Maria

Actuellement au cinéma

©ARP-FilmNation

Pour un acteur ou une actrice, jouer dans un biopic est devenu un passage obligé dans le processus de starification. C’est l’occasion de construire son propre mythe tout en renforçant celui d’une autre figure d’envergure, dont le patronyme ou le nom de baptême sert bien souvent de titre au film. Pablo Larraín a offert cette occasion à Natalie Portman dans Jackie (2016) puis à Kristen Stewart dans Spencer (2022). C’est maintenant au tour d’Angelina Jolie de prêter son image à une icône du XXe siècle, la cantatrice Maria Callas, dans (le bien nommé) Maria.

Paris, 1977. La diva déchue a perdu sa voix et vit ses derniers jours recluse dans son gigantesque appartement du 16e arrondissement, entourée de ses deux fidèles domestiques. Les jours s’égrainent lentement, ponctués par les répétitions dans un théâtre vide, le tournage fantasmatique d’un reportage sur elle, et les plongées mélancoliques dans ses souvenirs.

Si la temporalité ramassée contribuait indéniablement à l’originalité de Jackie, où Larraín se focalisait sur les jours qui ont suivi l’assassinat de JFK pour faire le portrait d’une première dame d’exception, ce resserrement chronologique apparaît parfaitement vain dans Maria, puisqu’il n’est pas assumé jusqu’au bout. Pour retracer son parcours, le cinéaste n’a de cesse d’entremêler les scènes du présent (en couleur, évidemment) avec celles du passé (en noir et blanc, tout aussi évidemment). Et la lourdeur chromatique de ce jeu sur les régimes d’image se double d’une lourdeur narrative. Tous les éléments de la vie de la Callas qui défilent dans ces flashbacks sont enrobés d’un pathos tout maladroit, qu’il s’agisse de son trauma d’enfance (car il y en a toujours un), de l’amour de sa vie (dont on peine à comprendre qu’il ait pu naître) ou de ses performances vocales devenues iconiques.

C’est à se demander si Pablo Larraín n’a pas choisi la Callas uniquement pour le potentiel tragique de sa vie. Avec Maria, il systématise une recette rodée dans les deux biopics précédents : un carottage dans la vie d’une femme iconique, prise dans un moment de détresse et de solitude, pour faire briller une actrice. La complaisance de la démarche s’illustre dans des séquences grandiloquentes et gratuites : Angelina Jolie entourée d’un chœur opératique sur la place du Trocadéro, Angelina Jolie en geisha, encerclée par d’autres geishas, ses larmes se confondant avec les gouttes de la pluie pour faire tomber son masque de maquillage. Autant de scènes surréalistes destinées à prouver la maestria du cinéaste, mais qui brillent par leur vanité. La stylisation à outrance porte préjudice au film, qui devient le portrait glacial d’une femme pour laquelle on peine à développer de l’empathie. La scène de la découverte du corps de la cantatrice par ses domestiques, sur laquelle s’ouvre et se clôt le film dans un effet de bouclage des moins subtils, est presque un soulagement : on sait qu’avec la mort du personnage, c’est la fin de l’aria douloureuse du film qui advient.

Loin de renouveler le biopic, Larraín livre un hommage pompeux à la diva, en affichant la complexité formelle de son film de façon très ostentatoire. Le dernier plan du film cristallise cette pompe : dans un cadre savamment étudié, le corps de l’actrice est étendu au sol, et deux infirmiers attendent sur le côté, une civière à leurs pieds. Le plan s’étire dans ce statisme, comme si Larraín contemplait son bel ouvrage. L’ultime hommage du générique, qui fait défiler des images d’archives montrant la vraie Callas, finit d’écraser la cantatrice sous le dispositif lourdaud du film, en illustrant son effacement derrière une Angelina Jolie surinvestie.

Maria / De Pablo Larraín / Avec Angelina Jolie, Pierfrancesco Favino, Alba Rohrwacher / Allemagne, États-Unis, Émirats arabes unis, Italie / 2h03 / Sortie le 5 février 2025.

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