My Zoé

Au cinéma le 30 juin 2021

Sophia Ally (Zoé) et Julie Delpy (Isabelle). ©Electrick Films/Tempête sous le crâne/UGC Images

Les héroïnes de Julie Delpy, qu’elle incarne elle-même, observent souvent un parcours classique avant de commettre une déviance. Un trajet ordinaire qui verse dans l’impensable. C’était exemplairement le cas de la Comtesse Bathory (La Comtesse, 2009), qui commence par ressembler à une princesse contrariée en amour avant de se muer en figure gothique sadique. Dans un autre registre, Isabelle, la mère de la Zoé du titre, emprunte une route toute aussi surprenante, alors que son quotidien s’annonçait lambda…

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Rencontre avec : Bruno Podalydès

Bruno Podalydès. © Maxppp / Chibane Baziz

On aime son inventivité, ses comédies d’observation fines et poétiques, l’univers personnel qu’il nourrit depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui sort son neuvième long-métrage, Les 2 Alfred, brillante et drolatique satire des nouvelles technologies et de l’esprit start-up. Bruno Podalydès est notre invité cette semaine.

On pourrait croire que Les 2 Alfred prend sa source dans l’open space de Comme un avion (2015).

Je pense que l’idée vient de plus loin, mais j’ai constaté que j’ai reproduit le même schéma d’alvéoles que dans Comme un avion. J’avais remarqué dans des boîtes de graphisme que les personnes étaient isolées comme dans des cellules, des sortes de boxes. Dans Les 2 Alfred, les serres de The Box reproduisent cette idée. Elle sont paradoxales : c’est un open space entièrement transparent et, en même temps, les gens sont isolés. L’expression de « dictature de la transparence » est un peu galvaudée, mais elle est quand même là.

C’est d’abord le lieu qui vous intéressait ?

Oui, depuis que je fais des films d’entreprise, j’aime voir comment s’agencent les bureaux. Ça raconte beaucoup de la mentalité de l’entreprise : soit c’est un open space qui donne l’apparence d’une absence de hiérarchie, soit plus on monte dans les étages, plus on monte chez les cadres supérieurs jusqu’au président directeur général, soit il y a une culture de l’isolation progressive, soit au contraire une soi-disant hyper fluidité… Ça me plaît de voir comment, architecturalement, une entreprise s’organise.

Comment avez-vous trouvé votre décor ?

Je souhaitais trouver une entreprise qui avait une singularité dans l’architecture, et on est finalement parti d’un espace vide pour l’organiser nous-même. Toutes ces boîtes, en général, se trouvent dans des banlieues, des usines réaffectées, des friches industrielles. Là, en bordure d’un dépôt SNCF, ça me semblait plausible. Dans mon scénario, je mets très peu d’indications de lieu pour rester ouvert au moment des repérages. Quand je trouve le bon endroit, je réécris le scénario. Je fais ça à chaque fois, c’est très nourricier de m’adapter aux lieux, ça crée des nouvelles situations.

Il y a un langage très particulier dans les open space des start-up. Comment avez-vous travaillé le vocabulaire des personnages ?

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Nomadland

Au cinéma le 9 juin 2021

Frances McDormand. ©Searchlight Pictures

La terre nomade du titre s’appelle les Etats-Unis d’Amérique. Elle est foulée par les pionniers du XXIe siècle, des sexagénaires qui subissent les contraintes économiques du nouveau monde industriel et adaptent leur mode de vie en conséquence. Fern (Frances McDormand) est l’une d’entre eux.

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Méandre

Au cinéma le 26 mai 2021

Gaia Weiss. ©Alba Films

Les films-concepts sont souvent séduisants, promesses d’une tension forte et d’une mise en scène capable de réinventer leur point de départ. Loin de cet idéal du genre, Méandre en résume toutes les limites et ferait presque passer Cube (Vincenzo Natali, 1997) pour un chef-d’œuvre.

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Mandibules

Au cinéma le 19 mai 2021

Quand Jean-Gab et Manu ouvrent un coffre. ©Memento Films Distribution

Serions-nous au début du premier épisode de Twin Peaks ? Un corps inerte est étendu sur la plage. Est-ce le cadavre de Laura Palmer ? En aucun cas : c’est un type enroulé dans son sac de couchage, en train de dormir sur le sable. Il s’appelle Manu et son pote Jean-Gab vient le chercher pour une mission. Une vraie mission de mafieux : il faut remettre une valise remplie de billets à un homme mystérieux.

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Oxygène

Sur Netflix le 12 mai 2021

Mélanie Laurent prisonnière du huis clos d’Alexandre Aja. ©Shanna Besson/Netflix

Une femme (Mélanie Laurent) se réveille dans une unité cryogénique sans aucune possibilité d’en sortir. Est-elle malade, victime d’une expérience scientifique, prisonnière de son plein gré ? Elle l’ignore et se trouve d’autant plus isolée qu’elle a oublié son identité. Deux objectifs conduisent alors en même temps le suspense:  déceler les raisons de son enfermement à travers la reconstitution du puzzle de son vécu, et trouver une solution pour s’en sortir alors que la réserve d’oxygène décroît à grande vitesse…

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La Chair et le Sang

Rétrospective Paul Verhoeven

Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer. ©D. R.

Mal connu et peu commenté, La Chair et le Sang est un pivot dans l’œuvre de Paul Verhoeven. Les Pays-Bas, où il a réalisé ses premiers films, ne lui permettaient plus de satisfaire ses ambitions de metteur en scène, contrairement aux Etats-Unis qui s’apprêtaient à l’accueillir. Ce film malade du milieu des années 1980 est une transition entre ces deux moments : il vise l’ampleur d’une grande fresque historique située en Europe, issu d’une production américaine, réalisé avec une équipe technique internationale et tourné en Espagne, tandis que sa distribution fait le pont entre les deux continents (Jennifer Jason Leigh et Rutger Hauer sont les protagonistes).

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Rencontre avec : Pascal Bonitzer

Pascal Bonitzer. © David Silpa / Newscom / Sipa

Le cinéaste et scénariste Pascal Bonitzer nous a fait l’amitié de nous recevoir chez lui pour revenir sur l’ensemble de sa carrière. Et évoquer la situation actuelle, très inquiétante pour le cinéma d’auteur.

La disparition de Jean-Claude Carrière nous a replongé dans le livre sur le scénario que vous avez écrit avec lui. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

C’est très simple, il était président de la Fémis et je dirigeais le département écriture. On se croisait souvent, mais je ne le connaissais pas intimement. À un moment donné s’est posée la question de faire un livre sur le scénario pour les étudiants, édité par la Fémis. On l’a écrit parallèlement : j’ai écrit ma partie, il a écrit la sienne et les deux choses sont assez différentes. C’était quelqu’un de très chaleureux, aimable et sympathique.

Vos visions de la pratique du scénario étaient-elles assez proches ?

Il était évidemment beaucoup plus chevronné que moi, et de plus je n’avais pas encore fait mes premiers films. En réalité, je n’ai été scénariste à part entière qu’à partir du moment où j’ai réalisé mes films. Je ne me considérais pas comme un scénariste qui apportait ses histoires à des metteurs en scène, mais comme quelqu’un qui essayait de partager l’univers des metteurs en scène avec qui je travaillais. En un sens, c’était un peu le cas pour Jean-Claude Carrière avec Luis Buñuel, mais il avait une expérience beaucoup plus large que la mienne.

Avant d’être scénariste, vous avez été critique de cinéma. En quoi est-ce que cela a influencé votre façon d’écrire ?

Oui, j’ai été critique aux Cahiers, revue qui avait une vision très particulière du cinéma. Il y avait d’abord cette philosophie première qui était la politique des auteurs, et considérant que le scénario n’était pas princeps par rapport à la mise en scène, que le véritable auteur du film était le metteur en scène. Quand je suis entré aux Cahiers du cinéma, en 1969, c’était une période de remise en cause globale de tous leurs principes antérieurs. Il y avait une présence très forte de la théorie – théorie structuraliste, psychanalyse lacanienne, critique barthésienne – et la revue était très politisée. En tant qu’étudiant à Nanterre en 68, j’étais en phase avec cela, tout en étant aussi un cinéphile très maniaque. Ma culture s’est faite dans les cinémas d’art et d’essai, j’avais découvert les Cahiers à 14 ans…

Malgré la politique des auteurs, vous vous tournez d’abord vers le scénario plutôt que la mise en scène.

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Sacrées Sorcières

En VOD le 17 mars 2021

Anne Hathaway incarne la Grandissisme Sorcière. ©2020 Warner Bros. Entertainment Inc. All Rights Reserved

Roald Dahl inspire les cinéastes américains aux univers liés à l’enfance. Après Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton (2005) et Le Bon Gros Géant de Steven Spielberg (2016), Robert Zemeckis adapte Sacrées sorcières, aidé à l’écriture par Guillermo del Toro et Alfonso Cuarón du côté de la production. Initialement prévu pour une sortie en salle, que l’on pouvait supposer attractive pour un large public familial, il sort finalement en vidéo à la demande cette semaine.

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Rencontre avec : Denis Lavant

Denis Lavant publie son troisième livre, autobiographie marquée par son amour pour la poésie. ©Luc Valigny Agence Figure

Denis Lavant est un acteur précieux. Rare, et énigmatique. De son lien très fort qui l’unit à Leos Carax depuis les année 1980 jusqu’à ses prestations théâtrales dans la peau de Francis Bacon ou des personnages de Beckett, il se montre à chaque fois sous un jour différent. Difficile d’être plus caméléon. À l’occasion de la parution de son autobiographie Echappées belles (davantage journal poétique que récit chronologique), nous avons eu envie de le rencontrer, pour mieux le connaître et interroger son rapport au jeu. Rencontre avec le plus insaisissable des comédiens français.

Vous souvenez-vous de la toute première fois que vous êtes monté sur une scène ?

Lorsque j’étais au lycée Lakanal, je faisais du théâtre dans un groupe animé par un professeur d’histoire-géographie, Michel Fragonard. On jouait notamment des pièces de Michel de Ghelderode, un grand auteur belge qui a un univers haut en couleur, autour de la Flandre à l’époque de Charles Quint, avec de très beaux personnages. On a monté Un soir de pitié et je jouais le rôle du masque au nez ardent. J’avais un nez rouge, dans une scène de carnaval, et je disais : « suivez mon pif, c’est un fanal ! » À ce moment, j’ai senti que c’était la direction dans laquelle je voulais aller. Avant, j’avais fait un peu de commedia dell’arte, des lazzi et de la pantomime, mais ce n’était pas exactement du jeu.

Pourtant, le jeu semble passer chez vous d’abord par le geste, avant la parole.

Spontanément, j’étais extrêmement doué pour l’expression corporelle. De façon brute. Enfant, je n’arrêtais pas de tomber, de grimper, de m’exprimer avec le corps, et je me méfiais des mots. J’ai commencé à organiser la parole grâce à la poésie, en apprenant des poèmes pour le plaisir, comme Le Bateau ivre ou La Ballade des pendus, et en écoutant des voix de comédiens, sur des enregistrements.

Mais vos influences, ce sont d’abord les acteurs du muet ?

Oui, j’étais très tôt fasciné par le cirque et le burlesque : Chaplin, Buster Keaton, Harpo Marx… Dans ses premiers courts-métrages, Chaplin a une énergie totalement punk, il chute, il se donne des baffes, c’est à la fois très brutal et très jubilatoire. Ce maniement du corps qui rebondit et se tord comme du plastique, ça me parle complètement. Et puis il y a le mime Marceau, aussi, qui parvient à dire beaucoup de choses sans passer par le verbe.

On peut raconter beaucoup de choses par le corps, mais il arrive une limite ?

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