Les Amandiers

Actuellement au cinéma

© Ad Vitam

Le film s’ouvre sur une femme étranglée par un homme. Les insultes, menaces, déclarations d’amour pervers fusent, et entre les explosions de larmes et de cris s’intercalent, impitoyablement silencieux, les visages du jury. Nous sommes au concours d’entrée des Amandiers, Graal de tous les jeunes comédiens d’Europe, école que Valeria Bruni-Tedeschi a autrefois fréquenté et à laquelle elle rend ici hommage, à mi-chemin entre le souvenir fiévreux et la fiction.

« Si tu as honte, c’est bien. Ça veut dire que tu te dévoiles » assure Adèle (Clara Bretheau), déterminée à réussir coûte-que-coûte, à Stella (Nadia Tereszkiewicz), qui est persuadée d’avoir ratée, malmenée par le jury pour s’être dénudée sur scène. Toutes les stratégies sont bonnes, et la magistrale séquence d’introduction présente chaque personnage à travers leur audace, leur folie et -surtout- leur fragilité. C’est, entres autres, Victor (Vassili Schneider) qui se couvre de sang et bouscule un des membres du jury ; ou alors Franck (Noham Edje) qui n’hésite pas à utiliser comme argument sa précarité et sa femme enceinte. Qu’à cela ne tienne : pour ces enfants terribles, l’entrée aux Amandiers est la promesse d’un triomphe sur les planches comme dans la vie. Ils se heurteront aux rouages d’une école aussi névrosée avec pour fond tous les fléaux de la décennie, des piqûres d’héroïne à l’insidieux fantôme du SIDA.

Pour les Amandiers, la scène est le déferlement de toutes les passions, l’univers sans pitié d’un jeu à vif, la quête sans fin de l’émotion juste, peu importe le prix. Parce que tout repose sur les (frêles) épaules des comédiens, Valeria Bruni-Tedeschi se concentre sur leurs visages, tirés, aux grands yeux ouverts, là où se joue la véritable magie du théâtre. Le spectateur plonge alors dans ses faciès torturés, ses gros plans qui seraient outranciers si ce n’étaient le formidables talents des acteurs ainsi que la folle richesse des situations, parfois hilarantes, souvent déchirantes.

« Je suis un esprit trop libre et profond pour être enfermé » assure Étienne (Sofiane Bennacer), en transe, alors qu’il simule un suicide sur scène. Comment ces êtres alors débordant de vitalité peuvent-ils s’exprimer ensemble, dans un même espace claustrophobique où il faut sans cesse se prouver ? Rares sont les personnages à être statiques, au repos. Dans cet univers, le mouvement prime, avec ses rires, ses larmes, ses amours et ses chants. Le force de toute cette énergie est trop lourde. Alors les planches de la scène se fissurent et laissent déferler des émotions trop crues que même les professeurs, tout aussi perdus, ne peuvent contenir. 

Œuvre de jeunesse oblige, Les Amandiers effleure parfois un pathos facile et certains poncifs regrettables, tels la nécessaire playlist des années 80 ou alors la romance maudite entre les deux protagonistes, mais ce sans jamais empiéter sur le drame humain que nous présente Valeria Bruni-Tedeschi et sa troupe. Paradoxe : rarement le théâtre n’aura été aussi beau… au cinéma.

Les Amandiers / de Valeria Bruni-Tedeschi / avec Nadia Tereszkiewicz, Sofiane Bennacer, Louis Garrel / 2h05 / France / sortie le 16 novembre 2022.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :