde reste éminemment politique, voire l’est d’autant plus dans le contexte actuel. 

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Rencontre avec : Bruno Podalydès

Bruno Podalydès. © Maxppp / Chibane Baziz

On aime son inventivité, ses comédies d’observation fines et poétiques, l’univers personnel qu’il nourrit depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui sort son neuvième long-métrage, Les 2 Alfred, brillante et drolatique satire des nouvelles technologies et de l’esprit start-up. Bruno Podalydès est notre invité cette semaine.

On pourrait croire que Les 2 Alfred prend sa source dans l’open space de Comme un avion (2015).

Je pense que l’idée vient de plus loin, mais j’ai constaté que j’ai reproduit le même schéma d’alvéoles que dans Comme un avion. J’avais remarqué dans des boîtes de graphisme que les personnes étaient isolées comme dans des cellules, des sortes de boxes. Dans Les 2 Alfred, les serres de The Box reproduisent cette idée. Elle sont paradoxales : c’est un open space entièrement transparent et, en même temps, les gens sont isolés. L’expression de « dictature de la transparence » est un peu galvaudée, mais elle est quand même là.

C’est d’abord le lieu qui vous intéressait ?

Oui, depuis que je fais des films d’entreprise, j’aime voir comment s’agencent les bureaux. Ça raconte beaucoup de la mentalité de l’entreprise : soit c’est un open space qui donne l’apparence d’une absence de hiérarchie, soit plus on monte dans les étages, plus on monte chez les cadres supérieurs jusqu’au président directeur général, soit il y a une culture de l’isolation progressive, soit au contraire une soi-disant hyper fluidité… Ça me plaît de voir comment, architecturalement, une entreprise s’organise.

Comment avez-vous trouvé votre décor ?

Je souhaitais trouver une entreprise qui avait une singularité dans l’architecture, et on est finalement parti d’un espace vide pour l’organiser nous-même. Toutes ces boîtes, en général, se trouvent dans des banlieues, des usines réaffectées, des friches industrielles. Là, en bordure d’un dépôt SNCF, ça me semblait plausible. Dans mon scénario, je mets très peu d’indications de lieu pour rester ouvert au moment des repérages. Quand je trouve le bon endroit, je réécris le scénario. Je fais ça à chaque fois, c’est très nourricier de m’adapter aux lieux, ça crée des nouvelles situations.

Il y a un langage très particulier dans les open space des start-up. Comment avez-vous travaillé le vocabulaire des personnages ?

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Rencontre avec : Philippe Clair

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©Picasa et Grrr…Art Editions

Né au Maroc en 1930, Philippe Clair est le réalisateur culte des comédies françaises les plus loufoques des années 1970 et 1980. Il a accepté de se confier sur sa vie de cinéma.

Tout d’abord, d’où vient votre goût pour la comédie ?

Pour être honnête, je suis tombé dans la comédie un peu par hasard. J’ai commencé ce métier en étant comédien, et d’ailleurs je jouais des choses assez sérieuses au départ. Mais je voyais bien que je faisais rire mes camarades, surtout avec mon accent. Ce qui ne me déplaisait pas, entre parenthèses. Pour autant, ce n’était pas mon ambition première. J’aimais juste déconner dans la vie, c’est tout. Et puis, un jour, c’est le métier qui choisit pour vous. Je me suis retrouvé à interpréter des pièces comiques. Ça a marché très fort, et tout s’est enchaîné. Le cinéma m’a ouvert ses portes, et j’ai poursuivi sur cette lancée…

C’est d’abord par la musique que vous avez connu un grand succès. Recherchiez-vous une façon d’être irrévérencieux ?

J’ai connu le succès assez vite grâce à un disque, c’est vrai, mais il s’agissait de sketchs. Et j’avais déjà, à ce moment-là, un public qui venait me voir sur scène. En fait, ces deux activités se sont chevauchées, et m’ont porté simultanément. Après, pour vous répondre, je n’ai jamais cherché à être irrévérencieux, ou à choquer qui que ce soit. J’étais un peu gonflé parfois, oui, mais en aucun cas méchant. Je ne me posais pas de question, pour être franc. J’écrivais ce qui me faisait rire. Ensuite, ça passait, ou pas. Rien Nasser de courir et Israël embargo… ment immédiat, notamment, n’ont pas plu à tout le monde. Vu les sujets et les personnalités abordés, ça peut se comprendre. Jusqu’à un certain point, ceci dit… De Gaulle a quand même fait interdire un de mes disques ! Vous vous rendez compte ? On critique beaucoup l’époque actuelle, mais ce n’était pas toujours mieux avant. 

Que pensez-vous de l’expression « nanar » que l’on utilise parfois pour qualifier vos films ?

Je déteste le terme de « nanar ». Aujourd’hui, on l’emploie pour tout et n’importe quoi. Ce n’est pas pour prendre la défense de Claude Zidi, mais même Le grand Bazar est chroniqué sur le site Nanarland. C’est un peu exagéré, non ? Il me semble que dans le genre « nanar », Les Charlots ont fait bien pire… Quant à moi, on me compare à Max Pécas ou Michel Vocoret, deux rois en la matière. C’est très vexant ! On aime ou pas mon cinéma, mais, contrairement à eux, j’ai toujours soigné au détail près le moindre de mes films : je n’ai travaillé qu’avec de très bons comédiens (Annie Girardot, Michel Galabru, Jacques Dufilho, Francis Blanche, Jerry Lewis…), j’ai imaginé des gags de folie, j’ai fait appel à des techniciens de renom, j’ai collaboré avec les plus grands compositeurs (Raymond Lefèvre, Claude Bolling, Armando Trovajoli, Alan Silvestri…)… Et je ne vous parle pas des affiches, qui, elles aussi, avaient de la gueule ! Celles des Réformés et de Rodriguez au pays des merguez, par exemple, sont signées Hervé Morvan… Et, à l’arrivée, j’ai engendré des millions et des millions d’entrées. Ce qui n’était pas le cas de tous… Je ne dis pas ça par prétention. Je trouve juste insultant, pour ma personne comme pour mon public, de limiter mon œuvre à de vulgaires merdes. En 1981, je réalise Tais-toi quand tu parles, avec Aldo Maccione. Résultat : deux millions d’entrées. Un vrai succès. Moins d’un an plus tard, j’enchaîne avec Plus beau que moi meurs : cette fois, ce sont trois millions et demi de spectateurs qui se déplacent. THE triomphe. Entre les deux, quatre autres films interprétés par Aldo sortent en salles : Reste avec nous on s’tire de Michele Massimo, T’es folle ou quoi ? de Michel Gérard, Te marre pas… c’est pour rire de Jacques Besnard, Le Corbillard de Jules de Serge Pénard. Et là, que des bides ! Je vous laisse juge… 

Vos films se construisent autour d’un enchaînement phénoménal de gags. Tout était très préparé ?

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Hors normes

Au cinéma le 23 octobre 2019

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Vincent Cassel et Reda Kateb dans Hors Normes © 2019 PROKINO Filmverleih GmbH / Carole Bethuel

Hors Normes raconte le quotidien de deux associations prenant en charge les cas d’autisme les plus complexes, et qui ont pour particularité d’employer comme éducateurs des jeunes en réinsertion. Olivier Nakache et Eric Toledano, huit ans après Intouchables, parlent à nouveau du handicap à travers une comédie humaniste portée par l’énergie du groupe et de la mixité sociale, mais ils ratent le coche par un excès de lieux communs.

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Rencontre avec : Henri Guybet

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Le comédien Henri Guybet ©Le Pays d’Auge/JeanMichelG

  « Si je devais retenir quelques films parmi ceux que j’ai fait ? Ils sont tous à garder parce qu’ils m’ont tous apporté quelque chose. Par contre, il y en a un que je n’ai jamais fait et que j’aimerais essayer, une fois peut-être, pour voir ce que ça fait… Un rôle très bien payé ! » C’est avec humour et bienveillance qu’Henri Guybet se prête au jeu de l’interview et jette un regard rétrospectif sur sa vie d’acteur. Rieur et joyeux, à 82 ans, le comédien est encore très actif : ce soir, il monte sur la scène du théâtre Daunou à Paris, après une longue tournée en province, pour interpréter une pièce écrite et mise en scène par ses soins, Un drôle de mariage pour tous, qui raconte l’histoire de deux amis qui décident de se marier, à la perplexité de leur entourage. Nous le rencontrons avant que ne soient frappés les trois coups. « La scène, c’est l’endroit où je vis. Lorsque j’entre en scène, j’existe. L’art dramatique détient ce pouvoir inouï d’émouvoir. Au lieu d’essayer de vous convaincre ou de vous raisonner, il vous chatouille l’épiderme et fait marcher votre sensibilité. Il vous fera peut-être même rêver. Et en rêvant, on réfléchit parfois beaucoup mieux. » Heureux de continuer à monter sur scène quatre fois par semaine, Henri Guybet, dont la façon de parler porte en elle l’éloquence de l’acteur de théâtre, se sent chez lui sur les planches, comme depuis ses débuts. Il se souvient de sa première fois. «J’avais environ 16 ans lorsque j’ai créé une troupe amatrice avec des copains. Notre premier spectacle était un spectacle de commedia dell’arte, j’interprétais Arlequin… Dans notre imaginaire, nous étions particulièrement fasciné par Les Enfants du paradis, le film extraordinaire de Marcel Carné. Nous recréions des scènes, j’étais Pierre Brasseur, un copain faisait Jean-Louis Barrault et une copine était notre Arletty. C’était mes premières émotions. Je me suis aperçu que quelque chose se passait devant les spectateurs… alors j’ai commencé à me dire qu’il fallait que j’en fasse un métier. »

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La dégustation

Théâtre de la Renaissance

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Bernard Campan, Isabelle Carré et des bouteilles de vin ©Charlotte Spillemaecker

  Jacques (Bernard Campan) aime tellement le vin qu’il est devenu caviste – son médecin, fidèle client, lui recommande souvent de calmer sa passion. Ce célibataire solitaire, un peu renfrogné, fait la rencontre d’Hortense (Isabelle Carré), venue acheter une bouteille pour l’offrir à des sans-abris. Au point de départ de cette romance entre deux timides se mêle l’apparition impromptue d’un jeune cambrioleur en liberté conditionnelle, Steve (Mounir Amamra, vu l’année dernière dans Le Monde est à toi de Romain Gavras), qui se réfugie dans la cave à vin.

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