Festival de Cannes 2022

75e édition

Sans Filtre © Plattform-Produktion

Les journalistes sur place l’ont assez répété : malgré une compétition de bon niveau cette année, aucun film ne s’est réellement détaché dans la course à la Palme. Pas vraiment de chef d’œuvre donc, ni de palme évidente au rendez-vous, mais de belles émotions tout de même et de l’incompréhension, aussi, suite à l’annonce du palmarès qui ne nous a pas pleinement satisfaits. Contrairement à une grande partie de la presse, ce n’est pas devant Sans filtre (Triangle of Sadness) et sa palme d’or que l’on s’est étranglé. On a même beaucoup jubilé devant cette nouvelle satire de Ruben Östlund où un couple de mannequins-influenceurs en croisière sur un yacht voit son luxe propret et confortable voler en éclats. Sur le bateau, tout déborde, tout explose dans un chaos où l’on vomit et où l’on fait vomir le capitalisme. Il est par ailleurs assez ironique que le festival ait choisi de récompenser un film qui en reflète certains de ses aspects, tels que le culte des apparences et les différences de classe. En somme, peut-être est-ce moins le cynisme du film qui dérange ses détracteurs que le miroir qu’il tend à nos viles hypocrisies.

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L’Histoire de ma femme

Au cinéma le 16 mars 2022

Gijs Naber et Léa Seydoux © Pyramide Films

« Femme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes », eût pu tout aussi bien écrire Baudelaire dans son poème L’Homme et la mer. Cette vérité, le capitaine Jakob Storr la découvrira tout au long de ses années de mariage et au-delà, sans jamais parvenir à la conjurer. L’Histoire de ma femme est une histoire d’abîmes, une histoire trouée, fruit du regard d’un mari qui, à l’image de ces vues à travers des hublots, semble poser un cache sur le réel.

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Rencontre avec : Louis Garrel et Laetitia Casta

Louis Garrel et Laetitia Casta dans La Croisade. ©Shanna Besson – Why Not Productions

Laetitia Casta et Louis Garrel incarnent à l’écran un couple proche de celui qu’ils forment dans la vie. Dans La Croisade, joyeuse comédie utopiste en salles depuis hier, leurs personnages se retrouvent confrontés à l’engagement écologique de leur fils : il a vendu les objets de valeur de ses parents pour mener à bien un projet collectif qui vise à lutter contre le réchauffement climatique. Discussion autour de ce film qui ose aller au bout de son idée, et d’un fossé entre deux générations.

La Croisade a été présenté au festival de Cannes dans une nouvelle section dédiée à l’écologie. Cet engagement était-il à l’origine de votre propos ?

Louis Garrel : Faire des films militants n’est pas mon cheval de bataille. C’est Jean-Claude Carrière qui m’a dit un jour : « J’ai écrit une scène d’ouverture, dis-moi ce que tu en penses. » J’ai trouvé la scène brillante, c’est la première que l’on voit dans le film. À la fin de la scène arrive le thème : des enfants qui se passionnent pour le changement climatique. J’ai rétorqué à Jean-Claude : « Mais c’est faux ! Des enfants qui tout à coup penseraient à l’écologie, ça n’existe pas. C’est une invention de scénariste. » J’en ai parlé autour de moi, mes amis trouvaient aussi l’idée gênante, on n’y croyait pas. Dans son coin, Jean-Claude a continué à travailler le scénario et, un jour, on a entendu parler de Greta Thunberg. Elle a fait la grève puis 500 000 enfants se sont mobilisés dans un même mouvement. Incroyable. Ce qui est fou, c’est qu’aujourd’hui tout le monde dira « évidemment que les enfants sont impliqués », ce qui n’était pas du tout le cas il y a trois ans !

Laetitia Casta : C’est un sujet qui obsédait Jean-Claude à la fin de sa vie, une vraie conviction. Louis n’est pas lui-même engagé et j’aime beaucoup la fusion d’écriture qui s’est produite entre eux. Avec d’un côté Louis très romantique et de l’autre Jean-Claude très terre à terre.

La Croisade aurait pu être un film d’anticipation, mais c’est devenu une comédie d’actualité.

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J’accuse

Au cinéma le 13 novembre 2019

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Jean Dujardin, sobre et juste dans le rôle du colonel qui contribua à faire innocenter Alfred Dreyfus ©Guy Ferrandis / Gaumont

Humilié devant ses confrères de l’armée, le capitaine Alfred Dreyfus, tremblant de déshonneur, est dégradé. C’est la première séquence du film, plongée dans un Paris grisâtre, où l’austérité la plus sèche de l’univers militaire règne sur tous les visages stricts. Cette destitution n’est pas la conclusion mais le coup d’envoi de l’affaire Dreyfus, dont les multiples rebondissements forment un matériau historique et romanesque inouï : pendant douze ans (1894-1906), la France s’est déchirée autour de cette injustice derrière laquelle se cache un antisémitisme généralisé.

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