Julie (en 12 chapitres)

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Renate Reinsve est Julie. ©Oslo Pictures

À travers douze segments racontant la vie sentimentale d’une trentenaire, le cinéaste norvégien Joachim Trier réalise un beau film sur une tranche de vie en équilibre, avec la révélation Renate Reinsve, prix d’interprétation au festival de Cannes.

Les premières minutes donnent le ton d’une comédie, en passant en revue les retournements professionnels de Julie, ses changements d’avis et de direction à son entrée dans la vie dite active. Le rythme sur lequel se calera l’ensemble du film ne sera pas aussi frénétique mais toujours captivant, suspendu aux mouvements de Julie à une période charnière de son existence : au début de la trentaine, lorsque son entourage fait des enfants et que la pression extérieure la pousse à avoir une situation stable, en amour et dans le travail. Mais c’est aussi un moment où l’on a le sentiment d’avoir la vie devant soi, ce à quoi Julie, rayonnante, renvoie à chaque instant.

Adoptant une grande fluidité, la mise en scène ne recherche pas l’intensité dramatique à tout prix, ce qui la rapproche de la chronique. Elle se place dans le sillage de son héroïne et des choix qu’elle doit faire, en amour principalement, puisqu’elle croise la route d’un jeune homme alors qu’elle est en couple, lors d’une excellente scène de rencontre avec un dialogue romantique décalé. D’une apparente simplicité, le film est rempli de trouvailles, et surtout bien écrit. Ainsi le vertige de Julie, en écho à celui de sa génération, prend corps lors d’une séquence d’hallucination, et son besoin de prise de liberté surgit d’un coup, un matin lorsque le monde s’arrête et qu’elle est la seule à ne pas être figée. Voilà qu’elle peut aller où elle veut sans avoir de compte à rendre, aucune justification à donner. Puis la vie recommence, et le réel avec toutes ses possibilités, la difficulté de s’arrêter sur des décisions nettes.

Joachim Trier ne vise pas seulement la justesse – justesse des inquiétudes face au présent, des sentiments amoureux et du regard posé sur les trois principaux personnages. Il affronte aussi des regrets et des agacements à l’égard de son époque, à travers le personnage d’Aksel (Anders Danielsen Lie), son double, dessinateur de BD libre-penseur qui a dix ans de plus que Julie – on repense parfois au dessinateur qu’incarnait Roman Kolinka dans Eden Mia Hansen-Løve (2014), une profession décidément encline à prendre de la distance face au réel et à montrer une forme d’inadaptation. Le discours que tient Aksel dans le dernier quart d’heure est renversant de profondeur… Mais à sa nostalgie répond l’optimisme de Julie, après le temps des regrets revient le temps de la vie, c’est bien lui qui l’emporte.

Julie (en 12 chapitres) / De Joachim Trier / Avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum / Norvège / 2h08 / Sortie le 13 octobre 2021.

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