Toy Story 5

Actuellement au cinéma

© Disney / Pixar

On pensait les jouets les plus célèbres d’Hollywood définitivement remisés au grenier, mais c’est bien mal connaître la propension de la firme aux grandes oreilles pour les adieux à rallonge. En 2019, Toy Story 4 s’achevait par la séparation douce-amère de Woody et ses ami·es : acceptant son statut de relique, le cow-boy décidait de laisser son enfant s’enticher d’autres que lui pour aller s’occuper de vieux jouets abandonnés. Tout un symbole. Ce cinquième volet s’ouvre là où se terminait le précédent : alors que Jessie, promue shérif et secondée par Buzz, veille désormais sur la joyeuse troupe de joujoux, les parents de la petite Bonnie ont le malheur d’introduire dans le quotidien de leur fille un tablette connectée qui, très vite, accapare toute son attention. À nouveau, la menace du placard guette nos héro·ïnes.

Technologie contre jeux traditionnels : l’enjeu de ce Toy Story 5 a des airs de rengaines. Il faut dire que la saga nous sert ce récit des jouets confrontés à leur obsolescence depuis… son premier opus. Compagnon préféré d’Andy, Woody s’y voyait déjà surpassé par un Buzz L’Éclair rutilant et bourré de gadgets modernes. Les épisodes suivants déclinaient chacun à leur façon ce thème, en évoquant pêle-mêle la détérioration matérielle, la muséification, l’abandon et le déchet. Difficile pour cette nouvelle itération d’éviter la redite donc, d’autant plus qu’elle le fait au travers d’un discours consensuel sur les dangers des écrans : ainsi d’une vue aérienne du quartier de Bonnie qui dévoile, à l’intérieur de chaque foyer, un enfant reclus dans sa chambre, hypnotisé par la lumière bleutée de sa tablette. Et lorsque, à la faveur d’un retournement de situation, le scénario tente d’infléchir un peu son exposé, c’est pour se complaire dans une position tiédasse – la technologie, c’est dangereux mais, quand même, c’est bien pratique – qui témoigne surtout d’une incapacité à questionner son sujet en profondeur.

Les jouets ne sont pas les seuls à devoir lutter contre les écrans domestiques : en découpant son récit en quatre lignes narratives distinctes, Toy Story 5 permet de mesurer l’influence de la série télé sur le cinéma hollywoodien. Relançant sans cesse l’attention d’un public qui en serait déficitaire, Andrew Stanton, scénariste historique de la saga, sacrifie au passage l’émotion, composante clé du film Pixar qui ne s’épanouit que par la durée. Preuve d’une écriture dispersée : une sous-intrigue autonome autour d’un bataillon de Buzz L’Éclair nouvelle génération, qui occupe un temps d’écran conséquent pour, finalement, un rôle anecdotique lors du climax. Même constat du côté de l’animation qui, de film en film, avait toujours su se lancer de nouveaux défis pour développer son savoir faire. Le feu, dans Toy Story 3, et l’eau, dans Toy Story 4, vraies prouesses dans le rendu des détails, offraient à certaines séquences une ampleur inédite. À l’inverse, ce cinquième volet manque cruellement de morceaux de bravoure et, à l’exception de quelques scènes de rêverie stylisées façon aquarelle, son animation reste sage. Longtemps loué pour sa capacité à ménager émerveillement et réflexion, Pixar confirme ici une baisse de régime constatée depuis quelques films déjà, et fait de ce Toy Story 5 la suite de la suite de trop.

Toy Story 5 / de Andrew Stanton / Avec Jean-Philippe Puymartin, Richard Darbois, Barbara Tissier, Laura Felpin / 1h42 / U. S. A. / Sortie le 17 juin 2026.

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