Teenage sex and death at Camp Miasma

Festival de Cannes 2026

© Festival de Cannes 2026

Avec son nouveau film, Teenage Sex and Death at Camp Miasma, Jane Schoenbrun poursuit et approfondit le geste esthétique et politique amorcé dans We’re All Going to the World’s Fair puis dans I Saw the TV Glow en faisant du cinéma le genre le lieu d’une archéologie intime des identités queer, des images qui les façonnent et des formes contemporaines de dissociation. Mais là où ses précédents films baignaient encore dans une mélancolie numérique presque spectrale, Camp Miasma ouvre un territoire plus sensuel, plus impur et plus incarné. Un slasher fiévreux et nocturne traversé autant par l’effroi que par le désir. 

Kris, jeune réalisatrice queer engagée par un grand studio pour ressusciter une franchise horrifique des années 1980 devenue culte malgré ou à cause de son imaginaire réactionnaire, hérite d’une mission paradoxale : dépoussiérer un cinéma fondé sur la peur des corps minoritaires. Pour préparer ce reboot, elle part retrouver Billie, actrice recluse ayant jadis incarné la mythique survivante de la saga, interprétée par Gillian Anderson. Ce qui devait n’être qu’un travail de documentation se transforme peu à peu en initiation affective, esthétique et sexuelle, où le cinéma d’horreur devient un langage commun.

À travers Billie et Kris, Schoenbrun met en regard deux générations confrontées aux mêmes ruines culturelles. Car Teenage sex and death… parle moins des films eux-mêmes que de ce qu’ils déposent en nous en matière de schémas mentaux, de désirs honteux et réprimés et des peurs héritées. Toute l’histoire du cinéma populaire américain ressurgit ici comme une mémoire toxique ayant imprimé dans les imaginaires des représentations LGBTQIA+.

Le film devient alors une immense mise en abyme où personnages, spectateurs et cinéastes paraissent littéralement engloutis par les images qu’ils produisent ou consomment. Schoenbrun construit un vertigineux millefeuille narratif où les frontières se brouillent sans cesse entre fiction et mémoire, entre fantasme et réalité, entre regardant et regardé. Qui observe qui ? Qui désire ? Qui dévore ? Derrière la mécanique du slasher affleure une réflexion éloquente beaucoup plus trouble sur le statut même du regard au cinéma : regard voyeur, regard désirant, regard prédateur. 

En convoquant tout un pan de l’imaginaire horrifique américain, Schoenbrun ne cherche jamais le simple clin d’œil cinéphile. Elle réouvre ces mythologies pour mieux les subvertir. La satire hollywoodienne, le jeu référentiel et la mise en abyme ne servent ici qu’à déplacer le point de vue, à désorienter les catégories traditionnelles du genre horrifique.  

Dans cette trilogie informelle, Camp Miasma se détache comme un point d’aboutissement, à la fois plus ouvert et plus apaisé. C’est sans doute le film le plus accompli, parce qu’il cesse de regarder les images comme des pièges ou des blessures, pour y chercher la possibilité de lien. 

Teenage sex and death at Camp Miasma / De Jane Schoenbrun / Avec Hannah Einbinder, Gillian Anderson, Amanda Fix / 2h / États-Unis / Festival de Cannes 2026 – Un Certain Regard.

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