La bataille De Gaulle : J’écris ton nom

© Pathé Films

Deux appendices. Dans la nuit du 5 au 6 juin, du 19 au 25 août 1944, sur les plages normandes et à Paris, le débarquement, la libération (quelques secondes dans la temporalité du film) ; deux perforations dans le temps et dans le régime des images. Aux reconstitutions grandiloquentes qui jonchent le film (la guerre du Désert, la création du CNR, les déclamations de De Gaulle, …), Baudry se retire pour l’archive. Aux visages d’acteurs et d’actrices célèbres se substituent l’anonymat d’une foule, d’un regard pris dans l’Histoire. Au passé recomposé, le présent reprend ses droits. Pourquoi cette soudaine modestie de la part du réalisateur ? Lui qui semblait jusqu’ici tant croire en ses images, s’est-il pris de remords moral face à la puissance de l’archive, à l’impossibilité de remettre en scène l’horreur de la guerre ? Troublantes comme toutes archives, elles n’interrogent que très peu de temps nos yeux alors habitués à la rigidité des cadres de Baudry, à la droiture du corps d’Abkarian. Elles s’évaporent subitement dans le montage, se diluent dans les images et perdent de leur superbe – exemplairement, dans un montage alterné, Anamaria Vartolomei courra comme couraient ces Parisiens, pris dans l’instantané d’une joie qui ne pouvait s’exprimer que dans un balancement des jambes effréné.

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Obsession

Actuellement au cinéma

© Le Pacte / FOCUS FEATURES LLC

Dans Obsession, Curry Barker (27 ans) s’empare d’un sujet qui agite sa génération et celles d’après : les relations toxiques. Bear est fou amoureux de Nikki mais n’ose lui avouer. Lorsque, dans un magasin un peu ésotérique, il met la main sur un objet capable d’exaucer son vœu le plus cher, il souhaite que Nikki l’aime plus que tout au monde…

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Toy Story 5

Actuellement au cinéma

© Disney / Pixar

On pensait les jouets les plus célèbres d’Hollywood définitivement remisés au grenier, mais c’est bien mal connaître la propension de la firme aux grandes oreilles pour les adieux à rallonge. En 2019, Toy Story 4 s’achevait par la séparation douce-amère de Woody et ses ami·es : acceptant son statut de relique, le cow-boy décidait de laisser son enfant s’enticher d’autres que lui pour aller s’occuper de vieux jouets abandonnés. Tout un symbole. Ce cinquième volet s’ouvre là où se terminait le précédent : alors que Jessie, promue shérif et secondée par Buzz, veille désormais sur la joyeuse troupe de joujoux, les parents de la petite Bonnie ont le malheur d’introduire dans le quotidien de leur fille un tablette connectée qui, très vite, accapare toute son attention. À nouveau, la menace du placard guette nos héro·ïnes.

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La bataille de Gaulle : L’Âge de fer

Actuellement au cinéma

© Pathé Films

De conférences de presse en sorties de salles, du Point à France Culture, une question agite les spectateurs critiques depuis plusieurs mois : pourquoi tant de films sur la Seconde Guerre Mondiale ? Effet de mode, hasard ou retour en force des années 40 ? Les cinéastes, eux, se défendent de tout parallèle avec le présent. Xavier Giannoli s’y était tout de même essayé avec une douteuse comparaison entre Jacques Doriot (collaborationniste enthousiaste) et Jean-Luc Mélenchon avant de rétropédaler, peut-être moins par conviction que par peur du politique. László Nemes et Gilles Lellouche, en fétichisant Jean Moulin, ont refusé, sans cacher leur agacement, de tracer un lien entre les idéaux du résistant et nos temps présents. Plus récemment, c’est une interview de Niels Schneider qui a fait polémique après que son agent ait voulu censurer une journaliste ayant le malheur d’évoquer la tribune Zapper Bolloré. Se niche ici le cœur de ces trois films (Les Rayons et les ombres, Moulin et La bataille de Gaulle) : une peur complète de la politique, de tout ce qui pourrait faire scission. Logique du marché, face au budget monumental répété dans chaque interview (entre 85 et 100 millions pour De Gaulle ! plus de 30 millions pour Les rayons et les ombres), il faut remplir les salles. Nulle question de faire de la politique alors. Celle-ci divise, soustrait des spectateurs. Mais, peut-être malgré eux, ces films sont bien porteurs d’une idée du monde, d’un regard sur la France qu’ils dépeignent, et l’adoration d’une partie de la presse (Le Point, pour ne citer que ce journal, où, en 2026, on peut encore lire que Lacombe Lucien est un chef-d’œuvre) dénote bien qu’un clivage s’est creusé entre ces films et le reste du paysage.

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Disclosure Day

Actuellement au cinéma

© Universal Studios

Si Spielberg y multiplie les clins d’œil à chaque pan de sa filmographie, mariant le meilleur et le pire de son cinéma, difficile de ne pas voir du Snake Eyes (Brian De Palma, 1998) à l’ouverture de Disclosure Day. Film de complot si depalmien, qui s’ouvrait dans une arène de boxe et où dans ses gradins une mystérieuse lanceuse d’alerte à perruque blonde tentait de révéler un complot militaire masquant la défaillance d’un système anti-missile. Au nez et à la barbe d’un Nicolas Cage absorbé par le spectacle, aveugle à ce qui se tramait pourtant sous ses yeux. Brutalisant le public qui épouse, en caméra subjective, le point de vue d’un catcheur aux prises avec son adversaire, signature là encore depalmienne, Spielberg semble signaler un drame sur le visible, le vu et le non vu. Mais on n’est pas chez De Palma.

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The Christophers

Actuellement au cinéma

© Claudette Barius

Les peintres, célèbres ou non, ont tendance à mourir tragiquement. Un jour, alors qu’il a la soixantaine, Cézanne transi par sa pulsion de regard, reste peindre sous la pluie, entouré de sa Sainte-Victoire. Un profond malaise le frappe. Il meurt quelques jours plus tard. Inutile d’épiloguer sur Van Gogh et Caravage, Pollock ou Kahlo. Quand prend fin l’inspiration, nous demande The Christophers ? À la mort de l’artiste nous répond-il. L’artiste en question est peintre. Il s’appelle Julian Sklar (Ian McKellen). Un peintre âgé et, nous l’apprendrons sur le tard, mourant. Un peintre célèbre, pris dans les rouages du marché de l’art et donc d’une économie. Un peintre bourru comme l’on se rêve un Renoir, mains tendues par la polyarthrite. Mais un peintre qui ne peint plus.

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L’Être aimé

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Le Pacte

Désert. Le prochain film du grand réalisateur Esteban Martinez s’intéresse à la colonisation du Sahara par les Espagnols dans les années 30, puis à leur retrait brutal de ce territoire, abandonné sans gouvernance. Pour interpréter le premier rôle féminin, qui de mieux qu’Emilia :  sa propre fille qu’il n’a pas vue depuis 13 ans. La carrière d’actrice de celle-ci en est à ses débuts fragiles, et la figure paternelle s’impose comme salvatrice. 

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Fjord

Festival de Cannes 2026

© Le Pacte

Pour le spectateur inattentif qui n’aurait pas compris au titre la migration du cinéma de Cristian Mungiu vers la Norvège, Fjord s’ouvre sur un fjord. Sur un paysage excédant de pittoresque, l’image d’épinale, que très élégamment le montage recolore, en y accolant Amazing grace, cantique chrétien anglo-saxon. Une image comme un trait d’ironie, signalant le leurre possible derrière ce qui avoisine – avec la Suisse – le paradis terrestre pour tout libéral européen, mais surtout qui conjugue déjà, autant qu’il confronte, deux imaginaires, deux mondes aux valeurs structurantes qui divergent. Une image illustrant concisément la préoccupation devenue semble-t-il prédominante chez Mungiu depuis le percutant R.M.N. (2022) : la possibilité de la communauté, nationale ou européenne, en dépit du multiple, de la diversité culturelle. R.M.N. que le jury cannois, il y a quatre ans, avait injustement boudé ; injustice que la palme d’or de cette année, moins méritée peut-être, permet tout de même de corriger.

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Autofiction

Festival de Cannes 2026 – Actuellement au cinéma

© Pathé Films

Qu’est-ce qu’un réalisateur culte ? Quelqu’un dont les films ont eu peu de succès mais dont quelques fans attendent la suite des productions avec impatience. Dans cette définition proposée par la protagoniste d’Autofiction, Pedro Almodóvar pose une question sous-jacente. Que pouvons-nous encore attendre de lui ? Au-delà de l’aspect particulièrement nombriliste de cette interrogation, le succès du réalisateur est solide, comme en témoigne la présence du film en compétition officielle à Cannes. L’inspiration, elle, se ferait plus rare, si bien que la réalité devient un étonnant objet d’intérêt, ou que le cinéaste ne pourrait filmer qu’à travers ses propres réminiscences.  

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