
Banel et Adama. C’est le nom d’un jeune couple qui s’aime passionnément, dans un petit village reculé du Sénégal. Mais Banel, elle, aime encore plus passionnément que l’autre. Banel et Adama, c’est aussi le nom d’un lieu. Le lieu d’un songe, celui d’un amour inconditionnel, libre absolument, vécu loin de la tribu, de tous les devoirs, du poids des traditions, et figuré par deux maisons ensevelies sous des dunes. Enfin, Banel et Adama, malgré ses nobles sentiments, c’est hélas et surtout le titre d’un film que très vite on oublie.
Tout était pourtant réuni pour une œuvre sublime : Une histoire d’amour éperdu en prises avec des normes et des valeurs collectives, source d’un âpre dilemme sur fond d’incursions mystiques, si ce n’est mythologiques. Mais pour que le tragique atteigne toute son ampleur, car c’est bien du côté de la tragédie classique – mêlée à la poésie du conte africain – que regarde Ramata-Toulaye Sy, il eût fallu peut-être davantage de chair à sa mise en scène, de trouble à son scénario, de nuances à ses personnages. Chaque force en présence, chaque acteur du récit et sa fonction, chaque enjeu politique ou moral apparaît ainsi trop nettement désigné, au gré de symboles et dialogues surlignés.
De Banel et Adama, film propret, clair dans sa forme et ses intentions, rien de nouveau n’émerge. Tout paraît, de bout en bout, convenu. On pourrait excepter l’inversion du schéma classique, qui souvent punit l’hubris des sentiments, les déraisons dévastatrices du cœur. Cette fois, aux sentiments, la tragédie entend donner raison. Cette fois, si l’ire du ciel s’abat, c’est contre l’empire d’un dogme masqué sous les arguments d’une prétendue rationalité. Dommage à nouveau que ce choix reconduise un archétype que nombre d’œuvres récentes ont achevé d’éculer : l’héroïne incomprise et combative, d’intelligence sensible, reliée aux puissances implacables de la nature. Personnage sans mystère qui traîne un récit dont le plus triste défaut est que le spectateur n’en sort qu’avec des certitudes.
Banel et Adama / de Ramata-Toulaye Sy / Khady Mane, Mamadou Diallo, Binta Racine Sy / Sénégal / 1h27min / Sortie le 30 août 2023.