La Jeune Fille et l’Araignée

Au cinéma le 20 octobre 2021

Le regard de Mara (Henriette Confurius, avec Liliane Amuat). ©Beauvoir Films

Le premier plan dévoile un plan. Un plan d’architecte en deux dimensions, détaillant la configuration d’un appartement. Cette information géographique pose un cadre concret comme pour s’en débarrasser et se consacrer entièrement à sa poétisation ; une fois imprimé, le plan sera d’ailleurs déformé par un bug, la réalité plate prendra une autre tournure.

Lisa (Liliane Amuat) déménage et Mara (Henriette Confurius) reste dans l’appartement qu’elles partageaient en colocation. Le temps de cette transition entre deux lieux, entre deux vies, Mara observe, avec un regard complice qui laisse apparaître sa tristesse, le départ de celle qu’elle ne voudrait pas quitter. Elle se retrouve au cœur et à l’écart du ballet des objets et des proches de Lisa venus lui prêter main forte. Quasiment inactive alors que tout le monde s’agite autour d’elle, ce sont ses yeux qui parlent, son imaginaire qui se développe, les éléments extérieurs qui donnent sens à sa mélancolie et à ses états d’âme.

S’il y a un ballet dans la chorégraphie du déménagement, c’est à la fois une valse et un refrain connu – les notes de Voyage, voyage sont omniprésentes, une idée partagée avec Compartiment N°6 de Juho Kuosmanen, bientôt au cinéma, étonnante coïncidence. La valse est celle que créent le mouvement des meubles et les micro-intrigues autour des personnages secondaires ; le refrain connu est celui des petites choses qui font événement, une fois passées par le regard de Mara qui se fait miroir du notre.

Réalisé par les deux frères jumeaux d’origine suisse Ramon et Silvan Zürcher, La Jeune Fille et l’Araignée est un long-métrage singulier, qui s’en tient à un pur principe de mise en scène en accordant toute sa confiance à son langage propre, fait de visages cadrés au centre et de correspondances : le marteau-piqueur et sa violence, l’araignée et sa liberté, la tache de vin évocation d’une plaie ouverte… Ce symbolisme ancré dans le quotidien dessine un territoire de cinéma sur lequel on ne s’était jamais aventuré de cette façon.

La Jeune Fille et l’Araignée / De Ramon et Silvan Zürcher / Avec Henriette Confurius, Liliane Amuat, Ursina Lardi / Suisse / 1h38 / Sortie le 20 octobre 2021.

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