L’Être aimé

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Désert. Le prochain film du grand réalisateur Esteban Martinez s’intéresse à la colonisation du Sahara par les Espagnols dans les années 30, puis à leur retrait brutal de ce territoire, abandonné sans gouvernance. Pour interpréter le premier rôle féminin, qui de mieux qu’Emilia :  sa propre fille qu’il n’a pas vue depuis 13 ans. La carrière d’actrice de celle-ci en est à ses débuts fragiles, et la figure paternelle s’impose comme salvatrice. 

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Fjord

Festival de Cannes 2026

© Le Pacte

Pour le spectateur inattentif qui n’aurait pas compris au titre la migration du cinéma de Cristian Mungiu vers la Norvège, Fjord s’ouvre sur un fjord. Sur un paysage excédant de pittoresque, l’image d’épinale, que très élégamment le montage recolore, en y accolant Amazing grace, cantique chrétien anglo-saxon. Une image comme un trait d’ironie, signalant le leurre possible derrière ce qui avoisine – avec la Suisse – le paradis terrestre pour tout libéral européen, mais surtout qui conjugue déjà, autant qu’il confronte, deux imaginaires, deux mondes aux valeurs structurantes qui divergent. Une image illustrant concisément la préoccupation devenue semble-t-il prédominante chez Mungiu depuis le percutant R.M.N. (2022) : la possibilité de la communauté, nationale ou européenne, en dépit du multiple, de la diversité culturelle. R.M.N. que le jury cannois, il y a quatre ans, avait injustement boudé ; injustice que la palme d’or de cette année, moins méritée peut-être, permet tout de même de corriger.

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Autofiction

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Pathé Films

Qu’est-ce qu’un réalisateur culte ? Quelqu’un dont les films ont eu peu de succès mais dont quelques fans attendent la suite des productions avec impatience. Dans cette définition proposée par la protagoniste d’Autofiction, Pedro Almodóvar pose une question sous-jacente. Que pouvons-nous encore attendre de lui ? Au-delà de l’aspect particulièrement nombriliste de cette interrogation, le succès du réalisateur est solide, comme en témoigne la présence du film en compétition officielle à Cannes. L’inspiration, elle, se ferait plus rare, si bien que la réalité devient un étonnant objet d’intérêt, ou que le cinéaste ne pourrait filmer qu’à travers ses propres réminiscences.  

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Notre Salut

Festival de Cannes 2026

© Condor Distribution

Après Rien à foutre, Emmanuel Marre reprend une esthétique et un style de dialogue similaires, mais les applique plus méthodiquement à un sujet aux enjeux immenses.

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Fatherland

Festival de Cannes 2026

© Agata Grzybowska

Est-ce que Pawel Pawlikowski sait cadrer ? Oui. Est-ce que ça suffit ? Non.

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Paper Tiger

Festival de Cannes 2026

© SND

À l’image du personnage de Scarlett Johansson, soudain aveuglé par un éclat de soleil jusqu’à provoquer l’accident, James Gray semble ici ébloui par la lumière même de son propre cinéma. Non plus cette clarté qui révélait les failles morales de ses personnages, mais une lueur rétrospective tournée vers ses propres images, ses propres mythes, ses propres ruines. De cet aveuglement ne naît pas un accident, seulement quelque chose de plus insidieux, un film qui avance comme s’il connaissait déjà chacun de ses mouvements, engoncé dans une trajectoire trop balisée pour encore dévier vers l’inconnu. Tout est encore là : la fraternité sacrificielle, les spectres du Nouvel Hollywood, la violence comme maladie héréditaire du rêve américain, mais tout semble désormais rejoué depuis un lieu muséal. 

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Rencontre avec Koji Fukada

Festival de Cannes 2026

© Culture aux Trousses

Cette année, c’est la première fois depuis 25 ans que trois cinéastes japonais sont en compétition pour la Palme d’or au Festival de Cannes. Que représente pour vous cette présence exceptionnelle du cinéma japonais ? De quoi cette triple sélection nippone en compétition témoigne-t-elle ?  

C’est évidemment une grande joie d’être sélectionnée à Cannes. Mais dans les grands festivals internationaux, une sélection relève aussi d’une forme de conjonction entre le hasard et le bon moment. Que ce soit Hirokazu Kore-eda, Ryūsuke Hamaguchi ou moi-même, nous avons déjà eu l’occasion de faire nos preuves auparavant. Cette présence importante du cinéma japonais en compétition témoigne sans doute de cette rencontre entre des trajectoires individuelles.

Le cinéma japonais est porté par une histoire extrêmement riche, par une tradition et un âge d’or dont nous sommes, d’une certaine manière, les héritiers. Kore-eda et Hamaguchi incarnent eux aussi cet héritage tout en l’inscrivant dans une continuité contemporaine. Quant à notre place dans l’industrie, il est vrai que nous appartenons probablement à un même milieu de cinéastes dont les œuvres circulent régulièrement dans les grands festivals internationaux. Si nous partageons peut-être une sensibilité commune, nos films demeurent profondément différents et chacun de nos films possède son langage, son rythme et son regard propre. 

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Histoires parallèles

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Carole Bethuel

« Et ce roman de merde, là, tu veux savoir ce que j’en pense ? » Au sortir du visionnage d’Histoires parallèles, nous pourrions être tentés de reprendre à notre compte cette invective que Théo (Pierre Niney) adresse à Adam (Adam Bessa). Le dit « roman de merde », c’est celui de Sylvie (Isabelle Huppert), une autrice en bout de course qui a imaginé la vie de ses voisins en les espionnant avec un télescope, comme le faisait James Stewart dans Fenêtre sur cour. Depuis son appartement du Boulevard Saint-Martin, cette version wish de Marguerite Duras (avec la verve, les clopes, l’alcool et tutti quanti) fait des trois bruiteurs qui travaillent en face les personnages d’un roman censé être dramatique et sulfureux. Comme l’annonce (pas très) subtilement le titre, deux histoires se jouent parallèlement et successivement dans le film : celle qui appartient à la fiction et celle qui appartient au réel. Entre elles deux, un fossé – ou plutôt un boulevard – bientôt comblé par l’intervention d’Adam, le nouvel assistant de l’écrivaine, qui prend le roman de celle-ci pour la réalité et développe une fascination inquiétante pour Nita (Virginie Efira).

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Quelques jours à Nagi

Festival de Cannes 2026

© 2026 Nagi Notes Film Partners / Survivance / Momo Film Co.


Dans son précédent long-métrage Love on Trial, Koji Fukada mettait en scène des idoles japonaises contraintes, par contrat, de réprimer leurs émotions sous peine de perdre leur statut. Il semble que cette charte, Koji Fukada se la soit lui-même imposer dans sa nouvelle réalisation tant le moindre frémissement sentimental y est aussitôt étouffé, contenu dans une mise en scène qui refuse obstinément toute effusion et préfère distiller les effets mélodramatiques çà et là, par petites touches sensibles.

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Le son des souvenirs

Actuellement au cinéma

© Universal Pictures

Chaque décennie environ, Hollywood se réinvente par ses acteurs stars. Sang neuf, les nouvelles têtes d’affiches servent autant à remplir les salles qu’à recevoir des prix en arborant fièrement les vêtements d’une marque de luxe. Josh O’Connor et Paul Mescal, les deux stars qui nous intéressent ici, sont arrivés au bon moment. Propulsés tous deux du petit au grand écran, ils portent de rôle en rôle, de modestes en grandes productions, une image de marque. Celle d’une masculinité fragile, d’un corps rocailleux et athlétique mais cachant fissures et blessures en tout genre. Du rôle le plus réussi, The Mastermind, en passant par le pire, Hamnet, leurs visages inondent les rues, les gares et les téléphones. Leur confrontation était alors tout attendue. Confrontation ? Non, plutôt leur fusion, le frôlement de leurs deux images. Car ici, dans Le son des souvenirs, la confrontation s’évite. Hors de question de créer une guerre d’ego à la Belmondo-Delon, Stallone-Lundgren, ou, son autre variante, Stallone-Russell. L’un chante (Paul Mescal), l’autre compose (Josh O’Connor). Ils se rencontrent à l’aube de la Première Guerre mondiale sur les bancs de l’école de musique et, très rapidement, débute une passion intermittente et interrompue par les affres de l’Histoire.

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