Soudain

Actuellement au cinéma

© Cinefrance Studios / Diaphana Distribution

Avant toute chose, il y a l’adverbe soudain. Aussitôt prononcé qu’il nous échappe. Bref et imprévisible, c’est dans sa disparition qu’il se révèle. En somme, soudain c’est le Temps qui frappe. Ryusuke Hamaguchi, avec la patience d’un peintre, le traque jusque dans ses moindres retranchements. Sa caméra observe les fluctuations de lumière, les corps épuisés de Marie-Lou (Virginie Efira) et Mari (Tao Okamato) en constante lutte avec le présent qui les use. Leur rencontre a quelque chose de Rivette, de la légèreté du hasard. Elle se déroule sur les hauteurs d’une butte (celle du Chapeau-Rouge) d’où l’on voit l’étalement de la capitale et ses rues qu’elles arpenteront minutieusement, avec une précision de géographe. Tomoki, jeune homme atteint de trouble psychique, sert de relai aux deux femmes. Un soir, en rentrant du travail, Marie-Lou (directrice d’un EHPAD) s’abrite avec lui d’une pluie estivale sous les branches d’un arbre. Affolés, Mari (metteuse en scène) et Goro (comédien et grand-père de Tomoki) les retrouvent alors que la pluie se calme. Hamaguchi, en disposant ainsi arbitrairement Mari et Marie-Lou dans le même cadre, fait éclore un échange qui se poursuivra tout le long du film. Une discussion qui, comme tout grand dialogue, se meut en pensée ; permet de mieux voir et saisir le monde.

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L’Aventure rêvée

Actuellement au cinéma

© Haut et Court

Sous un doux soleil matinal, Said (Syuleyman Alilov Letifo) attend Veska (Yana Radeva), partie se doucher et s’habiller avant d’entamer une nouvelle journée de travail. Pudique, cet homme d’une cinquantaine d’années demeure nonchalamment devant la maison. Meinhard (Meinhard Neumann), lui aussi, était saisi d’un même état de présence. Après avoir été passé à tabac en pleine nuit, l’ouvrier allemand regagnait le cœur de la fête et reprenait lentement la danse. Un même flottement relie ces deux séquences, qui concluent respectivement L’aventure rêvée, le nouveau long métrage de Valeska Grisebach, et Western, son précédent film sorti en 2017. Pourtant, si leurs images semblent se répondre, elles obéissent à des logiques sensiblement différentes.

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La Dérive

Festival La Rochelle Cinéma 2026

© Succession Paula Delsol / Les Acacias

“J’ai drôlement faim.” La réplique, lancée nonchalamment par Jacquie (Jacqueline Vandal), assise sur un muret auprès de son amant Pierre (Pierre Barouh), cache sous son apparente banalité un incipit révélateur. D’appétit, il en sera souvent question dans La Dérive, premier long métrage de Paula Delsol, sorti en 1964. Il renvoie d’abord, quelques instants plus tard, au foyer familial et aux habitudes systémiques dont Jacquie cherche à s’affranchir, mais annonce aussi une faim plus fondamentale : celle du désir, sous ses multiples formes, qui traversera et structurera l’ensemble du film.

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La Détention

Festival de Cannes 2026

©  TS Productions

La Détention se présente comme une continuité de La Liberté (premier long-métrage de Guillaume Massart), tant dans la forme du titre que dans son thème. Deux films qui, partant de situations concrètes (le premier nous montre le déroulé d’une formation de surveillant pénitencier, le second explorait une île-prison) se veulent des études sur des concepts  : la détention et la liberté. Ici donc, c’est dans l’École Nationale d’administration pénitentiaire que le cinéaste a posé sa caméra. Dans l’enceinte de ces murs, Guillaume Massart se concentre sur une classe composée d’une dizaine de visages aux réactions aussi variées que leur nombre face à la découverte progressive de leur métier.

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Histoires parallèles

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Carole Bethuel

« Et ce roman de merde, là, tu veux savoir ce que j’en pense ? » Au sortir du visionnage d’Histoires parallèles, nous pourrions être tentés de reprendre à notre compte cette invective que Théo (Pierre Niney) adresse à Adam (Adam Bessa). Le dit « roman de merde », c’est celui de Sylvie (Isabelle Huppert), une autrice en bout de course qui a imaginé la vie de ses voisins en les espionnant avec un télescope, comme le faisait James Stewart dans Fenêtre sur cour. Depuis son appartement du Boulevard Saint-Martin, cette version wish de Marguerite Duras (avec la verve, les clopes, l’alcool et tutti quanti) fait des trois bruiteurs qui travaillent en face les personnages d’un roman censé être dramatique et sulfureux. Comme l’annonce (pas très) subtilement le titre, deux histoires se jouent parallèlement et successivement dans le film : celle qui appartient à la fiction et celle qui appartient au réel. Entre elles deux, un fossé – ou plutôt un boulevard – bientôt comblé par l’intervention d’Adam, le nouvel assistant de l’écrivaine, qui prend le roman de celle-ci pour la réalité et développe une fascination inquiétante pour Nita (Virginie Efira).

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Pédale rurale

Actuellement au cinéma

© Survivance

La solitude est-elle plus esthétique à la campagne ? Au bord des lacs ou dans les forêts, la confrontation avec l’altérité se fait moins fréquente, et la nature peut s’ériger en havre de paix. L’espace rural pourrait devenir ce terrain de jeu d’une marginalité fantasmée, à l’abri de la broyeuse capitaliste qu’est la ville… Pourtant, les marginalités, l’espace rural les additionne : celle du mode de vie s’ajoute à celle du territoire, qui rend aussi plus compliqué la naissance de communautés. Dans Des garçons de province (Gaël Lepingle, 2023), on assistait à plusieurs rencontres plus ou moins convaincantes entre des couples d’hommes. Le partenaire amoureux devient presque aléatoire, produit d’une nécessité née de la vacuité pesante du milieu. Pédale rurale s’intéresse précisément à la tension entre marginalité individuelle et expression collective, dans un environnement souvent idéalisé, ou au contraire, accusé d’hostilité. 

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La Tarentule au ventre noir

Disponible en 4K UHD et Blu-ray

© Carlotta Films

Du mondo au giallo, il n’y a qu’un pas et quelques lettres. Sous-genres majoritairement italiens, tous deux connaissent leur âge d’or dans les années 1960 puis 1970 et partagent un rapport complaisant à la mort, pensé pour nourrir les pulsions scopiques les plus diverses de leur public. Plus largement, ils s’inscrivent dans une logique de réemploi. Le premier se définit par l’utilisation d’images documentaires à des fins ouvertement sensationnalistes ; le second, pour sa part, se fonde sur un recyclage systématique de codes hyper-balisés – tueur ganté de cuir, échos expressionnistes, violence graphique, nudité, enquête policière – qu’il ne cesse de recomposer et de faire varier selon les attentes du marché et du spectateur.

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Oui

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.

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La Voie du serpent

Actuellement au cinéma

© Art House Films

Un bon remake réinvente, à défaut de reproduire. Ce mantra – appelez-le comme bon vous semble – encapsule autant une part de vérité qu’un état d’esprit quelque peu simpliste face à un exercice artistique complexe. En l’état, Le Convoi de la Peur de William Friedkin est autant réussi que le Godzilla de Roland Emmerich est raté, chacun traçant pourtant une voie différente des originaux dont ils s’inspirent. Réinventer est une chose, mais ne constitue certainement pas le gage d’un remake réussi. Que faire alors du second cas, plus complexe encore, des remakes qui reproduisent ?

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Le Rire et le Couteau

Actuellement au cinéma

© Météore Films

À l’aube du XXIe siècle, la représentation fictionnelle du néo-colonialisme est sujette à plusieurs biais. Un thriller farcesque et conradien dans un Tahiti anticipé (Pacifiction), un récit fleuve et romanesque dans l’Oklahoma des années 1920 (Killers of the Flower Moon), un drame atmosphérique à Madagascar au début des années 70 (L’Île rouge) : ces quelques essais récents partagent une tendance aux détours — qu’ils soient esthétiques, narratifs ou temporels — pour aborder la question. En bref, regarder le contemporain par l’ailleurs : un ailleurs situé dans le passé chez Scorsese et Campillo, ou au conditionnel chez Serra. C’est également dans cette forme conditionnelle que s’ancre, à première vue, Le Rire et le Couteau, nouveau long-métrage de Pedro Pinho, suivant Sergio, un jeune ingénieur portugais envoyé dans une ville fictive de Guinée-Bissau pour rédiger un rapport d’impact préalable à la construction d’une route traversant la région.

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