Le 7 mai dernier, Parlement a fait son retour sur la plateforme france.tv, avec la diffusion de sa dernière saison. La série franco-germano-belge offre un final à la hauteur de ce qu’elle a été jusqu’à présent : une satire grinçante à l’acuité politique sans pareille.
Beaucoup de films se plaisent à tromper le spectateur sur le programme qu’ils s’apprêtent à dérouler, mais Aimer perdre n’est pas de ceux-là, s’ouvrant à la faveur d’un long dézoom tourbillonnant et d’un titre pailleté, annonçant tous deux l’énergie d’une entreprise en marge. Cette belle introduction amorce surtout le point d’ancrage du dispositif esthétique, non pas vouée à tourner à vide autour d’une hystérie générale, mais centré sur une présence. Cette figure, monopolisant en gros plan les premières secondes du film, est Armande Pigeon, jeune Bruxelloise sans le sou, allant de galère en galère.
« L’art le plus noble est celui de rendre les autres heureux » s’exclame, devant un public restreint mais passionné, la diva Beluga (Fabrice Morio), maitre de proue du cabaret drag La Sirène à Barbe. Au cœur de la ville de Dieppe, ici perpétuellement nocturne, bordée par la mer où voguent des grands navires silencieux, le jeune Erwan (Victor Grillot) pêche seul et rêve de se vêtir d’écailles pour nager au large. Une volonté de transformation qui entre en écho avec le cabaret et sa troupe d’artistes, famille chaleureuse mais abîmée. Il n’appartient qu’à Erwan d’entrer sur scène à la dérobée, par les coulisses, pour découvrir ce monde de paillettes et de lumières fluos. Mouvement similaire aux réalisateurs Nicolas Bellenchombre et Arthur Delamotte, en admiration de ce milieu qu’ils cherchent à honorer par ce long-métrage entre le documentaire et le mélo. Une intention honorable mais perdue dans une exécution parasitée par la naïveté et l’amateurisme.
Le premier long métrage de Johanna Pykkö plonge le spectateur dans un thriller psychologique dont les codes esthétiques comme narratifs sont bien assimilés, sans pour autant susciter de surprise quant au retournement final, somme toute prévisible.
Sur le tournage de son documentaire précédent, M, Yolande Zauberman capte par hasard – presque par accident – deux jeunes femmes dans une rue. Son compagnon lui apprend que l’une d’entre elles est venue à pied de Gaza jusqu’à Tel Aviv, pour pouvoir vivre sa transexualité. Le film part d’une rumeur, d’une histoire qui porte en elle quelque chose de mystique: les protagonistes (des femmes trans) sont auréolées d’une lumière évanescente, pleine de strass, pareilles à des déesses. La cinéaste s’accroche à cette légende urbaine pour retrouver celle qu’elle nomme désormais la Belle de Gaza.
« On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans », disait Rimbaud. Le premier film de Michaël Dichter témoigne que l’on est sérieux avant. À treize ans, entre autres, quand on s’appelle Max, Vivian ou Tom, que l’on est en quatrième, et que l’on souhaite partir coûte que coûte en colonie de vacances, durant l’été, quitte à entreprendre un petit trafic de brownies illégal. En soi, ce n’est pas bien grave, ce ne sont que des mensonges enfantins.
« Un match de tennis c’est comme une relation », affirme Tashi Duncan (Zendaya). Mais Luca Guadagnino le filme plutôt comme un rapport : son échauffement, son va et vient – pause, verre d’eau, et on reprend – ses échanges, ses cris et ses points.
Michel Houellebecq et Blanche Gardin qui s’enlacent au ralenti sur une plage des Antilles, l’image ne pouvait naître que de la tête de Guillaume Nicloux, artiste hétérodoxe, sympathisant des insolents. Après Thalasso qui se délectait des frasques de l’auteur sulfureux et de (presque feu) Depardieu, ce troisième volet des tribulations houellebecquiennes nous emmène en Guadeloupe pour un concours de sosies que préside l’humoriste. Une fois débarqués sur l’île, le récit tourne vite en aventure gonzo, enthousiasmante par ses excès et par ce qu’elle postule sur l’humour et la société, mais fatalement assommante, comme la chaleur des Caraïbes après des shots de rhum.
Au début des années 2000, la modeste société de production Blumhouse opère un véritable braquage sur l’industrie cinématographique et son versant horrifique en imposant un modèle économique inédit : des films à très petits budgets, tournés en un temps record et si possible dans un décor unique. L’idée astucieuse est d’ainsi pouvoir multiplier les paris tout en limitant les risques, jusqu’à ce que l’un d’eux se révèle payant. Une vingtaine d’années plus tard, force est de constater que la recette apparait usée, et cet Imaginary est une nouvelle fois l’occasion d’en prendre la mesure.
Dix ans après le remarqué Timbuktu, Abderrahmane Sissako vient dresser le portrait sensible et empreint de poésie d’une jeune femme ivoirienne, Aya, qui émigre en Asie, après avoir dit non le jour de son mariage. On retrouve le thème cher au cinéaste de l’exil, porté par une histoire d’amour entre les deux protagonistes de Black Tea : Cai, chinois d’une quarantaine d’années, gérant d’un magasin de thé, qui enseigne à Aya les règles et coutumes liées à sa préparation et sa dégustation.