Adolescentes

Actuellement au cinéma

Emma et Anaïs, deux adolescentes suivies pendant cinq ans par la caméra de Sébastien Lifshitz ©Ad Vitam

Un effet documentaire émane généralement des fictions les plus réalistes, dont les scènes captent le quotidien dans toute sa nudité. Adolescentes propose, pour une fois, l’opération inverse : documentaire de bout en bout, le film donne l’impression d’assister à de vrais moments de fiction tant ses dialogues, sa trajectoire et les rebondissements nourrissent un matériau considérablement romanesque.

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Dans un jardin qu’on dirait éternel

Actuellement au cinéma

Kirin Kiki dans son dernier rôle ©Art House

Deux aspects du Japon coexistent et cohabitent en ce moment dans les salles de cinéma. Avec Family Romance, LLC, Werner Herzog montre le règne de l’illusion et du faux-semblant dans un pays ultramoderne. Tatsushi Omori propose une vision opposée dans Un jardin qu’on dirait éternel : il place au centre de son récit la vérité de l’instant par la pratique d’une coutume ancestrale, la cérémonie du thé.

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Never Rarely Sometimes Always

Actuellement au cinéma

Sidney Flanigan et Talia Ryder ©2020 Focus Features, LLC. All Rights Reserved

En Pennsylvanie, l’avortement des mineures ne peut pas avoir lieu sans l’aval des parents. Lorsqu’Autumn, 17 ans, découvre qu’elle est enceinte, elle n’a d’autre choix que de quitter sa région natale pour rejoindre New York où l’opération semble moins contraignante.

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Family Romance, LLC

Actuellement au cinéma

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Ishii Yuichi et Mahiro Tanimoto © Nour Films

Lorsqu’on associe Werner Herzog et le Japon, ce sont des images de Tokyo-Ga (Wim Wenders, 1985) qui viennent en tête. En haut d’un gratte-ciel, le cinéaste allemand palabrait sur la nécessité de rechercher de nouvelles images, pures et absolues, capables de raconter le temps présent. Il faudrait, avançait-il, se tourner vers d’autres planètes pour parvenir à filmer des territoires vierges et obtenir une image à la vérité transparente. Cet idéal semble bien loin du projet de Family Romance, LLC, tant le film s’attache à montrer la facticité des relations sociales et la modernité de la vie urbaine japonaise.

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White Riot

Actuellement au cinéma

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Le punk contre le racisme ©The Jokers / Les Bookmakers

« Sous l’Union Jack, il y avait une croix gammée. » C’est avec cette formule lapidaire que Red Saunders, co-fondateur du mouvement Rock Against Racism, résume la situation politique de l’Angleterre en 1976. Le documentaire White Riot, dont le titre est emprunté à une chanson des Clash, raconte l’aventure d’un groupe de militants décidé à réagir contre le succès grandissant de l’extrême droite. Leurs armes sont simples et efficaces : les mots et la musique, pour s’unir contre un ennemi commun nommé l’intolérance.

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Hotel by the river

Au cinéma le 29 juillet 2020

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Ki Joo-bong, Kim Min-Hee et Song Seon-mi ©2018 Jeonwonsa Film Co.

Un poète passe un séjour de longue durée dans un hôtel. On pourrait croire qu’il est ici pour trouver l’inspiration, d’autant plus que l’étendue enneigée qui encercle le bâtiment est propice au calme et au travail, ressemblant à une page blanche. En réalité, cet homme attend ses deux fils car il sent la fin de sa vie approcher.

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Rencontre avec : Rodrigo Sorogoyen

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Rodrigo Sorogoyen à Paris, le 15 juillet 2020 ©Victorien Daoût

Rodrigo Sorogoyen fait partie des nouveaux grands cinéastes espagnols. Après le polar Que Dios nos perdone (2016) et le thriller politique El Reino (2018), il revient demain au cinéma avec Madre, un drame dans lequel une femme dont l’enfant a disparu se lie à un adolescent, qui pourrait avoir l’âge son fils. Rencontre.

Madre est le prolongement d’un court-métrage que vous avez réalisé en 2017. Comment s’est passé le travail d’adaptation ?

Pour moi, ce n’est pas vraiment une adaptation. Le court-métrage a donné la première scène du film, et j’ai imaginé de manière tout à fait libre ce qui pouvait se passer dix ans plus tard. C’est un scénario original, et le court-métrage n’est que le point de départ. Mais c’est drôle car cette année, aux Goyas [l’équivalent des César en Espagne, ndlr], on s’est retrouvé dans la catégorie du meilleur scénario adapté. Nous avons soutenu qu’il s’agissait d’une œuvre originale, mais le règlement des Goyas stipule que si on se base sur un matériau préexistant, on fait partie de la catégorie des adaptations.

La comédienne Marta Nieto jouait déjà dans le court-métrage. A-t-elle participé au développement de Madre ? 

Elle n’a pas participé à l’écriture du scénario. Avant de lui proposer le rôle, j’avais vu en elle quelque chose de très intéressant. Elle pouvait apporter sa force, sa sensibilité et son expérience. Quand on a fait le court-métrage, elle ressemblait au personnage, étant célibataire et mère d’un enfant de six ans. Elle n’avait donc qu’à imaginer comment elle se serait comportée, sans avoir à composer un personnage. Le court-métrage est très intense, mais il a été, pour elle, plus facile que le film, qui demandait une vraie composition. Jamais elle n’a eu à vivre ce que ressent son personnage. 

Vos trois derniers films sont de genre très différents : polar, thriller politique, drame personnel. Est-ce que vous pensez vos films en terme de genre ? Qu’est-ce que cela implique dans votre travail ?

Je crois que cela implique que je veux chercher tout le temps, je veux changer tout le temps. Sinon, je me lasse. En fait, je m’ennuie devant les films des réalisateurs qui ne se renouvellent pas. C’est comme un journaliste qui me poserait toujours la même question, on finirait par ne plus parler de rien. Je ne veux pas que le spectateur attende de moi le même film à chaque fois. En Espagne, El Reino a été un grand succès, et plein de personnes sont passées à côté de Madre. Mais ce que je veux surtout éviter, c’est la répétition.

Dès le début du projet, avez-vous tout de suite su que vous alliez faire un drame, ou avez-vous pensé à faire un thriller ?

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Madre

Au cinéma le 22 juillet 2020

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Jules Porier et Marta Nieto ©Manolo Pavón

Ecrivons-le d’emblée, la séquence d’ouverture de Madre est l’une des plus impressionnantes vues depuis un long moment sur grand écran. Une femme, un appartement, un coup de téléphone, le tout filmé en un seul plan-séquence : Elena (Marta Nieto), madrilène, se rend compte que son fils de six ans se trouve tout seul sur une plage à des milliers de kilomètres, où il passe des vacances dans les Landes avec son père. Il a peur, le téléphone menace de se décharger et un inconnu s’approche. Nous assistons, aussi impuissants qu’Elena, à la disparition hors-champ du garçon. Le suspense est haletant, l’émotion est rare. Un grand moment de cinéma.

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La Nuit venue

Au cinéma le 15 juillet 2020

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Guang Huo et Camélia Jordana ©Jour2fête

Signe d’un changement contemporain, les films de taxis sont devenus des films de VTC. Les réalisateurs s’attacheraient, désormais, non plus à faire le portrait d’une ville à travers une multiplicité de rencontres, mais à constater la situation précaire des chauffeurs privés. C’est le cas de Frédéric Farrucci dont le premier film, La Nuit venue, raconte le destin d’un conducteur chinois sans papiers.

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Rencontre avec : Amin Sidi-Boumédiène

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Amin Sidi-Boumédiène (à droite) sur le tournage d’Abou Leila, avec le chef opérateur Kanamé Onoyama ©Thomas Burgess

Remarqué à la Semaine de la critique au festival de Cannes 2019, son premier film Abou Leila sort aujourd’hui au cinéma. Il évoque, à travers un récit labyrinthique, la sombre décennie 1990 traversée par l’Algérie à cause du terrorisme. Rencontre avec le réalisateur Amin Sidi-Boumédiène.

D’où vient votre désir de devenir réalisateur ?

J’avais un grand frère passionné par le cinéma. Il n’était peut-être pas un grand cinéphile, parce ce que c’était difficile de l’être en Algérie dans les années 1990, et on avait peu accès aux films assez pointus. Ma cinéphilie s’est surtout faite avec des films américains qui passaient à la télévision. Je me souviens d’avoir eu, à un moment donné, Canal+ en piraté, alors j’en ai profité pour regarder tout ce qui passait. Je pense que cela a joué. Très vite, j’ai voulu en faire ma vie, mais j’avais un peu peur de me lancer. Je suis allé à Paris, j’ai commencé des études de chimie, puis j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai tout abandonné pour me lancer dans le cinéma.

Abou Leila est un film qui se déroule dans les années 1990, une période que vous avez vécu en tant qu’adolescent. Avez-vous puisé dans des souvenirs concrets ou plutôt dans des impressions ?

Il y a les deux, mais surtout des souvenirs d’émotions, de sensations, de peurs. J’avais envie de restituer des sentiments plutôt que des faits. Je voulais éviter la reconstitution parce que j’avais précisément entre 10 et 20 ans, et quand on est adolescent on ne comprend les choses que plus tard, avec le temps qui passe, donc ce sont plutôt des sensations qui vous habitent. Un sentiment de cauchemar qui ne s’arrêtera jamais, de confusion totale, beaucoup de difficultés à comprendre d’où vient le danger, irruption de la violence soudaine et qui augmentait avec le temps jusqu’à atteindre une sauvagerie inimaginable…

Le film répond avant tout à un besoin personnel ?

Oui, complètement. J’ai d’ailleurs mis beaucoup de choses personnelles dans le film, mais on peut difficilement deviner lesquelles. Elles n’ont pas forcément à voir avec le terrorisme, mais elles sont liées à cette période. La violence prend plusieurs formes. Ce sont des éléments personnels dont j’ai décidé de ne jamais parler, et de toutes façons, ça tient de la psychanalyse !

Faire un film, c’est peut-être une forme de psychanalyse !

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