Cannes 2026 : tout est fiction

Festival de Cannes 2026

© MUBI

Le Festival de Cannes semble s’être constitué sous le signe d’une conscience aiguë de la fiction elle-même, comme si les films présentés ne pouvaient plus simplement raconter des histoires sans exhiber simultanément les mécanismes de leur fabrication. D’un film à l’autre a affleuré l’idée d’un étrange épuisement du réel. Le monde ne paraît plus immédiatement accessible mais toujours déjà médiatisé par des récits préexistants, des projections mentales et des images héritées. Dès lors, raconter une histoire ne suffit plus. Il faut dévoiler les coutures des histoires et montrer comment elles circulent, comment elles déforment ceux qui les produisent et ceux qui les habitent. 

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9 Temples to Heaven

Festival de Cannes 2026

© Nour films

Dans l’obscurité, celle-là même qui clôturera le film et s’oppose au noir total, un temple s’allume. D’autres suivront, environ neuf – le film suit d’abord mathématiquement le projet du titre avant de s’en détacher progressivement. Le jour se fait et la lumière, d’un gris brumeux propre à la Thaïlande, envahit le cadre, laissant deviner les personnages. C’est une famille qui, sous l’impulsion du père (et, nous le comprendrons plus tard, des superstitions de son patron), voyage de temple de temple pour faire des offrandes dans l’espoir d’éviter la mort prochaine de l’aînée : une vieille dame malade. Trois générations s’activent dans le périple qui, comme l’Ulysse de Joyce, est une odyssée d’un jour.

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Shana

Festival de Cannes 2026

© Les Films du Losange

Une voix-off, étrangement amicale et familière, parsème Shana de ses commentaires. La voix est d’Eva Huault, Shana dans le film, et narre certains des événements que nous voyons – y ajoutant des remarques personnelles et des traits d’humeur. S’adressant à nous comme une amie qui nous raconte une histoire, le franc-parler du personnage s’y retrouve. Mais cette voix-off fait davantage que de nous placer dans la confidence, elle cherche à créer un effet de réel. Shana, le film, est ponctué de toutes parts de ces effets. Lila Pinell vient du documentaire. Elle y a fait ses classes et y a rencontré, en chemin, Eva Huault. De là est né le personnage de Shana – prolongement de l’actrice et de la cinéaste – déjà au centre du Roi David (précédent film de la réalisatrice), moins riche en ornements scénaristiques, plus sec et, en cela, peut-être plus intéressant.

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Oui

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Autant rejeté par l’extrême droite – interdit dans plusieurs festivals israéliens, le film n’a toujours pas de distributeur là-bas – que par une certaine partie de l’extrême gauche, taxant notamment sa production partiellement israélienne, Oui affiche le curieux paradoxe d’un film nommé autour de l’expression d’une adhésion étant sujet à opposition. Tous ces rejets, aussi intéressants puissent être certains (peut-on séparer une œuvre de sa production ?), partagent néanmoins un élément commun : aucun des détracteurs principaux du nouveau film de Nadav Lapid ne semble l’avoir vu. Que toutes ces voix soient entendues est une chose, mais celle du film, en tant que forme artistique et donc politique, semble avoir été muselée. Oui a pourtant des choses à dire.

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Miroirs No. 3

Festival de Cannes 2025

© Les Films du Losange

À l’évolution standard du cinéaste installé — affirmant son style par effet de complexification ou de densification — Christian Petzold fait figure d’exception, tant sa filmographie semble viser progressivement son propre évidement. Nouvelle variation autour de Vertigo après Phoenix, sorti en 2014, Miroirs No. 3 permet précisément de constater l’horizon esthétique de l’auteur.

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Covas do Barroso, chronique d’une lutte collective

Actuellement au cinéma

© Météore Films

Séquence 1 : Montagne. Ext / Jour. Plan large sur la silhouette d’un fermier. Il cherche ses chevaux, mystérieusement effarouchés. Le fermier se rapproche de Castanho, son étalon blanc, et l’apaise. Générique.

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Noël à Miller’s Point

Actuellement au cinéma

© Paname Distribution

À travers ses grands buffets festifs, riches en rires et en effervescence, sur fond de tubes hivernaux, les premières vignettes de Noël à Miller’s Point se rattachent à un certain imaginaire publicitaire, déjà présent dans Ham on Rye, teen-movie sous modèle Linklater passé à la moulinette de l’étrangeté lynchienne.

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À son image

Actuellement au cinéma

© Pyramide Distribution

En pleine discussion téléphonique avec sa mère, la jeune Antonia ne tarde pas à mettre fin à l’appel puis ferme les volets de sa chambre d’hôtel. D’un plan inaugural vraisemblablement anodin, À son image révèle déjà en catimini toutes ses obsessions. Le volet qui se referme ici opère autant comme mimétisme du procédé photographique que comme acte de mort annoncé. Pour ceux qui en doutaient encore, De Peretti rappelle d’emblée que son fin talent de metteur en scène trouve sa plus belle expression dans la discrétion de ses plans-séquence et de leurs évocations.

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Septembre sans attendre

Actuellement au cinéma

© Arizona Distribution

« L’amour reprise est en vérité le seul heureux ». Jonás Trueba lie philosophie et pratique dans Septembre sans attendre, Kierkegaard et cinéma. Il y a ce qu’on dit mais qu’on ne devrait pas faire : le père d’Ale a souvent raconté à sa fille et à Alex, son compagnon, qu’il est plus amusant de fêter les séparations que les unions. Après quinze ans de vie commune, Ale et Alex le prennent au pied de la lettre.

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Miséricorde

Actuellement au cinéma

© Les Films du Losange

Franck, laissé seul dans la nuit sombre, face au corps inerte de son ami assassiné : cette image, dernier plan de L’Inconnu du lac, semblait déjà marquer l’apogée d’un certain trouble existentiel qu’Alain Guiraudie vise depuis longtemps. Que filmer donc après la tombée de la nuit et la mort de toutes choses ? Plus de dix ans après, Miséricorde apporte quelques éléments de réponse.

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