Rencontre avec Arnaud Toulon

© Culture aux Trousses

Avec Adieu monde cruel, premier long-métrage de Félix de Givry, deux adolescents en rupture avec le monde se réfugient dans une chambre hors du temps, à l’écart du réel. Nourri de Truffaut, de Guy Gilles et du cinéma muet, le film assume un romanesque à contre-courant porté par une mise en scène mélancolique et la sublime partition d’Arnaud Toulon. Déjà récompensé du César du meilleur compositeur pour Arco d’Ugo Bienvenu, Toulon creuse ici un sillon qu’il avait commencé à tracer dans le précédent film. À savoir, une musique qui assume la mélodie, les thèmes et une écriture orchestrale. À rebours des partitions contemporaines souvent minimalistes, il revendique une musique expressive et pleinement assumée qui participe à l’anachronisme envoûtant du film.  

Comment est né le thème principal du film ? Est-ce une idée qui s’est imposée rapidement ou le fruit d’une recherche au long cours ? 

Le thème principal a été particulièrement long à trouver. Félix [De Givry] a beaucoup expérimenté pendant le montage et chacun des envois musicaux que je lui faisais contribuait à faire émerger de nouvelles pistes narratives. Nous avons longtemps cherché la grammaire musicale du film, les moments où la musique devait intervenir et la place qu’on voulait lui donner. Félix savait dès le départ qu’il y aurait un thème récurrent et nous avions l’intuition qu’il fallait trouver une écriture suffisamment syncrétique pour circuler dans les différents régimes du film entre le polar, le romantisme et le thriller.

Mes premiers essais penchaient toutefois trop nettement vers le polar et pas suffisamment vers la romance. Celui qui a émergé est apparu assez soudainement, après une période où j’étais vacances pour prendre de la distance avec le film. À mon retour, il s’est imposé alors que nous avions précisément décidé d’alléger le ton, de l’éclaircir et d’y faire entrer davantage de lumière.

La musique a-t-elle été composé une fois le film tourné, ou aviez-vous déjà commencé à travailler à partir du scénario ? 

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Rencontre avec : Philippe Lesage & Arieh Worthalter

© FEMA

Philippe, vos films sont très souvent autobiographiques mais au sein même de ce cadre, on retrouve des thèmes récurrents ; comme la découverte du désir et du sentiment amoureux à l’adolescence. Pourquoi revenez-vous sans cesse à ces moments ? Qu’essayez-vous de capter, voire de comprendre ?

Philippe Lesage : Effectivement, peut-être que j’essaye de comprendre quelque chose qui m’échappe toujours. Mais j’aime bien avoir un peu de distance par rapport aux moments que je vais mettre en scène. D’ailleurs, dans mon prochain film, les personnages seront plus vieux ; ça monte toujours un peu en âge. Dans Comme le feu, ce qui est différent, c’est qu’ils sont confrontés à des adultes. Dans la jeunesse, ce qui m’interpelle c’est cette idée d’avenir : on arrive plein d’optimisme, d’idéalisme et on vit de grandes émotions pour la première fois, le sentiment amoureux étant peut-être celui qui nous déstabilise le plus. Et, malgré toutes les désillusions, toutes les déceptions, on continue de tendre la main aux adultes mais ils ne nous aident pas, au contraire, ils essayent de nous écraser, de nous punir. Dans mes films, il y a souvent cet ordre patriarcal très oppressant, destructeur pour les plus jeunes. Et j’espère que mes jeunes personnages vont être capables de rester intactes, de vouloir aimer sans chercher à se protéger. Car toutes les petites déceptions on les garde avec nous. On peut alors décider de vivre comme les personnages adultes du film, c’est à dire dans le regret, dans l’insatisfaction ou bien on garde ces déceptions en soi et on essaye d’en faire quelque chose de créatif, de beau, de porteur.

Arieh, est-ce cet élément qui vous a plu dans le cinéma de Philippe et qui vous a donné envie d’en faire partie ?

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La Planète des Singes : Le Nouveau Royaume

Actuellement au cinéma

© The Walt Disney Company

Sorti en 2017, La Planète des Singes – Suprématie s’achevait par la mort du leader César et semblait tirer un trait définitif sur ce reboot de la vénérable saga adaptée du roman de Pierre Boule. Après une ouverture en trait d’union, dans laquelle Wes Ball prête allégeance à la trilogie dont il reprend le flambeau, le réalisateur nous propulse en avant de plusieurs centaines d’années et remet ainsi les compteurs à zéro. L’humanité semble avoir disparu, la nature a repris ses droits, et l’on suit les pas de Noa, jeune singe issu d’une colonie pacifique de dresseurs d’oiseaux. Très vite, cette quiétude est interrompue par l’irruption d’un groupe de primates armés se réclamant de César, qui procède au rapt de la communauté.

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Rencontre avec : Bastien Bouillon et David Depesseville

© Chloé Caye

Astrakan, le premier long-métrage de David Depesseville est un conte surprenant sur l’enfance. Construite autour du jeune Samuel, le cinéaste nous livre une œuvre éthérée, délicate et violente. Il collabore pour la premier fois avec Bastien Bouillon. L’acteur nommé cette année aux César, interprète le père adoptif de Samuel.

Astrakan file la métaphore animale : de par son histoire qui s’inspire de différents contes et son titre. Qu’est-ce qui vous a plu dans cet imaginaire ?

David Depesseville : J’aimais l’idée du conte pour parler de cet enfant qui doit trouver sa place dans une famille étrangère. Le titre Astrakan évoquait déjà le mouton noir ou le canard boiteux. Jusqu’à cette séquence finale d’ailleurs, qui file effectivement cette métaphore avec l’apparition de l’agneau et Marie qui devient enfin une vraie nourrice en lui offrant sa poitrine. 

Tout comme le conte enrobe de fantastique des histoires difficiles, la pellicule elle aussi adoucit les images. Pourquoi ce choix du 16mm ?

DD : C’est venu très tôt avec mon chef-opérateur : il nous est apparu que penser cette histoire en HD était bizarre. Il y avait quelque chose qui me gênait, j’avais peur que ce soit trop cru, trop défini. Cela pouvait virer plus facilement à l’obscène. Alors qu’en 16mm, avec son grain si particulier, ses contours un peu flous y’avait quelque chose de plus juste pour raconter les choses fortes que je voulais évoquer. 

Bastien Bouillon : Cela servait aussi à soutenir une esthétique quasi-atemporelle, que ce soit dans les costumes ou dans les décors ; rien n’est prononcé, rien n’est ancré. De la même manière que pour l’argent à un moment on croirait voir une pièce de 5 francs puis c’est un billet de 5 euros. Ce flou dont tu parles avec le 16mm est quelque chose que tu étires tout au long du film.

DD : Il ne fallait pas assigner le film à une condition et l’y enfermer. Il y avait quelque chose de réduit si on l’ancrait dans telle époque ou tel lieu. Je voulais échapper au film « social » comme on l’entend, la pellicule participait à ça.

Le cadrage élude effectivement les repères et s’attarde souvent sur le visages des comédiens, en très gros plans. Qu’est-ce qui vous a séduit dans le visage de Bastien Bouillon ?

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