Rencontre avec Arnaud Toulon

© Culture aux Trousses

Avec Adieu monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry, deux adolescents en rupture avec le monde se réfugient dans une chambre hors du temps, à l’écart du réel. Nourri de Truffaut, de Guy Gilles et du cinéma muet, le film assume un romanesque à contre-courant porté par une mise en scène mélancolique et la sublime partition d’Arnaud Toulon. Déjà récompensé du César du meilleur compositeur pour Arco d’Ugo Bienvenu, Toulon creuse ici un sillon qu’il avait commencé à tracer dans le précédent film. À savoir, une musique qui assume la mélodie, les thèmes et une écriture orchestrale. À rebours des partitions contemporaines souvent minimalistes, il revendique une musique expressive et pleinement assumée qui participe à l’anachronisme envoûtant du film.  

Comment est né le thème principal du film ? Est-ce une idée qui s’est imposée rapidement ou le fruit d’une recherche au long cours ? 

Le thème principal a été particulièrement long à trouver. Félix [De Givry] a beaucoup expérimenté pendant le montage et chacun des envois musicaux que je lui faisais contribuait à faire émerger de nouvelles pistes narratives. Nous avons longtemps cherché la grammaire musicale du film, les moments où la musique devait intervenir et la place qu’on voulait lui donner. Félix savait dès le départ qu’il y aurait un thème récurrent et nous avions l’intuition qu’il fallait trouver une écriture suffisamment syncrétique pour circuler dans les différents régimes du film entre le polar, le romantisme et le thriller.

Mes premiers essais penchaient toutefois trop nettement vers le polar et pas suffisamment vers la romance. Celui qui a émergé est apparu assez soudainement, après une période où j’étais vacances pour prendre de la distance avec le film. À mon retour, il s’est imposé alors que nous avions précisément décidé d’alléger le ton, de l’éclaircir et d’y faire entrer davantage de lumière.

La musique a-t-elle été composé une fois le film tourné, ou aviez-vous déjà commencé à travailler à partir du scénario ? 

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Rencontre avec Bruno Santamaría Razo

© Kiryl Synkou

Lorsque le film débute, on a l’impression d’être face à une fiction. Ce n’est que plus tard qu’on découvre une deuxième partie documentaire. Pourquoi avoir voulu mêler ces deux genres ?

Le projet a débuté pendant la pandémie en 2020. J’étais enfermé chez moi, et j’avais soudainement très peur de mourir. Ça m’a renvoyé à ce diagnostique de séropositivité de mon père, quand j’étais enfant. Au départ, j’ai construit le film comme un documentaire : j’ai interviewé et filmé mes parents, ma famille. Mais cette démarche n’a apporté que plus de confusion : je n’avais pas réellement les réponses à mes questions, et je n’arrivais pas à faire exister mes souvenirs au sein des leurs. Il a donc fallu dépasser la réalité ; la fiction est apparu comme un moyen de combler les trous. Avec cet espace frictionnel, je pouvais mettre en scène mes souvenirs, les lier aux réponses de mes parents et ainsi tisser des ponts entre les deux.

Les scènes de fiction ne servent pas seulement d’illustration aux passages documentaire, on sent une réelle liberté dans leur mise en scène...

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Notre Salut

Festival de Cannes 2026

© Condor Distribution

Après Rien à foutre, Emmanuel Marre reprend une esthétique et un style de dialogue similaires, mais les applique plus méthodiquement à un sujet aux enjeux immenses.

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La Gradiva

Festival de Cannes 2026

© Tandem

Gradiva c’est le nom d’une nouvelle de Wilhelm Jensen, parue en 1903. Son titre désigne « celle qui marche ». L’auteur y raconte l’histoire d’une femme illustrée sur un bas relief présenté dans un musée et dont un archéologue allemand effectuera un moulage afin de le conserver dans son bureau. Faisant d’étranges rêves depuis l’acquisition de la figure féminine, l’archéologue se voit à Pompei au moment de l’éruption du Vésuve. Dans son songe, il aperçoit Gradiva mais ne parvient pas à l’alerter du danger.

L’ouvrage de Jensen s’inscrit dans la postérité notamment par le biais de Freud, qui en publia une étude : « Le délire et les rêves dans La Gradiva de W. Jensen ». Dans cet essai, Freud démontre l’importance des rêves dans la psychanalyse. 

On retrouve dans le film de Marine Atlan de nombreux éléments qui font écho à cette matière – tant littéraire que psychanalytique – originelle. 

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Du fioul dans les artères

Festival de Cannes 2026

© Pan Distribution

Du fioul dans les artères nous invite à voyager d’autoroute en autoroute, d’entrepôt en entrepôt, de cabine en cabine. La caméra de Pierre LeGall est toujours en mouvement : soit portée, lorsqu’elle suit les personnages à pied, soit sous forme de travellings quand elle observe les chargements ou qu’elle remonte la route à côté des camions. Cette mouvance constante, qui peut décontenancer au début – elle provoque comme un léger mal de cœur en transport – prend une tournure routinière pour le spectateur. La caméra devient son véhicule, à l’image des allers-retours quotidiens des personnages. Le format choisit – le scope – donne aussi cette impulsion du mouvement latéral ; nos yeux se promènent de gauche à droite, de droite à gauche. Mais pour aller où ?

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La Frappe

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

La Frappe. C’est le titre du premier long-métrage de Julien Gaspar-Oliveri, et la sensation qu’on a en le voyant. Un coup sec, maîtrisé, efficace. 

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Left-Handed Girl

Actuellement au cinéma

© Le Pacte

« Cet endroit est magique. » Ce sont les premiers mots prononcés par I-Jing, cinq ans, qui contemple le paysage au travers de son kaléidoscope, assise à l’avant de la voiture qui les conduit elle, sa grande sœur, I-Ann, et leur mère, Shu-Fen, à Taipei après des années d’absence. Dans cette affirmation résonnent également les intentions de Shih-Ching Tsou, la réalisatrice de Left-Handed Girl : faire droit à l’émerveillement propre au regard de l’enfant qu’elle fut autrefois à Taïwan, avant son exil aux États-Unis. En un sens, ce premier long-métrage signé de son seul nom constitue l’envers de Take Out (2004), co-réalisé avec Sean Baker, qui dépeignait la lutte d’immigrants chinois piégés dans l’enfer du rêve américain, que venait redoubler une image brute et délavée. Ici, la cinéaste filme le retour à domicile d’une famille d’expatriées s’apprêtant à redémarrer en bas de l’échelle, en la scrutant par la lorgnette enchanteresse du souvenir.

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Baby

Actuellement au cinéma

© CUP FILMES

Baby aurait de quoi horripiler. Ses plans urbains, déambulatoires, dans une Sao Paulo décrépie, ses couleurs pétulantes et sa mélancolie vague peinent à le débarrasser, dans notre esprit, des références qui le recouvrent. Certains films témoignent moins d’un regard que d’une filmographie. Quand toutefois cette filmographie, soit les référents filmiques, traduit un rapport au monde, on dit le film postmoderne. Quand la filmographie manque de se réfléchir, on le dit maniériste. Force est de constater que Baby porte un peu de maniérisme en lui.

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Julie se tait

Actuellement au cinéma

© Nicolas Karakatsanis

Julie s’est faite agresser, mais elle se tait. Même lorsque son entraîneur est suspendu, qu’elle est assurée de ne plus le revoir, elle préfère garder son histoire pour elle. Alors elle s’enferme, avant de peu à peu s’ouvrir aux autres. Julie se tait est le récit de cette lente progression vers la lumière, d’un combat intérieur qui nous sera accessible par bribes.

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Sleep

Actuellement au cinéma

© The Jokers Films

“Quelqu’un est entré”, murmure d’une voix rauque le somnambule Hyun-Soo, sous le regard effrayé de sa femme enceinte, Soo-Jin. Point de départ de Sleep, cette réplique a priori banale, maintes fois ressassée jusqu’à devenir un trope comme un autre au sein du cinéma d’horreur, récupère ici de sa terreur originelle. Jason Yu, dont c’est le premier film, impose ce renouvellement par une subtile entorse au code établi : l’infraction mentionnée n’est pas en cours mais survient dans les secondes qui suivent, comme pressentie par le mari inconscient. De cette scène inaugurale glaçante découle la belle promesse de Sleep. Et si l’inquiétude ne se logeait plus dans une menace extérieure mais au sein-même du foyer, au cœur de l’être aimé qu’on pensait tant connaître ? 

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