Bernadette

Au cinéma le 4 octobre 2023

© Warner Bros

Bernadette Chirac, icone féministe ? Après Jeune et Golri, série OCS décryptant les rapports déréglés entre hommes et femmes, Léa Doménach transporte son ton désopilant au cœur de l’Élysée et des nineties. Bernadette est un biopic qui s’annonce comme fantasme (ni Bernadette ni Claude Chirac n’ont été consultées) et dont les bandes annonces assumaient un ton vintage acide égratignant autant la Première dame que son entourage. Le retour de Catherine Deneuve comme protagoniste plus grande que nature achevait de piquer notre intérêt pour ce film et laissait rêver une comédie française enfin plus inventive que la moyenne.

Dès l’introduction, cette intuition se confirme. Alors que notre héroïne se rend dans une église pour confesser ses inquiétudes, une chorale brise le quatrième mur et chante aux spectateurs qu’il s’agit d’une histoire très librement inspirée de la réalité. Sans perdre de temps, Léa Doménach glisse Catherine Deneuve dans de fausses images d’archives pour mieux la ridiculiser dans un palais de l’Élysée trop grand pour elle. Infidèle à ses côtés, le président de la République trouve en Michel Vuillermoz une incarnation qui exacerbe tous ses défauts pour peindre un portrait ubuesque, truculent d’incompétence et de mauvaise foi. Tout aussi ringard, Denis Podalydès pose en Bernard Niquet un agent de communication chargé de rendre la Première dame « branchée » et complète cette troupe prête à s’écorcher pour notre plus grand plaisir.

La désillusion se révèlera progressivement, d’abord par la forme bien trop sage que prend cette comédie. Il y avait pourtant à faire avec le luxe grandiloquent du palais ou cette France du terroir en fin de siècle. Que nenni, la caméra suit les conversations avec un montage plan-plan paresseux, incapable d’imposer une quelconque ambiance ou même d’accompagner l’humour des situations pourtant riches en potentiel. Quand tentatives d’émotions il y a, c’est pour mieux les avorter avec un accompagnement musical peu inspiré, entre les nécessaires tubes de l’époque (indétrônable Merguez-partie) ou l’instrumental qui dicte aux spectateurs quelle réaction avoir.

Humiliée pour ses choix de vêtements plus que discutables, Bernadette acquiert l’aide inespérée de Karl Lagerfeld qui, en bonne fée du logis, règle ce problème avec une garde-robe moderne et chic. De quelques minutes seulement, cette scène illustre le symptôme général de l’œuvre : une fois l’exposition arrivée à son terme et que la protagoniste ait subi assez d’humiliations, la voilà en route pour collectionner les exploits, les honneurs et les revanches bien méritées. Le monde entier perd sa substance tant comique que politique pour se mettre à ses pieds, jusqu’à réduire tous les autres personnages au mieux à des faire-valoir, au pire à des caricatures haïssables. Que cela soit devant les caméras de presse ou dans sa vie privée, la femme du président demeure vertueuse et charismatique tandis que toutes possibles critiques sont systématiquement discréditées par la narration. Dans une œuvre où la Première dame est une reine absolue, pas besoin de trop s’appesantir sur ses scandales financiers…

Apologie grossière, Bernadette se prouve incapable, à l’inverse de son héroïne, d’être pris au sérieux comme de trouver son public.

Bernadette / de Léa Doménach / avec Catherine Deneuve, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès / France / 1 h 32 / sortie le 4 octobre 2023

Laisser un commentaire