Rencontre avec Bruno Santamaría Razo

© Kiryl Synkou

Lorsque le film débute, on a l’impression d’être face à une fiction. Ce n’est que plus tard qu’on découvre une deuxième partie documentaire. Pourquoi avoir voulu mêler ces deux genres ?

Le projet a débuté pendant la pandémie en 2020. J’étais enfermé chez moi, et j’avais soudainement très peur de mourir. Ça m’a renvoyé à ce diagnostique de séropositivité de mon père, quand j’étais enfant. Au départ, j’ai construit le film comme un documentaire : j’ai interviewé et filmé mes parents, ma famille. Mais cette démarche n’a apporté que plus de confusion : je n’avais pas réellement les réponses à mes questions, et je n’arrivais pas à faire exister mes souvenirs au sein des leurs. Il a donc fallu dépasser la réalité ; la fiction est apparu comme un moyen de combler les trous. Avec cet espace frictionnel, je pouvais mettre en scène mes souvenirs, les lier aux réponses de mes parents et ainsi tisser des ponts entre les deux.

Les scènes de fiction ne servent pas seulement d’illustration aux passages documentaire, on sent une réelle liberté dans leur mise en scène...

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L’Être aimé

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Désert. Le prochain film du grand réalisateur Esteban Martinez s’intéresse à la colonisation du Sahara par les Espagnols dans les années 30, puis à leur retrait brutal de ce territoire, abandonné sans gouvernance. Pour interpréter le premier rôle féminin, qui de mieux qu’Emilia :  sa propre fille qu’il n’a pas vue depuis 13 ans. La carrière d’actrice de celle-ci en est à ses débuts fragiles, et la figure paternelle s’impose comme salvatrice. 

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Cœur secret

Festival de Cannes 2026

Meteore Films

Cela fait plus de deux ans qu’une scène d’Une famille de Christine Angot a marqué les écrans par sa puissance déstabilisante. Venue confronter la veuve de son père incestueux, la réalisatrice rentrait de force dans son appartement – la caméra, et donc nous, l’accompagnant. Face à cette femme capturée sans consentement dans le cadre, notre position de spectateur se retrouvait bien délicate. Quelle était notre place en regardant la violence de ces déchirements familiaux ? Question sans réponse que nous pose également Cœur secret de Tom Fontenille. Sur plusieurs années, le jeune réalisateur accompagne la transition de genre de son père. En cela, il révèle les fractures de sa famille et ses tentatives de faire lien.

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La Détention

Festival de Cannes 2026

©  TS Productions

La Détention se présente comme une continuité de La Liberté (premier long-métrage de Guillaume Massart), tant dans la forme du titre que dans son thème. Deux films qui, partant de situations concrètes (le premier nous montre le déroulé d’une formation de surveillant pénitencier, le second explorait une île-prison) se veulent des études sur des concepts  : la détention et la liberté. Ici donc, c’est dans l’École Nationale d’administration pénitentiaire que le cinéaste a posé sa caméra. Dans l’enceinte de ces murs, Guillaume Massart se concentre sur une classe composée d’une dizaine de visages aux réactions aussi variées que leur nombre face à la découverte progressive de leur métier.

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9 Temples to Heaven

Festival de Cannes 2026

© Nour films

Dans l’obscurité, celle-là même qui clôturera le film et s’oppose au noir total, un temple s’allume. D’autres suivront, environ neuf – le film suit d’abord mathématiquement le projet du titre avant de s’en détacher progressivement. Le jour se fait et la lumière, d’un gris brumeux propre à la Thaïlande, envahit le cadre, laissant deviner les personnages. C’est une famille qui, sous l’impulsion du père (et, nous le comprendrons plus tard, des superstitions de son patron), voyage de temple de temple pour faire des offrandes dans l’espoir d’éviter la mort prochaine de l’aînée : une vieille dame malade. Trois générations s’activent dans le périple qui, comme l’Ulysse de Joyce, est une odyssée d’un jour.

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Everytime

Festival de Cannes 2026

Dans Everytime, troisième film de Sandra Wollner, le deuil excède le simple motif pour devenir une matière qui infiltre les corps, altère les images et se loge jusque dans les interstices du montage. Présenté à Un Certain Regard, le film emprunte d’abord, sous le soleil berlinois, les atours d’un récit familial miné de l’intérieur par la promiscuité du cadre de vie. Jessi et Melli, sœurs contraintes de partager une même chambre, évoluent dans un espace où l’exiguïté fait office de chambre d’écho des tensions affectives. À peine les liens qui les unissent affleurent-ils à l’écran qu’ils se désagrègent, brutalement interrompus par la chute fatale de Jessi.  

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La Gradiva

Festival de Cannes 2026

© Tandem

Gradiva c’est le nom d’une nouvelle de Wilhelm Jensen, parue en 1903. Son titre désigne « celle qui marche ». L’auteur y raconte l’histoire d’une femme illustrée sur un bas relief présenté dans un musée et dont un archéologue allemand effectuera un moulage afin de le conserver dans son bureau. Faisant d’étranges rêves depuis l’acquisition de la figure féminine, l’archéologue se voit à Pompei au moment de l’éruption du Vésuve. Dans son songe, il aperçoit Gradiva mais ne parvient pas à l’alerter du danger.

L’ouvrage de Jensen s’inscrit dans la postérité notamment par le biais de Freud, qui en publia une étude : « Le délire et les rêves dans La Gradiva de W. Jensen ». Dans cet essai, Freud démontre l’importance des rêves dans la psychanalyse. 

On retrouve dans le film de Marine Atlan de nombreux éléments qui font écho à cette matière – tant littéraire que psychanalytique – originelle. 

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Du fioul dans les artères

Festival de Cannes 2026

© Pan Distribution

Du fioul dans les artères nous invite à voyager d’autoroute en autoroute, d’entrepôt en entrepôt, de cabine en cabine. La caméra de Pierre LeGall est toujours en mouvement : soit portée, lorsqu’elle suit les personnages à pied, soit sous forme de travellings quand elle observe les chargements ou qu’elle remonte la route à côté des camions. Cette mouvance constante, qui peut décontenancer au début – elle provoque comme un léger mal de cœur en transport – prend une tournure routinière pour le spectateur. La caméra devient son véhicule, à l’image des allers-retours quotidiens des personnages. Le format choisit – le scope – donne aussi cette impulsion du mouvement latéral ; nos yeux se promènent de gauche à droite, de droite à gauche. Mais pour aller où ?

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Teenage sex and death at Camp Miasma

Festival de Cannes 2026

© Festival de Cannes 2026

Avec son nouveau film, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun poursuit et approfondit le geste esthétique et politique amorcé dans We’re All Going to the World’s Fair puis dans I Saw the TV Glow en faisant du cinéma le genre le lieu d’une archéologie intime des identités queer, des images qui les façonnent et des formes contemporaines de dissociation. Mais là où ses précédents films baignaient encore dans une mélancolie numérique presque spectrale, Camp Miasma ouvre un territoire plus sensuel, plus impur et plus incarné. Un slasher fiévreux et nocturne traversé autant par l’effroi que par le désir. 

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Nuestra Tierra

Actuellement au cinéma

© Météore Films

Lucrecia Martel se fait rare. Cinq longs-métrages en vingt-cinq ans, c’est peu. Figure de proue du cinéma argentin post crise économique (de 1998 à 2002, l’Argentine a connu une intense crise économique dont elle ne s’est jamais complètement remise), c’est ce pays qu’elle analysa œuvre après œuvre. Avec l’ambiguïté des grands cinéastes, ses films n’ont jamais pris activement position dans le champ politique. Certes, Martel choisit ses sujets – éducation religieuse, bourgeoisie, colonisation, patriarcat – mais elle s’arrête au constat. Alors, Nuestra Tierra peut effrayer. La cinéaste argentine aurait-elle délaissé sa si belle forme pour un fond, non moins beau, au profit d’un message et non d’une émotion. Le projet remonte aux années 2000. Lorsque Javier Chocobar, leader d’une communauté autochtone, meurt sous les balles de trois hommes blancs. Une décennie de manifestations permettront à un procès d’aboutir, menant à la condamnation des trois hommes.

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