
Dans Obsession, Curry Barker (27 ans) s’empare d’un sujet qui agite sa génération et celles d’après : les relations toxiques. Bear est fou amoureux de Nikki mais n’ose lui avouer. Lorsque, dans un magasin un peu ésotérique, il met la main sur un objet capable d’exaucer son vœu le plus cher, il souhaite que Nikki l’aime plus que tout au monde…
Curry Barker reprend le programme du teen movie américain : le jeune introverti, le copain marrant, la girl next door et la néo-punk artiste. Avec des archétypes bien définis et des situations bien rodées (répétition du discours amoureux ; déclaration interrompue…), Barker fait ressortir l’artificialité des codes de la romance. Ces séquences d’émois adolescents ou d’humour type buddy movie détonent avec le reste du film : l’horreur serait-elle désormais plus crédible que l’amour ?
Ce qui intéresse notamment Barker est de faire la distinction entre histoire d’amour et romance. Si Bear ne voit pas la différence, Nikki lui assure qu’il ne s’agit pas de la même chose. Car la romance se trouve justement dans ces codes filmiques archaïques, tandis que l’histoire d’amour n’a rien à voir avec le cinéma. Le jeune homme souhaite une romance : que celle qu’il aime, l’aime en retour, et plus que tout au monde. Or l’inconditionnalité n’est-elle pas le propre de la fiction ? Bear fait exister son histoire par le prisme du cinéma : son emprise est invisible, magique.
Obsession met ainsi en miroir deux mécanismes d’emprise : psychologique et physique. Barker choisit deux outils cinématographiques pour en rendre compte : lumière et son. Nikki est constamment dans l’ombre, son visage disparait dans l’obscurité. L’asservissement psychologique c’est l’oubli de soi, la négation d’une personnalité propre. Nikki devient un espace de projection sur lequel le jeune homme peut visualiser ses fantasmes. À l’inverse, la détresse de Bear face à la jeune femme est bien visible. La voix de Nikki passe du chuchotement au hurlement, ses mouvements produisent des sons saccadés. Derrière la porte de la salle de bain, elle lui assène ses réponses comme des coups. Le son rappelle le corps à l’ordre ; il choque, surprend. L’assujettissement de Bear est physique. Il est dépendant des fluctuations de ton de Nikki : aimante ou tranchante.
Obsession ménage ses effets de terreur sans jamais perdre de vue son sujet. Il ne s’égare pas : son propos est cohérent, son esthétique est sensée. Curry Barker donne à son deuxième long-métrage une véritable identité, aussi bien discursive que cinématographique. Le film possède la qualité rare de proposer un endroit de frisson immédiat mais aussi un espace d’interprétation. Véritable expérience dans les salles obscures, Obsession reste matière réflexive quand la lumière se rallume. À ceux qui souhaitaient un bon film d’horreur cet été, attention, votre vœu est exaucé…
Obsession / De Curry Barker / Avec Michael Johnston (II), Inde Navarette, Cooper Tomlinson et Megan Lawless / 1h49 / États-Unis / 2026.