
Dans une maison où s’entassent les archives, un homme âgé se replonge dans des mémoires tangibles, captations toujours inexploitées, encore à l’état de rushs. James Ivory retrouve les images qu’il a saisies il y a plus de 60 ans. Un été afghan débute ainsi, sur les prises de vues d’un homme partant en quête de ses souvenirs. D’un homme qui concrétise aujourd’hui un film sur le projet d’une œuvre passée, d’un monde passé à un monde présent.
En 1960, James Ivory se rend en Afghanistan, il pose ses valises à Kaboul. Le seul objet de sa quête ? Une caméra. Il établit le sujet de son documentaire autour des personnes vivant le long de la rivière Kaboul. Ces vibrantes images nous saisissent déjà, alors que nous découvrons avec le réalisateur un Afghanistan qui n’est plus. Nous nous associons à ce voyage initiatique, alors que James Ivory relate, en voix-off, ses commentaires, lettres et écrits de l’époque, à la manière d’un journal intime.
Très vite – et tandis que spontanément nous reviennent à l’esprit les images de l’Afghanistan d’aujourd’hui – nous devenons témoins d’éléments inscrivant l’histoire d’un pays. Des enfants jouant avec des sections d’animaux. Le tchador gardé par les femmes traditionnelles. Devoir filmer en cachette les femmes voilées. Se confronter à l’idée universelle selon laquelle si elle se cachent, elles n’existent pas. Et pourquoi, donc, les filmer ? Enfin, des mains prohibitives se posant sur l’objectif.
On regrette néanmoins une profusion d’éléments trop personnels sur la suite du long-métrage documentaire. Cette dimension autobiographique alourdit le scénario. Est-ce par manque de matière que ces anecdotes sur le réalisateur s’associent de la sorte à ces émouvants enregistrements de Kaboul ? Les images ou le discours autour de ces dernières auraient mérité une exploitation plus profonde. Un été afghan devenant une œuvre aussi incomplète et inachevée que celle alors à l’état de conservation dans les tiroirs de la maison Ivory.
De Giles Gardner, James Ivory / Avec James Ivory / 1h12 / Grande-Bretagne / Au cinéma le 31 janvier 2024.