
9 octobre 1967. Ernesto Che Guevara est exécuté par l’armée bolivienne à La Higuera. Traqué depuis plusieurs mois, le révolutionnaire cubain avait pour projet d’initier un mouvement révolutionnaire continental depuis la Bolivie. Une poignée de ses guérilleros lui survit. Privés de leader, ils poursuivent leur combat dans les montagnes boliviennes.
Quelques jours plus tard, le corps du Che est photographié : allongé, les yeux encore ouverts, sur un brancard de l’hôpital de Vallegrande. Le révolutionnaire disparaît pour devenir un mythe incontournable de la résistance. Les autorités boliviennes se demandent que faire de ce cadavre encombrant. Alors que les photographies du corps sans vie du Che circulent à travers le monde, les six guérilleros survivants commencent leur fuite vers la frontière chilienne, unis par des idéaux révolutionnaires intacts, et un serment drastique : si l’un d’entre eux se blesse, il ne doit pas empêcher les autres d’avancer : « il y a des hommes qui sont encore plus dangereux morts que vivants ».
Continuer la lutte
Les survivants du Che mélange plusieurs supports : témoignages, photos et vidéos d’archive, paysages boliviens et chiliens, accompagnés de quelques bribes d’animation. Le récit s’ouvre sur la capture du Che, le 8 octobre 1967. On assiste aux brèves hésitations du gouvernement bolivien quant au sort du leader révolutionnaire : Faut-il exécuter le Che ? Si le documentaire donne à l’Histoire quelques airs hésitants, ceux-ci sont bien brefs et l’assassinat d’Ernesto Che Guevara ouvre le bal d’une chasse à l’homme de cinq mois.
La poursuite des guérilleros par l’armée bolivienne est retranscrite par ceux qui l’ont vécu, dans un récit sans cesse illustré qui rend le visionnage haletant. Loin d’être des figures incontournables de la culture populaire, les témoins-survivants n’ont pas été sujets d’héroïsation (Harry Villegas étant le plus connu, surnommé “Pombo” et s’imposant comme l’un des plus fidèles alliés du Che). Là est l’originalité du propos : entendre les témoins d’une lutte ayant fraîchement perdu son visage. Si les différents médiums semblent parfois s’enchaîner de manière assez aléatoire, cela rend la narration d’autant plus intense. Les anecdotes très descriptives sont complétées par la mise en animation, illustrations d’une atmosphère toujours très tendue.
Les témoignages des cinq guérilleros se mêlent aussi à ceux de leurs opposants : militaires de l’armée bolivienne et agents de la CIA, et ce dans l’objectif de « confronter leur récit, leur oubli et leur mensonge », comme la voix de Vincent Lindon le précise en ouverture. Christophe Dimitri Réveille mêle des récits opposés mais complémentaires, faits de souvenirs lointains et glaçants, sur fond de chair trouée par les balles, et d’idéaux confrontés à la survie. Leurs histoires sont empreintes d’une sincérité criante, souvent produite par un mutisme qu’on devine trop long. Tel serait l’objectif d’un bon documentaire : déterrer les vestiges des luttes passées sous silence pour en montrer toutes les complexités.
Les survivants du Che / De Christophe Réveille / France / 1h34 / Festival de Cannes 2026 – Séance spéciale / Sortie le 9 septembre 2026.