Bâtiment 5

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Au vu du parcours décevant de Bâtiment 5 en festival, il semble que la parenthèse enchantée de Kourtrajmé soit sur le déclin. Alors qu‘Athéna a surtout fait parler de lui pour être à l’opposé de l’intelligence des Misérables, Ladj Ly revient avec un deuxième film maladroit, empreint de symbolisme lourdingue.

Le film s’ouvre pourtant sur une scène mémorable : après la mort d’une vieille dame, les habitants d’un immeuble unissent leurs forces pour sortir son cercueil du bâtiment. L’ascenseur est en panne, les lumières aussi. Ce décor étroit devient alors la représentation d’une politique du logement aliénante, qui se mêle à la cruauté primaire de l’existence. Les personnages plongent dans l’obscurité, témoignant de leur future descente aux enfers. En effet, l’arrivée d’un nouveau maire aux obsessions sécuritaires va mener à l’application d’une politique raciste et anti-pauvres. 

Dans Bâtiment 5, chaque personnage est un symbole. Il y a d’un côté le pouvoir aux dérives autoritaires, représenté par un maire blanc carriériste et son adjoint noir, plus proche du peuple, qui s’est laissé corrompre. De l’autre, la jeunesse enragée qui s’engage dans l’associatif et la politique, ou qui transpose sa colère par la violence. Et puis entre les deux se trouvent les immigrés de première génération, qui entretiennent un rapport bien moins critique à leur terre d’accueil. Dans un rapport presque sociologique à ses personnages, Ladj Ly construit son intrigue en cherchant un agencement cohérent entre les différentes couches de la société. 

Si cette démarche a de l’intérêt en soi, il en résulte un scénario bien trop démonstratif, à l’image de ces dialogues peu naturels qui distillent maladroitement des éléments de réflexion sur des questions sociétales. Les personnages se résument finalement à des stéréotypes : maire facho et adjoint ouvertement corrompu, épouse bourgeoise ridicule, jeune femme inspirante à la répartie hors pair. De plus, si le film joue la carte du réalisme, il évolue dans un flou savamment entretenu. Le syndrome le plus évident est l’absence de contexte politique, et notamment de la mouvance du maire. Assiste-t-on à une droitisation de la gauche, ou à une radicalisation du centre et de la droite ? Quelle est cette opposition du conseil municipal ? Cette affaire a-t-elle des échos sur la scène nationale ? Le récit multiplie les approximations pour tenir un propos universel, mais ce serait oublier que les étiquettes sont une composante majeure de la vie politique.

Là où Ladj Ly excelle à raconter la vie de quartier, il échoue à retranscrire les dessous de la vie politique. De fait, Bâtiment 5 réduit la violence des politiques du logement en banlieue aux mauvaises intentions d’un duo. Le film témoigne certes de la virtuosité du cinéaste sur plusieurs séquences, mais en s’expatriant dans la banlieue imaginaire de Montvilliers, Lady Ly perd l’ancrage documentaire qui faisait la force des Misérables.

Bâtiment 5 / De Ladj Ly / Avec Anta Diaw, Alexis Manenti, Aristote Luyindula / France / 1h40 / Sortie le 6 décembre 2023.

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Auteur : Corentin Brunie

Grand admirateur de Kieślowski, Tsukamoto, Bergman et Lars Von Trier, je suis à la recherche de films qui me bousculent dans mes angoisses et me sortent de ma zone de confort. Cinéphile hargneux, j’aime les débats passionnés où fusent les arguments de mauvaise foi. En parallèle de l'écriture de critiques, j’étudie le montage à l’INSAS et je réalise ou monte des courts-métrages à côté.

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