Les décors en ruines occupent toujours, en premier ou arrière-plan, l’œuvre de Seijun Suzuki. Le cinéaste ayant débuté dans les années 50, cette propension aux vestiges est largement liée à un traumatisme historique — la guerre y est soit un événement en cours (Histoire d’une prostituée), un douloureux souvenir (La Barrière de chair), ou une menace sur le point d’advenir (Élégie de la bagarre) — mais elle vient peut-être symboliser également le statut de Suzuki dans l’industrie japonaise. Ayant travaillé pour la Nikkatsu de 1956 à 1967, il dut s’assujettir autant aux scénarios imposés par les producteurs qu’au rythme général que la production de séries B imposait, à savoir quatre ou cinq longs-métrages tournés chaque année. À bien des égards, il opérait donc comme les yakuzas de ses récits, devant combattre dans les ruines d’un ordre établi et conserver malgré tout une forme de marginalité.
Qui dit nouvelle année dit certes «Bonne année !» mais surtout, top ciné de l’année qui vient de se terminer, dans les feux de champagne ou de rhum à dix balles, et peut-être pour nous cinéphiles dans quelques ultimes pépites filmiques. Des beaux films, 2023 en a eu son lot : en figure de proue (cocorico !) Anatomie d’une chute qui remporte La Palme d’Or et un succès mérité auprès des spectateurs. Outre le film de Justine Triet, 2023 marque aussi une année à vocation végétale puisque Les Feuilles mortes d’Aki Kaurismäki et Les Herbes sèches de Nuri Bilge Ceylan, s’octroient, eux aussi, des places de choix dans les tops de l’année (le constat écologique de la communauté cinéphile ?). Mais si les classements de chaque année en disent long sur l’état du monde et plus encore sur l’état de l’industrie filmique et de ses dynamiques (on notera l’écrasante omniprésence des films de la programmation Cannoise, plus qu’aucun autre festival), ils reflètent surtout la cinéphilie de leur auteur. Donc, les tops : tradition frivole et quelque peu surannée ? Sans doute. Mais l’occasion aussi de rattraper quelques rendez-vous manqués et de défendre une dernière fois les coups de cœur de la rédaction classés ici de 1 à 10, du plus au moins favori. Bonus : étant donné qu’en plus d’être subjectif, il s’agit là d’un exercice particulièrement restrictif (pour ne pas dire frustrant), la rédaction vous propose, en parallèle de ses dix films préférés de 2023, deux mentions spéciales. La première, pour le meilleur film de patrimoine, ressorti cette année, et la seconde, pour une œuvre non distribuée en France – c’est à dire que nous avons découvert cette année en arpentant les salles calfeutrées des projections de presse parisiennes ou les Palais de divers Festivals européens – et dont nous vous recommandons chaudement de guetter l’éventuelle sortie au cinéma !
Dans Fleur Pâle, Masahiro Shinoda met en scène le retour de Muraki après trois ans d’emprisonnement pour homicide. Le meurtre de quelqu’un d’autre devient ici l’ultime don de soi aux yakuzas. La vie de Muraki appartient au clan, elle appartient à Tokyo. Seul, il erre dans cette ville dont les lumières bleutés subliment son spleen.
24 000 spectateurs se sont rendus dans les salles du Forum des Halles pour découvrir les films de L’Étrange festival. Pour sa 28ème édition, le festival affiche une fréquentation en hausse, nécessaire et méritée. Retour sur quelques moments marquants.