Hope

Festival de Cannes 2026

© Universal Pictures France

La première partie de Hope s’avère assez sidérante. Dans un cadre de blockbuster, Na Hong-jin travaille un registre quasi-burlesque. Son protagoniste est complètement dépassée par une situation hors du commun. Hope est une ode au grotesque. Plus le cinéaste en donne, plus le spectateur en demande. 

Le monstre est invisible mais les conséquences de son passage sont bien réelles. Chaque nouveau décor rivalise avec le précédent : tout se joue sur une échelle gigantesque. Le réalisateur éventre son image et nous laisse pénétrer dans ces tunnels ; vraie idée scénique pour travailler la notion suspens. Le film parvient à manier deux tonalités qui se complètent parfaitement : d’un coté, un investissement total du cinéaste et de sa caméra ; de l’autre, une distance, un second degré permanent. Na Hong-jin maîtrise parfaitement le chaos. 

Mais en cherchant la petite bête, il finit par la trouver. Hope aurait pu rester un film de monstre génial, sans monstre. Une œuvre bordélique et comique, avec une trajectoire absurde et, pourtant, une exécution très concrète. C’est ce contraste entre esthétique du trop-plein et du vide qui attire : le décor éclaté sur les bords du cadre mais vacant en son centre. Les codes du film de genre dispatchés de toute part et, au milieu, l’absence. Une œuvre sur les conséquences et non sur l’événement. Un film d’action constamment coincé dans le moment de post-action : réjouissant ! 

Mais, peut-être par excès de générosité, Na Hong-jin finit par trop montrer. L’aspect bricolé du décor fonctionnait car ce qu’on voyait sa destruction. Et le réalisateur semble plus doué pour filmer ce qui ravagé que ce qui est complet : la carcasse du monstre est crédible, tandis que son corps en mouvement peine à convaincre. 

Alors que la mise en scène frappe au début par sa vigueur et sa vitesse : les travellings frôlent le bitume pour s’élancer avec les véhicules : en avant, en arrière et… en avant encore ; elle perd de son intensité à force de répétitions. Plus Na Hong-jin rempli son film – de nouveaux protagonistes, antagonistes et lieux – plus sa narration s’étiole. Elle finit par devenir tellement ténue qu’on ne peut plus s’y intéresser, s’y accrocher. Or si le cinéaste propose dans la deuxième partie un renouvellement du mode de déplacement et de ses mouvements – cheval VS voiture – sa façon de les filmer reste la même. Ces allers-retours permanents cessent d’impressionner car ils ne surprennent plus. Et Hope qui avait si bien commencé s’achève laborieusement sur une course-poursuite interminable : voilà nos espoirs bien insatisfaits…

Hope / de Na Hong-jin / Avec Jung-Min Hwang, In-sung Zo, Jung Ho-Yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander / 2h40 / Corée du Sud / Festival de Cannes 2026 – Compétition officielle.

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Auteur : Chloé Caye

Rédactrice en chef : cayechlo@gmail.com ; 0630953176

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