Une bataille après l’autre

Actuellement au cinéma

© Warner Bros

Au moins depuis Punch Drunk-Love (2002), le cinéma de Paul Thomas Anderson n’a eu de cesse de prendre à revers la promesse de ses films, l’horizon d’attente des spectateurs et les motifs des genres dont il s’emparait. Dans le film précité, comme plus tard dans Licorice Pizza (2021), la comédie romantique déraillait, chacune à sa façon ; le bain de sang annoncé par There Will Be Blood (2007) tardait à jaillir, en dépit d’un récit agonistique, sous le signe du crime (capitaliste), tandis que la trame policière de l’erratique Inherent vice (2014) s’évaporait et que la grande fresque sur la scientologie présupposée par The Master (2012) cédait la place au spectacle épuré et trouble des rapports de force entre deux hommes. Aussi trouble que ne l’était l’amour aromantique de Reynolds et Alma dans Phantom Thread (2017). Sans surprise donc, mais non sans étonnement ravi, le génie du cinéma américain contemporain récidive avec Une Bataille après l’autre, film d’action et comédie tout en dilutions, qui traite de – et procède par – révolution.

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L’Aventura

Actuellement au cinéma

© Arizona distribution

Aux prises avec la sandale imprégnée des selles de la petite tornade que ses parents à bout de force ont prénommé Raoul, Jean-Phi (Philippe Katerine) confie n’y croire plus du tout au film de Sophie (Sophie Letourneur) qui enregistre avec son téléphone le récit de leurs truculentes (non) aventures en famille, en vacances itinérantes, le long de la côte sarde : « Il faut pas faire ce film, il se passe rien » ; « il se passe rien, et il se passe tout », répond Sophie Letourneur, qui se débat peut-être avec un paquet de chips, explicitant en passant son projet, celui de L’Aventura, et de son cinéma. Un geste qui s’efforce de reconstituer le réel dans sa nudité et sa sincérité complètes, contre une forme embellissante, que les allemands au 19e siècle ont appelé « kitsch », cette négation de l’authentique, ou négation de la merde, au sens propre comme au figuré, qu’a fustigé notamment Milan Kundera dans son Art du roman (1986).

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The Phoenician Scheme

Actuellement au cinéma

© TPS Productions / Focus Features

Depuis The French Dispatch (2021) voire The Grand Budapest Hotel (2014), pour les plus intraitables puristes, le petit Mozart texan du cinéma américain fait l’objet de houleuses querelles, entre ceux qui le défendent mordicus, irréductibles andersoniens, et ceux qui osent constater un début d’essoufflement de son cinéma. Si Asteroid City (2023) pouvait apaiser les craintes de ces derniers, charmant par son registre plus résolument absurde et ses instants suspendus, The Phoenician Scheme semble hélas les raviver, avec plus de vigueur.

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Aimer perdre

Actuellement au cinéma

© UFO Distribution

Beaucoup de films se plaisent à tromper le spectateur sur le programme qu’ils s’apprêtent à dérouler, mais Aimer perdre n’est pas de ceux-là, s’ouvrant à la faveur d’un long dézoom tourbillonnant et d’un titre pailleté, annonçant tous deux l’énergie d’une entreprise en marge. Cette belle introduction amorce surtout le point d’ancrage du dispositif esthétique, non pas vouée à tourner à vide autour d’une hystérie générale, mais centré sur une présence. Cette figure, monopolisant en gros plan les premières secondes du film, est Armande Pigeon, jeune Bruxelloise sans le sou, allant de galère en galère.

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Mickey 17

Actuellement au cinéma

© Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved.

Mickey 17 n’est pas mort. Il gèle au fond d’un gouffre de glace, il a mal, il gémit, mais il n’est pas mort, du moins pas encore. Mickey est de la chair à canon exilée dans l’espace. Il avait besoin de quitter la Terre coûte que coûte, alors il s’est engagé à devenir un Remplaçable, un être humain dont on sauvegarde la mémoire et dont on réimprime le corps à volonté dès qu’il est détruit dans les tâches ingrates et variées qu’on lui fait exécuter. Un éternité de rat de laboratoire, sauvée de l’absurdité totale par la présence de Nasha, qui l’aime et qu’il aime. Retour au gouffre : il n’est pas mort. C’était une demi-heure, trois quarts d’heure ? Pas certain. En tous cas, c’est long pour une exposition, ça traîne et on se demande si le film va finir par démarrer ou si l’on est condamné à assister pour les deux heures à venir aux péripéties des Mickey qui s’enchaînent, dument commentées par une voix off monocorde – quoi qu’occasionnellement amusante – qui nous explique sagement les tenants et aboutissants des sociétés humaines de 2054.

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A Real Pain

Actuellement au cinéma

© Fruit Tree Media

Cette année 2025 marque le quatre-vingtième anniversaire de la libération des camps de la mort. À mesure que le temps nous éloigne des événements tragiques qui secouèrent l’Europe à la fin de la première moitié du XXe siècle, le cinéma est plus que jamais traversé par la nécessité d’imager cette page de l’Histoire comme une mémoire vivante, incarnée. L’an passé, La Zone d’intérêt de Jonathan Glazer s’interrogeait déjà sur la muséification qui guette la Shoah et, présentement, The Brutalist de Brady Corbet évoque à sa manière le besoin impérieux pour les survivant·es de transmettre leur vécu aux générations futures. Second long-métrage de Jesse Eisenberg, A Real Pain emprunterait presque le chemin inverse, en confrontant des personnages déracinés, à la recherche d’une épiphanie concernant leurs origines juives, à cette période sombre du grand récit de l’humanité.

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Vingt dieux

Actuellement au cinéma

© Pyramide films

Vingt dieux. Juron qui promet tout un paysage, dans la campagne du Jura, et qui pouvait sentir de loin les relents coutumiers du pittoresque. Un faux pas que la cinéaste Louise Courvoisier, qui a grandi en Franche-Comté, s’épargne au profit d’un réalisme romanesque à la fraîcheur et l’authenticité revigorantes pour notre œil de spectateur, usé depuis quelques années en France par des moissons de drames ruraux plus ou moins pertinents, souvent cantonnés au champ du discours social (voir notamment Au nom de la terre, parmi les exemples éminents).

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The Substance

Actuellement au cinéma

© Mubi Deutschland

Après Revenge, récit de vengeance qu’on appelle, car soyons précis, rape and revenge, The Substance tend à jouer une autre vengeance. Le très sanglant épilogue éruptif et cathartique, régurgitant à la face du « grand monde » sa cruauté envers les femmes et leur corps, la confirme et la signe. L’ambition d’une revanche du corps, de la matière, sur ce qui le fige. Le stéréotype. Et, à la manière de la victime qui retourne contre son bourreau sa violence, Coralie Fargeat s’empare frontalement du langage du patriarcat, ce male gaze bien aimé, pour en extraire la laideur.

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El Profesor

Actuellement au cinéma

© Pucara Cine

D’abord, la mort. Une crise cardiaque du professeur Caselli, titulaire de la Chaire de philosophie à l’université de Buenos Aires. Fermeture à l’iris, effet récurrent du film marquant ses influences burlesques, puis nous voilà au cours de Marcelo Pena, bras droit du défunt, qu’il achève en convoquant Rousseau et sa méfiance à l’égard du progrès. La comédie dramatique (plus dramatique que comique), bien qu’écrite avant l’élection de Javier Milei, semble dès lors refléter un climat d’inquiétude partagée dans un pays en crise, empêtré dans un ultralibéralisme vorace. Une inquiétude qui touche particulièrement les milieux intellectuels et culturels alors que les ressources allouées aux universités publiques, en rapport avec le taux d’inflation, ont drastiquement diminué.

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Marcello Mio

Actuellement au cinéma

© Les Films Pelleas

Une affaire de famille. Tel est le cinéma d’Honoré, métafilmiquement – on y retrouve souvent des visages fidèles – et thématiquement, tâchant de redessiner les contours de la sphère familiale. Une affaire de famille, mais aussi de fantômes, ce qu’illustrait plus foncièrement que jamais Chambre 212. Dans Marcello Mio, c’est moins un spectre qui hante le présent que les vivants qui hantent les absents. Au point d’en ressusciter. Chiara Mastroianni devenant le fantôme de son père dans une fiction où chacun campe son propre rôle, participant d’une comédie rêveuse où l’identité vacille.

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