
Qu’est-ce qu’un réalisateur culte ? Quelqu’un dont les films ont eu peu de succès mais dont quelques fans attendent la suite des productions avec impatience. Dans cette définition proposée par la protagoniste d’Autofiction, Pedro Almodóvar pose une question sous-jacente. Que pouvons-nous encore attendre de lui ? Au-delà de l’aspect particulièrement nombriliste de cette interrogation, le succès du réalisateur est solide, comme en témoigne la présence du film en compétition officielle à Cannes. L’inspiration, elle, se ferait plus rare, si bien que la réalité devient un étonnant objet d’intérêt, ou que le cinéaste ne pourrait filmer qu’à travers ses propres réminiscences.
Egotrip nostalgique
La démultiplication des narrations temporelles, les nombreux appels téléphoniques, les figures maternelles, les chambres d’hôpital ou les intérieurs aux couleurs bariolées… Rien ne manque au grand catalogue des obsessions esthétiques du cinéaste. Autofiction s’apparente à une longue promenade autour de clins d’œil et de références à l’ensemble de l’œuvre d’Almodóvar, mais aucun scénario solide n’est proposé en contrepartie.
Le mystérieux mal de tête de la protagoniste instaure pourtant un début prometteur, avec un certain suspense quant à l’issue de ce mal dont la fatalité était suggérée. Mais la crise d’angoisse débouche sur une crise de sens : dans les quêtes des personnages, mais aussi dans le regard d’un spectateur bien perdu. Les intrigues se multiplient, portées par des personnages aux départs précipités qui nous font peu à peu perdre le fil, sentiment qui peut paraître habituel chez le cinéaste, à l’exception qu’Autofiction n’offre pas de rebondissements jouissifs venant justifier un chaos prolongé. La tension entre fiction et réalité ne fonctionne pas puisque l’ensemble des intrigues se confondent dans cet imbroglio nombriliste. On peut néanmoins saluer les deux très belles scènes musicales : la scène du striptease sous fond de Grace Jones rappelle l’esthétique déjantée de la movida, et la reprise de la chanson La Llorana qui offre un moment de suspension.
Autofiction a la particularité d’interroger la notion de fin. Des fins prémonitoires que le cinéma annoncerait, des fins de vie ratées ou prématurées, de la fin d’une carrière, ou de la fin du film qu’on finit par attendre avec impatience. Si Almodóvar se compare à Bergman, Autofiction n’a pas la subtilité des Fraises sauvages. Là où Bergman faisait de la mémoire un vertige existentiel, Almodóvar semble ici résolument prisonnier de ses propres motifs…
Autofiction / De Pedro Almodovar / Avec Bárbara Lennie, Leonardo Sbaraglia, Aitana Sánchez-Gijón / 1h51 / Espagne / Festival de Cannes 2026 – Compétition officielle.