Marcel le coquillage (avec ses chaussures)

Au cinéma le 14 juin 2023

© L’Atelier Distribution

Une balle de tennis tombe le long d’un grand escalier de bois, rebondit contre le pied d’une table, tourne à l’aveuglette sur le carrelage et finit par buter contre un mur. Une ouverture apparaît à sa surface pour laisser sortir son conducteur : un bigorneau, pas plus grand qu’un ongle, avec un œil en pâte à modeler et deux chaussures roses. C’est ainsi qu’on rencontre Marcel, le petit coquillage avec ses chaussures et la sagesse d’un américain de la génération Y.

Marcel vit dans une grande maison, réaménagée en Airbnb, avec sa grand-mère, Connie, et son chien, Alan, en réalité un bout de peluche qu’il promène au bout d’un poil pubien. Toute sa communauté a disparu lors d’un mystérieux événement, les laissant se débrouiller seuls avec Connie dans ce monde gigantesque. Quand Dean, le nouveau locataire du Airbnb les remarque et décide de filmer le quotidien de Marcel, la vie de la petite créature menace de basculer, et pas pour le mieux.

Ce film d’animation sélectionné aux Oscars se veut avant tout charmant. Et il l’est – du moins dans sa plus grande partie. Au travers de son rythme un peu bancal qui nous balade de saynète en saynète, on découvre la vie de Marcel et toutes ses inventions ingénieuses pour se déplacer, récolter des fruits ou faire du patin à glace sur une table poussiéreuse. L’animation bluffante, qui insère le monde de ce coquillage dans le nôtre sans le moindre heurt, nous permet de profiter du moindre détail de cet univers à demi-fantastique qui nous est donné au compte-goutte, où les pâtes servent d’instruments de musique et le garage est un pays lointain d’où Connie a émigré, et dont elle tient son accent comme l’explique Marcel à la caméra.

Car la caméra est omniprésente dans ce film. Intra-diégétique, à travers celle que porte Dean sur Marcel et qu’il est constamment en train d’ajuster à la taille de ce petit être, elle se multiplie, envahit la vie de Marcel ainsi que celle du film. Les vidéos mises en ligne sur YouTube par Dean deviennent virales et attirent des  »fans » de Marcel, qui viennent jusque dans son jardin se filmer, faire des danses TikTok, et menacent de détruire le fragile équilibre de sa maison. Marcel passe alors de plus en plus de temps à se regarder : sur YouTube, sur TikTok, sur Twitter, et enfin à la télévision quand un reportage est mené sur lui. Il a même le privilège d’assister à l’épilogue de son histoire, filmé et commenté par une présentatrice qu’il admire.

Et c’est là que réside le principal problème du film. Visant la simplicité, et la beauté touchante qui peut naître de celle-ci, Marcel le coquillage se regarde faire et sait exactement quels mécanismes il utilise pour la provoquer. Mais cette auto-contemplation constante vient alourdir cette même simplicité et menace de faire basculer le film dans une satisfaction nombriliste décevante. Les dialogues de Marcel marchent sur cette même corde raide, entre réels moments de poésie et de sagesse qu’il délivre du haut de ses deux centimètres et demi, et phrases convenues que l’on pourrait trouver sur des posts instagram d’influenceur. Quand Marcel réussit à se tenir du bon côté de la corde cependant, le film prend toute sa profondeur. On accepte alors de se laisser emporter dans ce tout petit univers absurde d’insectes et de coquillages, de découvrir avec Marcel la taille vertigineuse du monde réel et de revenir chez lui se tremper les pieds dans du miel pour marcher sur les murs. Résolument optimiste, généreux malgré lui, Marcel le coquillage (avec ses chaussures) est un minuscule ovni qui détonne agréablement sur le paysage cinématographique actuel.

Marcel The Shell With Shoes On / de Dean Fleischer Camp / avec Jenny Slate, Isabella Rossellini, Dean Fleischer-Camp / États-Unis / 1 h 30 / Sortie le 14 juin 2023

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