Le rythme de croisière que suit Hong Sangsoo depuis désormais quelques années – avec deux, voire trois films par an – a eu raison d’une considération faussée de son œuvre récente. En dépit de son économie minimale, tournant à faibles coûts et avec des équipes réduites, son cinéma est en réalité bien loin de l’épure, étiquette que beaucoup de ses adorateurs comme de ses détracteurs lui ont attribuée à tort et à travers. Le Jour de son retour, nouveau (et, pour l’instant, seul) cru de 2026, vient confirmer à nouveau que les surfaces modestes du cinéaste coréen cachent une belle complexité.
Déterminés que nous sommes par des normes ou des pratiques sociales et communautaires bien ancrées, impossible d’échapper à la tradition immuable de la communauté cinéphile : le top annuel. Alors que l’an 2025 est en voie de s’éteindre, rallumons le un peu, à l’aune des quelques films qui auront marqué notre rédaction. L’année dernière, c’est La Zone d’intérêt qui fut l’événement incontesté. Cette fois, pas un choc partagé, mais quatre œuvres plébiscitées : Une bataille après l’autre, film d’action qu’on n’attendait pas de la part de Paul Thomas Anderson, L’Aventura de Sophie Letourneur, qui confirme son statut d’ovni dans le ciel du cinéma mondial, L’Agent secret de Kleber Mendonça Filho, errance brésilienne, tortueuse et colorée de Wagner Moura, et surtout le documentaire sidérant d’Albert Serra, Tardes de soledad, dont la radicalité, bien qu’éprouvante voire dérangeante, aura au moins eu le mérite d’accomplir ce que le cinéma désormais semble accomplir si peu : donner à voir des images neuves, qui ne soient pas des images d’images. Des images de la même trempe que celles dont parlait l’écrivain Jean Cayrol, collaborateur de Nuit et Brouillard, lorsqu’il disait que « l’image devient un art quand elle nous impose un regard auquel nous ne nous habituons pas ». Peut-être l’année 2026 nous en offrira-t-elle. Nous l’espérons.
“Winston Chen a disparu, laissant derrière lui une montagne de dettes ! Des membres de la pègre sont à sa recherche. Ils pensent que son fils les conduira à lui…”
« Me voilà donc aux portes de l’enfer », marmonne Yoshii dans l’habitacle de la voiture, alors qu’elle s’avance doucement vers un arrière-plan apocalyptique. L’épilogue de Cloud, qui n’est pas sans rappeler celui de Kaïro vingt-quatre ans plus tôt, est trompeur : il semble conclure, comme son prédécesseur, le récit d’une descente progressive vers les limbes. Or, si une chose a bien changé entre le Kurosawa nouveau et celui du début du siècle, c’est que l’enfer n’est plus ici la ligne d’arrivée, mais son point de départ.
« Ici, c’est le premier qui prend l’enfant qui a la garde. » L’avocate Michiko résume ainsi la législation japonaise à Jessica (Judith Chemla), une expatriée qui se retrouve brutalement séparée de son fils par son ex-conjoint, diplomate japonais. L’une des premières scènes d’Une part manquante expose une situation tristement banale dans un pays qui se mêle peu des affaires familiales et qui est hermétique aux concepts de droit de visite et de garde alternée. Jérôme (Romain Duris) connaît la même situation que Jessica, seulement, lui, cela fait neuf ans qu’il n’a pas vu sa fille Lily. À force de remuer Tokyo et de sillonner le pays pour la retrouver, il a abandonné son métier de chef cuisinier pour devenir taxi de nuit, et il poursuit sans relâche ses recherches le jour. Neuf ans qu’il fait chou blanc, jusqu’au jour où, alors qu’il effectue une course exceptionnelle pour un collègue, il reconnaît sa fille dans les traits de la collégienne qui s’assoit sur la banquette arrière de son taxi.
Le titre du film est évocateur. Langue étrangère, le troisième long-métrage de Claire Burger, est une histoire de langues : deux organes qui se rencontrent au moment de l’échange d’un baiser ; mais aussi une communication entravée par des mots que l’on cherche, que l’on ne trouve pas, et qui séparent.
Albert, ses deux enfants et un ami de son fils se rendent dans le grand nord canadien. Les trois jeunes, Max, Aliocha et Jeff y retrouvent Blake, ancien ami et collaborateur de leur père. Dans cette demeure isolée, les rencontres adolescentes se heurtent aux retrouvailles adultes, cyniques et cruelles.
La région de Venise à l’aube de l’année 1800. À la fin d’une messe dominicale, on annonce la venue du Pape Pie VII pour le mois prochain. Perlina (Paolo Rossi) exerce le pouvoir religieux à Sant’Ignazio : il est le prêtre, le chef de l’ensemble musical, ainsi que le décideur de son église et de ce qui l’entoure. Cet homme – droit devant ses fidèles mais imbuvable macho et incapable musicien l’eucharistie passée – s’attèle à la lourde tâche de composer la musique du concert organisé pour la venue du souverain pontife.
Après deux prix à la Berlinale dans la sélection Panorama, les prix du meilleur film de l’année 2023 et du meilleur scénario au Deutscher Filmpreis, le prix du meilleur scénario aux European Film Awards… La salle des profs de İlker Çatak est en lice pour les Oscars ce dimanche 10 mars, dans la catégorie « meilleur film étranger ». S’il a des adversaires de taille, le thriller allemand mêle habilement et de manière déroutante les sujets de société actuels au sein d’un établissement scolaire.
L’Empire semble exister autour d’une seule image : un croiseur interstellaire posée sur les plages de la côte d’Opale. Déjà amorcée dans Coincoin et les Z’inhumains, cette rencontre entre l’univers de Bruno Dumont et de la science-fiction va ici plus loin, transplantant à la relative simplicité du body-snatcher la démesure du space-opera.